Justin Tang | La Presse canadienne

OTTAWA — Il n’est jamais trop tard pour bien faire, selon le coprésident de la Commission royale sur les peuples autochtones, René Dussault, qui se réjouit que l’une des recommandations-clés de son rapport sera appliquée 20 ans après sa publication.

«On s’est toujours demandé un peu pourquoi ça ne l’avait pas été avant», a-t-il confié en entrevue à La Presse canadienne.

«C’est sûr que le momentum n’est pas le même qu’il était en 1996, a-t-il ajouté. Je présume qu’il y a eu une réflexion plus large depuis deux, trois ans sur le dossier autochtone et comment arriver à des résultats.»

Le premier ministre Justin Trudeau a profité d’un remaniement ministériel, lundi, pour effectuer une refonte du ministère des Affaires autochtones et du Nord jugé trop colonial.

Deux ministres sont désormais responsables de ce dossier. Carolyn Bennett est devenue ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord. Jane Philpott, quant à elle, est devenue ministre des Services aux Autochtones.

Depuis la publication des cinq tomes du volumineux rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, certaines de ses 440 recommandations sur les politiques sociales et les langues avaient été appliquées, mais il s’agissait de recommandations secondaires.

«Je sais que l’ampleur du rapport, qu’on avait fait à cause de l’ampleur de notre mandat, a pu faire peur à bien du monde au fil des ans», a avoué René Dussault.

La Commission royale sur les peuples autochtones avait été créée en 1991 par le gouvernement de Brian Mulroney dans la foulée de la crise d’Oka.Elle avait le vaste mandat d’analyser la relation entre les Autochtones, le gouvernement canadien et l’ensemble de la société canadienne et de proposer des solutions pour améliorer cette relation.

Une large part des recommandations qui n’ont pas été retenues sont toujours pertinentes, selon le juge qui avait 56 ans à l’époque. Il en a aujourd’hui 77.

«Ce n’était pas un amalgame de recettes immédiates, à court terme uniquement, mais il y avait vraiment une vision de la façon d’aborder les relations avec les Autochtones et la direction qu’on doit prendre (…) de sorte que souvent on pourrait mettre 2016 sur le rapport et tant qu’à nous (les commissaires) il serait tout autant pertinent ou à peu près», a-t-il expliqué.

René Dussault rappelle que la dissolution du ministère des Affaires autochtones proposée par les sept commissaires visait à changer le système pour permettre à un seul ministre d’avoir une vue d’ensemble sur tous les services aux Autochtones fournis par divers ministères et ainsi améliorer leurs conditions de vie immédiates.

D’où l’idée de créer deux ministères: l’un uniquement concentré sur la prestation de services, l’autre se consacrant à l’autonomie gouvernementale et à la modernisation des traités.

Le but était d’éviter que ne se répètent les situations de crise, comme celles qu’ont connues certaines réserves pour l’accès à de l’eau potable, au logement et à des services sociaux ou de santé.

Il considère cette recommandation comme la porte d’entrée qui permettra de changer les relations entre les Autochtones et le gouvernement.

«Cette recommandation-là en était une, entre autres, pour amorcer de façon progressive la transition vers la sortie de la Loi sur les Indiens pour aller vers une autonomie gouvernementale», a-t-il souligné.

Une loi qualifiée de coloniale et de paternaliste dans le communiqué diffusé par le bureau du premier ministre Trudeau lundi.

Cela se reflétait dans les actions du ministère des Affaires autochtones et du Nord, selon René Dussault. «Notre rapport l’a démontré, il y avait une vision au départ qui n’était pas la bonne vue d’aujourd’hui, a-t-il dit. On sait que ce n’est jamais facile de juger l’histoire, puis le passé à la lumière d’aujourd’hui.»

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