Khalid Mohammed / The Associated Press

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau refuse de se mêler du référendum sur l’indépendance du peuple kurde en Irak, soulignant avoir apprécié la discrétion des autres pays lors des référendums au Québec.

Mais ce silence du premier ministre ne sera probablement pas suffisant si des violences éclatent, comme plusieurs le prédisent, et si l’équipement militaire canadien est utilisé pour d’autres objectifs que celui de combattre Daech (le groupe armé État islamique).

De trois à quatre millions de Kurdes d’Irak se sont rendus aux urnes, lundi, dans le cadre d’un référendum hautement controversé.

Il faudra plusieurs jours pour faire le décompte, mais les résultats préliminaires laissent croire que les Kurdes ont voté massivement pour l’indépendance. Les autorités kurdes ont indiqué que les résultats serviront à entamer des pourparlers sur leur séparation avec le gouvernement central à Bagdad.

De nombreuses voix se sont élevées pour s’opposer à la tenue du scrutin, notamment celles des États-Unis, de l’Union européenne et de la Turquie, de même que celle du gouvernement central d’Irak, qui revendique le contrôle de certaines régions riches en pétrole sur le territoire kurde.

Des représentants du Canada ont affirmé soutenir l’unité de l’Irak, mais sans se prononcer sur la légitimité du référendum kurde ni sur la position du Canada en cas de victoire de l’indépendance.

Plusieurs ont expliqué le silence du Canada par son propre historique de référendums au Québec — une hypothèse qui semble avoir été confirmée le premier ministre Trudeau, lundi.

«En tant que Québécois, je suis très sensible au fait que d’autres pays s’ingèrent dans des décisions internes sur l’avenir d’un pays ou sur les questions liées à la séparation», a-t-il déclaré en anglais en marge d’un événement à Toronto.

«J’ai été impliqué dans deux campagnes référendaires au Canada et nous avions beaucoup apprécié que les interlocuteurs étrangers ne se prononcent pas sur ce que les Québécois devaient choisir et ce que les Canadiens devraient choisir.»

Des violences redoutées

Le référendum sur l’indépendance est un événement marquant pour les Kurdes d’Irak, qui ont souffert sous le règne de Saddam Hussein. Les Kurdes jouissaient toutefois d’une plus grande autonomie avec l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2005, après le renversement du dictateur.

Mais plusieurs craignent que des violences éclatent en raison des conflits territoriaux entre Bagdad et la capitale kurde d’Erbil, particulièrement en ce qui concerne la ville de Kirkouk.

Le gouvernement kurde a choisi de tenir le référendum dans ces territoires dits contestés malgré les objections de Bagdad. Les deux parties ont menacé d’utiliser la force pour défendre ce qui leur appartient.

Des représentants canadiens avaient averti le gouvernement sur cet enjeu précis dans une note interne fournie au premier ministre Trudeau en novembre 2015. Ils avaient indiqué que la guerre contre Daech avait amené les Kurdes à «élargir leur territoire contesté dans le nord de l’Irak, qui comprend la ville de Kirkouk, riche en pétrole».

«Si la menace de Daech se dissipait, Bagdad devra faire face à plusieurs territoires contestés par les Kurdes et à une armée kurde renforcée, qui a reçu de l’entraînement et de l’équipement des membres de la coalition, dont le Canada», ont-ils écrit.

Le gouvernement libéral avait répondu en augmentant son appui aux Kurdes. Il avait entre autres triplé le nombre de militaires qui entraînent les Kurdes et promis de leur fournir des armes.

Thomas Juneau, un expert sur les politiques du Moyen-Orient à l’Université d’Ottawa, souligne qu’il était pertinent d’aider les Kurdes qui combattent Daech. Mais le Canada devra vivre avec les conséquences découlant du fait que cette aide puisse être utilisée à d’autres fins, a-t-il nuancé.

«Nous appuyons les Kurdes. Si des violences éclatent, nous prenons parti. Nous devrons vivre avec cette réalité», a-t-il ajouté.

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