MONTRÉAL — Un ancien poète officiel du Parlement du Canada, le défunt Pierre DesRuisseaux, est accusé d’avoir plagié le travail de divers auteurs reconnus dans l’un de ses recueils qui vient d’être retiré des tablettes.

Le «détective de la poésie» Ira Lightman, qui réside au Royaume-Uni, a fait une sortie publique dans le journal «The Guardian» la fin de semaine dernière pour dévoiler ses découvertes au sujet du travail de Pierre DesRuisseaux, mort en janvier 2016.

Ira Lightman prétend que le recueil «Tranches de vie», publié en français en 2013, reprend les mots de divers auteurs dont Maya Angelou, Dylan Thomas et même le rappeur Tupac Shakur. D’après l’enquête du Britannique, 30 poèmes sur 50 attribués à M. DesRuisseaux contiendraient des emprunts, dont certains à des poètes amateurs.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, M. Lightman explique ne pas vouloir entacher le travail de toute une vie, mais croit qu’une reconnaissance des emprunts littéraires est nécessaire.

«Tout ce que je demande, c’est que ce soit rendu public, parce que toute personne qui tient le recueil entre ses mains et qui croit que ces poèmes sont originaux est trompée. Les poèmes ne rendent pas le crédit qui revient aux auteurs originaux», plaide M. Lightman.

Il ajoute que publier un livre, c’est faire en sorte de rendre une chose publique, et estime qu’il devait réagir afin «d’ajouter les notes de bas de page qui sont manquantes».

L’éditeur réagit

Les Éditions du Noroît — une maison d’édition montréalaise — ont réagi, lundi, en précisant que seulement 50 à 100 copies du livre avaient été vendues et que les autres exemplaires avaient été retirés des tablettes.

«Comme l’auteur n’est plus là pour se défendre, je préfère le retirer», a expliqué l’éditeur Paul Bélanger, qui dit vivre ce genre de controverse pour la première fois en 26 ans de carrière.

L’éditeur dit avoir pris les devants avant même la sortie publique du «détective de la poésie». «J’avais demandé qu’il soit retiré des librairies dès que j’ai pris connaissance des remarques de M. Lightman.»

«Il y avait plusieurs poèmes qui prêtent le flanc. Le texte emprunté à Maya Angelou est très, très proche, c’est sûr, il y a une variation. S’il m’en avait parlé en amont, c’est sûr que l’on aurait pu travailler sur des variations plus prononcées et mettre des citations», a commenté Paul Bélanger, qui précise ne pas avoir eu beaucoup de contacts avec le poète à la fin de sa vie.

M. Bélanger croit que l’état de santé du défunt auteur, poète, journaliste, éditeur et traducteur pourrait peut-être expliquer l’absence de mention des citations provenant d’autres auteurs.

Selon M. Bélanger, Pierre DesRuisseaux a souffert d’une maladie dégénérative du cerveau au cours des dernières années de sa vie et était peut-être confus au moment de soumettre son travail qu’il croyait original.

«C’est un traducteur qui a pratiqué la traduction toute sa vie et je pense que ce qui est arrivé, c’est qu’ils (les poèmes traduits) devaient être dans une chemise à part et qu’il a oublié tout simplement que ce n’étaient pas des poèmes qui lui appartenaient.»

Pierre Bélanger rappelle que le travail d’éditeur ne consiste pas à prendre en faute son auteur en lisant un manuscrit. «On le lit dans la perspective d’un livre et dans la perspective du livre de DesRuisseaux, ça sonnait DesRuisseaux», explique-t-il.

Toutefois, l’éditeur admet qu’un texte a été retiré avant la publication du recueil. «On avait identifié un poème qui était problématique en amont des épreuves, sur le manuscrit. On l’a mentionné à Pierre et il l’a enlevé.»

Pierre DesRuisseaux a publié de nombreux écrits, dont plusieurs recueils de poésie. Son livre «Monème» lui a valu le prix du Gouverneur général en 1989.

Originaire de Sherbrooke, il a été le poète officiel du Parlement du Canada de 2009 à 2011.

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