SEATTLE — Le grand patron d’une des jeunes entreprises technologiques les plus connues du Canada estime que les changements à la fiscalité des petites entreprises proposés par Ottawa pourraient nuire à l’innovation et empêcher le pays de devenir une pépinière pour ce secteur.

«J’ai été un entrepreneur et un propriétaire de petite entreprise pendant une grande partie de ma carrière, je sais que beaucoup de ces entreprises fonctionnent en puisant dans leurs marges», a observé le chef de la direction de Hootsuite, une plateforme de gestion de médias sociaux, à l’occasion d’une conférence sur l’innovation qui se déroulait à Seattle.

«J’encouragerais le gouvernement à étudier (la situation) de très près parce qu’elle (…) engendre beaucoup d’inquiétude chez les propriétaires d’entreprises», a poursuivi Ryan Holmes.

Le gouvernement a dévoilé, à la mi-juillet, un plan en trois propositions visant à mettre fin à diverses provisions fiscales utilisées par certaines petites entreprises.

Une des dispositions visées est le «saupoudrage» de revenus, qui permet aux propriétaires d’entreprises de transférer une partie de leurs revenus à des membres de leur famille dont le taux d’imposition est moins élevé — même si ceux-ci ne sont pas impliqués dans l’entreprise.

Le gouvernement vise aussi les Canadiens qui profitent d’un allégement fiscal en tirant des revenus «d’investissements passifs», dans le seul but d’économiser de l’impôt, parce que les taux d’imposition du revenu des sociétés sont largement inférieurs à ceux des particuliers à revenu élevé. Les libéraux veulent aussi éliminer la possibilité pour les riches dirigeants de sociétés privées de convertir leurs revenus en gains en capital, qui sont imposés à un moindre taux.

Si le gouvernement veut qu’un plus grand nombre de sièges sociaux s’établissent dans des villes comme Vancouver, a poursuivi M. Holmes, cela ne va pas se produire en convainquant des grandes entreprises de déménager sur la côte Ouest, notamment parce que cela est coûteux.

«Si on veut davantage de sièges sociaux là-bas, nous devrons créer plus de Hootsuite, a-t-il estimé. Je crois qu’il faut être très favorable au marché des petites entreprises.»

Ces entreprises en démarrage peuvent ensuite devenir de grandes sociétés avec de grands sièges sociaux locaux­.

Hootsuite, qui a été lancée en 2008, compte aujourd’hui près de 1000 employés à Vancouver et plusieurs bureaux à l’étranger, selon son site internet.

M. Holmes n’est pas le premier à critiquer la proposition controversée d’Ottawa. Des médecins, avocats, spécialistes fiscaux et d’autres qui ont incorporé leur petite entreprise pour réduire leur facture fiscale ont déjà laissé entendre leur opposition.

La critique du patron de Hootsuite et d’autres propriétaires de petites entreprises cible un gouvernement fédéral qui a mis l’innovation au premier plan. Cette idée a été mentionnée à nombreuses reprises dans le budget et les libéraux ont promis d’injecter jusqu’à 950 millions $ dans un programme de supergrappes.

Les chefs d’entreprises technologiques ont déjà réussi à faire changer le gouvernement libéral d’idée par le passé. Ottawa a notamment abandonné l’idée de plafonner les réclamations de déductions pour les options d’achat d’actions après que plusieurs d’entre eux eurent exprimé leur mécontentement.

Le secrétaire principal du premier ministre, Gerald Butts, a répondu aux critiques formulées mercredi en reconnaissant que ces mesures ne visaient pas seulement à rendre les règles plus justes, mais aussi à augmenter les revenus du gouvernement.

«Si nous voulons tous le Canada que nous disons vouloir, nous devons payer pour l’avoir. Si notre gouvernement encourage nos citoyens les plus fortunés à se désister de l’impôt progressif sur le revenu, nous ne pourrons pas faire cela.»

Le premier ministre, Justin Trudeau, a indiqué précédemment que le gouvernement tenait des consultations publiques pour que les Canadiens puissent exprimer leurs inquiétudes et s’assurer que les nouvelles mesures n’aient pas d’effet indésirable. Ces consultations prendront fin le 2 octobre.

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