Adrian Wyld Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA — Celui qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation du Canada croit qu’il serait plus constructif de rendre hommage à des Autochtones méritants plutôt que de déboulonner des personnages historiques qui ont parfois posé des gestes peu glorieux.

Le sénateur Murray Sinclair, qui a passé six ans de sa vie à documenter les effets à long terme des pensionnats fédéraux pour Autochtones, croit que le débat sur le déboulonnage de l’ex-premier ministre conservateur John A. Macdonald ne crée que colère et division au pays, un état d’esprit peu propice à la réconciliation.

«Il ne s’agit pas de renommer des édifices mais plutôt de trouver des façons de mettre des noms autochtones sur des édifices», a suggéré M. Sinclair mardi, en entrevue avec La Presse canadienne.

Un syndicat d’enseignants du primaire en Ontario a adopté plus tôt cet été une résolution qui demande au gouvernement provincial de renommer toutes les écoles portant le nom de John A. Macdonald. Le tout premier chef de gouvernement de la fédération canadienne était en poste lorsque le Parlement a mis en place les pensionnats pour Autochtones. Cette mesure avait été qualifiée de «génocide culturel» par la Commission de vérité et réconciliation du Canada, dans son rapport de juin 2015.

«Voilà un combat que j’aurais probablement évité de mener, si on m’avait demandé mon avis», a laissé tomber M. Sinclair, qui a été le premier juge autochtone nommé au Manitoba — et le deuxième, au Canada. Il aurait plutôt opté pour l’approche éducative: ajouter ces informations plus gênantes sur une plaque.

«Éradiquer les Indiens»

Car si John A. Macdonald a certainement été un acteur déterminant dans la naissance du Canada, la création de ce pays a aussi joué un rôle crucial dans la destruction des cultures et des civilisations autochtones, plaide M. Sinclair. «Macdonald a assurément tenté d’éliminer la culture autochtone en enlevant les enfants à leur famille et en les plaçant avec des gens d’une autre race (… ) dans le but avoué d’éradiquer cette race appelée indienne.»

Le premier ministre Macdonald a aussi créé les circonstances qui ont rendu la vie des Autochtones extrêmement difficile, à un point tel que leur survie même était menacée, soutient M. Sinclair.

«Et ces deux éléments (l’assimilation dans les pensionnats et les conditions de vie déplorables) sont au coeur de la définition de génocide» en vertu de la convention des Nations unies adoptée en 1948, estime le juge à la retraite, nommé au Sénat en avril 2016 par le premier ministre Justin Trudeau.

M. Trudeau a «sans équivoque» affirmé lundi que son gouvernement n’avait pas l’intention de renommer les édifices et les sites fédéraux qui portent le nom de John A. Macdonald.

En juin, il avait par contre décidé de renommer l’édifice Langevin, qui abrite le cabinet du premier ministre à Ottawa. Le député conservateur de Québec Hector-Louis Langevin, un des «pères de la Confédération», avait aussi été l’architecte du système de pensionnats pour Autochtones au sein du cabinet de John A. Macdonald. Des députés autochtones fédéraux réclamaient depuis quelque temps ce changement de nom.

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