Sean Kilpatrick

OTTAWA — Statistique Canada reconnaît qu’une erreur s’est glissée dans les plus récentes données du recensement de 2016 qui portent sur la langue.

Ces données dévoilées le 2 août faisaient état d’une nette progression de l’anglais dans plusieurs municipalités du Québec, ce qui avait fait réagir de nombreux intervenants.

«On aurait dû détecter l’erreur qui existait (sur le plan) du système informatique», a reconnu le gestionnaire du recensement de la population de Statistique Canada, Marc Hamel.

L’erreur a été causée par le logiciel utilisé pour compiler les données qui a inversé les réponses sur la langue dans des formulaires en français.

Les réponses d’environ 61 000 personnes ont ainsi mal été classifiées.

«Je suis content que Statistique Canada ait agi aussi rapidement», a affirmé le président de l’Association d’études canadiennes, Jack Jedwab, en entrevue.

C’était lui qui avait soulevé un doute sur la fiabilité des résultats moins d’une semaine après leur publication.

«C’était des augmentations impossibles, impossibles», a-t-il expliqué.

Les chiffres indiquaient une forte hausse de la population anglophone à l’extérieur de Montréal, dans des villes à forte majorité francophone, comme Drummondville, Trois-Rivières ou Shawinigan.

«C’est un peu bizarre que des gens qui sont à temps plein sur un dossier ne soient pas en mesure de voir des anomalies comme ça», a réagi le directeur général du Mouvement Québec français, Éric Bouchard.

Après la publication des résultats, celui-ci réclamait des mesures incitatives financières importantes du gouvernement du Québec pour la francisation.

Le Bloc québécois dénonçait l’anglicisation du Québec par le gouvernement fédéral.

«Peut-être qu’on n’a pas assez réagi, peut-être qu’on a trop réagi, on va le voir, a affirmé le député bloquiste Mario Beaulieu. Nous on se fie sur les données que Statistique Canada nous donne.»

Conséquences de l’erreur

Ces résultats incorrects ont ravivé certaines tensions entre francophones et anglophones au Québec, selon la directrice générale du Quebec Community Group Network, Sylvia Martin-Lafarge.

«L’erreur est importante parce que non seulement il y a l’erreur, mais il y a aussi les conséquences de l’erreur, a-t-elle souligné. Ça donne une paranoïa par rapport à la présence de l’anglais.»

Statistiques Canada croyait de prime abord que d’autres phénomènes démographiques auraient pu expliquer la progression de l’anglais au Québec.

«Nous publions des milliers et des millions de lignes de résultats, a expliqué Marc Hamel. On avait vu certaines des anomalies au niveau individuel dans certaines communautés et les analystes voulaient mener des analyses plus approfondies en rapport avec d’autres variables qui vont sortir bientôt, dont l’immigration.»

Jack Jedwab se demande si cette faute aura un impact sur l’ensemble des données de 2016.

«On ne peut pas morceler le recensement, a-t-il soutenu. Par exemple, pour le taux de chômage à Saguenay. Si ce n’est pas le bon nombre d’anglophones ou de francophones, on ne va pas avoir le bon pourcentage de chômage auprès de ces groupes. Il faut qu’on nous rassure que ça n’a pas d’impact plus large.»

Statistique Canada procédera à la correction des données ce week-end et dévoilera les résultats révisés la semaine prochaine. Les tableaux contenant des données croisées seront disponibles d’ici la fin du mois.

«Je peux vous assurer que toutes les mesures sont prises, a affirmé Marc Hamel. Nous avons déjà recertifié la qualité des informations déjà fournies et, pour les informations à venir, les utilisateurs pourront compter sur leur qualité.»

Les données publiées en février et en mai ont déjà été vérifiées. Statistique Canada resserrera également le contrôle des procédures en prévision des prochaines publications prévues en septembre, octobre et novembre.

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