Collaboration spéciale Randy Tshilumba

MONTRÉAL — Randy Tshilumba, accusé du meurtre prémédité d’une jeune employée dans un supermarché Maxi de Montréal, a admis à son procès l’avoir tuée, parce qu’il était persuadé qu’elle s’apprêtait à l’abattre avec une arme à feu, ainsi que d’autres clients.

Son avocat Philippe Larochelle a annoncé jeudi à son procès qu’il entend démontrer que le jeune accusé souffre d’un trouble mental et qu’il était convaincu que la victime Clémence Beaulieu-Patry et ses amies voulaient le tuer.

L’accusé de 21 ans a débuté son témoignage pour sa défense jeudi matin au palais de justice de Montréal, devant le jury et la juge Hélène Di Salvo de la Cour supérieure.

«Je me suis défendu et j’ai défendu les autres clients, a témoigné Randy Tshilumba. Clémence voulait me tuer, moi, et d’autres clients.»

Il a raconté avoir vu son regard et son index pointé et qu’il savait alors ce qu’elle s’apprêtait à faire: «J’ai compris qu’elle allait sortir un ‘gun’ de sa poche».

Il a été accusé de meurtre prémédité, après avoir infligé 14 coups de couteau à sa victime, âgée de 20 ans, le 10 avril 2016. Il a plaidé non coupable.

Ce soir-là, Randy Tshilumba s’était rendu au supermarché Maxi pour convaincre la victime de ne pas le tuer, a-t-il plaidé. Pour la convaincre de «faire la paix». Selon lui, celle-ci et cinq de ses amies de l’école secondaire lui voulaient du mal depuis septembre 2014.

«J’étais vraiment anxieux», a-t-il dit, ajoutant avoir vu une camionnette noire à l’entrée, ce qui lui laissait croire que la victime et ses amies se trouvaient au supermarché, ajoutant à son stress.

L’accusé témoigne les chevilles enchaînées — la façon habituelle de procéder — et d’une voix monotone, sans expression.

Trouble mental

«C’est un geste qui interpelle par sa brutalité. On a envie de comprendre ce qui s’est passé», a indiqué Me Philippe Larochelle au jury.

Et pour cela, «on va aller dans la tête de Randy», a-t-il fait savoir dans sa déclaration d’ouverture.

L’accusé ne considère pas avoir fait de mauvaises choses le soir du 10 avril 2016 et il avait des idées délirantes, a ajouté Me Larochelle.

Son trouble mental existait avant le meurtre, a fait valoir l’avocat de la défense. «La maladie mentale, ce n’est pas toujours visible», a-t-il dit.

Durant son témoignage, le jeune homme a indiqué avoir consulté pour son anxiété, ses troubles de sommeil, et ce qu’il décrit comme un état déprimé et triste. Mais ses études en ont souffert et il a dit être en train d’avoir des échecs dans ses cours au cégep.

«Je ne réussissais pas à fonctionner», a-t-il relaté.

Une médecin a posé un diagnostic de dépression et d’anxiété fin 2014.

Randy Tshilumba a témoigné que son état a été exacerbé parce qu’il a vu de nombreux messages le visant sur des sites internet «Spotted», où des citoyens dénoncent habituellement certaines situations dans leur ville ou dans un lieu comme une école. Il a déclaré être convaincu que ces messages menaçants le visaient personnellement, et qu’ils avaient été écrits par Clémence et ses amies, car le style des messages était similaire à celui de leurs pages Facebook. Il ne se souvient pas des messages précis mais rapporte que ces filles lui voulaient du mal, et plus tard, le tuer, a relaté l’accusé. La victime et ses amies se cachaient derrière des voitures et l’espionnaient, a-t-il raconté au jury.

«Je me disais pourquoi? J’ai rien fait. Ça me rendait anxieux. Je ne savais pas quoi faire. J’étais désemparé», a-t-il déclaré pour sa défense.

Il a dit avoir raconté ses craintes à son meilleur ami, qui l’aurait traité de «fou» et de «paranoïaque». Il avait acheté un couteau pour se protéger.

Une autre médecin qu’il a vue trois fois à la fin de 2015 lui a prescrit des médicaments. Il n’a pris qu’un seul des comprimés anti-anxiété: «parce que les filles auraient pu convaincre le médecin de me prescrire un truc pas bon, comme une drogue», a-t-il expliqué.

Elle lui a aussi recommandé de voir un psychologue. L’accusé dit avoir tenté d’en consulter un, mais que cela n’a pas fonctionné car de telles visites n’auraient pas été payées par les assurances de sa mère.

L’accusé doit poursuivre son témoignage vendredi. Puis des membres de sa famille seront appelés à la barre des témoins, ainsi que deux psychiatres.

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