The Associated Press Décollage d'un missile nord-coréen Hwasong-14.

TORONTO — Les menaces de «feu et de furie» lancées par le président Donald Trump en réponse à de possibles frappes militaires orchestrées par la Corée du Nord ont ravivé le spectre d’une confrontation nucléaire, soulevant les inquiétudes de plusieurs personnes sur la possibilité d’une attaque destructrice près d’eux.

Il est possible que la rhétorique des deux dirigeants n’aille pas plus loin que les mots, mais les psychologues disent qu’il est tout à fait normal de ressentir de l’inquiétude ou de la peur face à la menace d’une attaque nucléaire.

«Parfois, nous pouvons éprouver le sentiment d’être en danger constant, surtout si on se questionne s’il existe une menace à notre vie ou notre sécurité», a analysé Katy Kamkar, une psychologue au Centre de Toxicomanie et de Santé Mentale de Toronto.

«Et ça ne devient pas seulement une préoccupation sur notre propre sécurité, on s’inquiète pour la sécurité de nos proches et la destruction de tout ce que nous avons construit.»

Cette incertitude peut créer plus d’inquiétudes chez les gens, qui parfois finissent par se sentir vulnérables et impuissants, a-t-elle ajouté.

Shmuel Lissek, le directeur-fondateur du Laboratoire ANGST de l’Université du Minnesota, a fait remarquer que les humains sont programmés à toujours opter pour la prudence.

Dans une perspective d’évolution, les organismes qui étaient excessivement prudents face à de faibles menaces étaient plus susceptibles de survivre et de transmettre leurs gènes — et les humains ont hérité de ceux-ci, a-t-il dit au quotidien «Washington Post» cette semaine.

«Alors même quand il y a une menace peu probable de se réaliser qui est à haute intensité, nous avons tendance à nours inquiéter plutôt que de ne pas s’inquiéter», a-t-il expliqué.

Réactions générationnelles

L’âge d’une personne peut aussi influencer la réaction émotionnelle qu’ils éprouveront face à une menace, a ajouté Mme Kamkar.

Plusieurs baby-bommers ont grandi pendant la guerre froide, lorsque le président américain John F. Kennedy et le premier ministre soviétique Nikita Khrouchtchev avaient failli déclencher un conflit nucléaire lors de la crise des missiles de Cuba en 1962. Et cette crainte a marqué leur vie.

Dans son ouvrage «A Cook’s Tour: In Search of the Perfect Meal», le chef cuisinier américain Anthony Bourdain a écrit: «J’ai grandi en pensant que (la bombe atomique) pouvait venir à tout moment, et ce pays — ou la crainte de celle-ci et la manière dont mon pays a réagi — m’a radicalisé, marginalisé et aliéné d’une telle façon que cela m’affecte encore.»

Alors que les plus jeunes adultes n’ont pas partagé cette expérience avec leurs parents ou leurs grands-parents, les conflits militaires avec ou sans risque d’armes de destruction massive survenus par la suite pourraient avoir augmenté leur sensibilité psychologique à de telles menaces.

Une étude sur des étudiants finlandais âgés de 15 à 19 ans pendant la guerre du Golfe de 1991 — lors de laquelle une coalition dirigée par les États-Unis a combattu l’Irak après son invasion du Koweït — avait conclu que les jeunes qui s’inquiétaient fréquemment d’une guerre nucléaire avaient plus de risques de développer une maladie mentale cinq ans plus tard.

Les jeunes et les enfants traitent les informations différemment par rapport à leurs parents, a souligné Mme Kamkar. Alors s’ils voient que leurs parents ont peur ou paniquent, ils pourraient éprouver ces émotions aussi.

«Nous savons aussi que s’ils l’entendent dans les médias, ils pourraient intérioriser des images négatives et effrayantes.»

Moins de risques qu’en 1962

Richard John, un professeur associé en psychologie de l’Université de la Californie du Sud, estime aussi que la guerre de mots entre le dirigeant nord-coréen, Kim Jong Un, et le président Trump, présentée dans les médias, peut aggraver les inquiétudes des gens.

«Je crois que les gens réagissent aux nouvelles beaucoup plus sévèrement maintenant parce qu’il est difficile de s’en échapper. Dans les années 1960, on entendait un bulletin de nouvelles d’une demi-heure le soir et c’était pas mal tout. Maintenant, c’est un cycle de 24 heures», a-t-il expliqué depuis Los Angeles.

«On va sur les médias sociaux, on va partout et les médias nous bombardent (de nouvelles) là-dessus», ajouté M. John, un expert sur l’évaluation des risques qui est directeur associé du Center for Risk and Economic Analysis of Terrorisme Events — ou le CREATE.

«Je crois que les gens, en ce moment, voient le dilemme coréen dans le contexte de toute l’absurde présidence de Donald Trump… Alors probablement que la plupart des gens pensent que les Nord-Coréens répondent aux micromessages de M.Trump et ne voient pas ça dans le contexte des 25 dernières années de politique étrangère à l’égard de la Corée du Nord», a-t-il soutenu.

M. John estime que la plupart des gens ne retiennent pas les leçons de l’histoire, soulignant que l’ancien président Bill Clinton avait entamé cette politique en offrant 5 milliards $ US à la Corée du Nord en échange de sa promesse de renoncer à sa politique d’armement nucléaire.

Et contrairement à ce qui s’est passé en 1962, lorsque tant les États-Unis que l’Union soviétique augmentaient rapidement leur arsenal nucléaire, il n’y avait aucune arme défensive pour abattre les missiles intercontinentaux transportant ces armes. C’est pourtant le cas aujourd’hui.

«D’un point de vue objectif, si vous demandez c’est quoi le niveau de menace, le risque que cela arrive, les gens devraient être beaucoup moins inquiets maintenant qu’en 1962», a-t-il conclu.

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