Graham Hughes Graham Hughes / La Presse Canadienne

SAINT-BERNARD-DE-LACOLLE, Qc — Des membres des Forces armées canadiennes ont commencé mercredi à installer à Saint-Bernard-de-Lacolle, au sud de Montréal, un camp temporaire pour accueillir les demandeurs du statut de réfugié qui affluent à la frontière.

Les 25 tentes installées par l’armée pourraient abriter temporairement près de 500 demandeurs d’asile, a indiqué le major Yves Desbiens. L’armée y installe un plancher en dur et des équipements de chauffage et d’éclairage, et le camp temporaire sera muni de génératrices et de matériel pour assurer la prévention des incendies. Le camp de fortune est installé dans un terrain gazonné situé derrière l’édifice où sont acheminés par autobus les demandeurs qui ont été interceptés près du poste frontière «officiel» de Lacolle.

Une centaine de militaires participaient à l’opération mercredi. Les autorités précisent toutefois que l’armée ne s’occupera pas de maintien de l’ordre ni de sécurité publique, et la plupart des militaires regagneront leur base dès que le camp temporaire sera fonctionnel. Quelques militaires demeureront sur place pour assurer l’entretien des équipements de l’armée.

Plus tôt mercredi, une quarantaine de demandeurs d’asile étaient assis sous des tentes blanches à Hemmingford, dans un centre d’accueil improvisé de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). L’atmosphère était bon enfant, alors que des policiers distribuaient des boîtes à lunch aux demandeurs du statut de réfugié qui faisaient la file dans le calme.

Ces migrants monteront bientôt dans des autobus qui les amèneront à 10 minutes de là jusqu’à Saint-Bernard-de-Lacolle, où la police procédera à leur identification et à une vérification de sécurité. «C’est moi qui serai votre guide aujourd’hui», lance un agent de la GRC dans l’autobus. «Là-bas, ce sont les États-Unis, et ici, c’est le Canada.»

À Saint-Bernard-de-Lacolle, ces demandeurs devaient demeurer deux à trois jours dans des conditions rudimentaires avant que leur dossier ne soit examiné par la GRC. Le camp temporaire installé par l’armée rendra leurs conditions d’hébergement moins difficiles.

Le maire de Saint-Bernard-de-Lacolle, Robert Duteau, ne semble pas tellement se formaliser de ce soudain déploiement de militaires sur le territoire de sa municipalité.

«Il y a de l’espace pour les recevoir. Ce n’est pas un problème. C’est sûr que ça fait beaucoup d’action, mais, dans l’ensemble, moi, ça ne me dérange pas», a-t-il soutenu lors d’une brève entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

«Statut de protection temporaire»

Plusieurs de ces demandeurs d’asile sont des ressortissants haïtiens qui fuient les États-Unis parce que l’administration de Donald Trump menace de leur retirer le «statut de protection temporaire» accordé par le président Barack Obama à la suite du terrible tremblement de terre de 2010. Si ce programme humanitaire devait être aboli, jusqu’à 60 000 Haïtiens risqueraient d’être renvoyés dans leur pays.

Devant l’afflux soudain de demandeurs à la frontière, le gouvernement québécois, responsable de leur accueil en attendant que le gouvernement fédéral statue sur leur sort, a «réquisitionné» le Stade olympique, qui pourrait héberger jusqu’à 700 demandeurs, car les places dans les hôtels sont déjà limitées.

Québec a ensuite ajouté l’édifice des Soeurs de la providence, dans l’arrondissement montréalais d’Ahunstic-Cartierville. Le gouvernement a annoncé mercredi qu’un nouveau lieu d’hébergement, pouvant accueillir de 300 à 320 demandeurs, avait été ouvert à l’ancien hôpital Royal Victoria de Montréal, et que d’autres sites d’accueil étaient examinés, notamment en Montérégie et dans la banlieue nord de Montréal.

Selon la Ville de Montréal, de 250 à 300 demandeurs passent actuellement la frontière canado-américaine chaque jour, comparativement à une cinquantaine au début de juillet.

La présidente-directrice générale adjointe du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Francine Dupuis, affirme que 2620 personnes sont actuellement hébergées à Montréal. Mardi, on a enregistré 211 arrivées additionnelles de demandeurs d’asile, mais aussi 174 «départs» — ceux qui sont hébergés par la famille, qui ont obtenu un logement permanent ou qui ne sollicitent plus d’aide.

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