Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MIRABEL, Qc — Le premier ministre Philippe Couillard se défend de fragiliser des emplois qui dépendent de Boeing en exhortant Ottawa à prôner la ligne dure contre le géant américain, qui est au coeur d’un litige commercial avec Bombardier.

Ses commentaires des derniers jours visant l’avionneur américain ont eu des ramifications jusqu’au Manitoba, où le premier ministre Brian Pallister et le maire de Winnipeg, Brian Bowman, ont jugé que la réaction de M. Couillard avait été exagérée.

Boeing possède à Winnipeg une installation de 1400 employés — le plus grand centre aéronautique de l’Ouest canadien et le troisième plus grand au pays, selon le maire de la ville.

«Ma réaction, c’était le minimum, a répondu M. Couillard au cours d’une mêlée de presse. Qu’ils s’occupent de leurs affaires, moi je vais m’occuper du Québec.»

En s’adressant à des centaines d’employés de Bombardier réunis dans un hangar des installations de Mirabel — où est assemblée la CSeries — le premier ministre a répété que «pas un boulon, pas une pièce, pas un avion (de chasse Super Hornet)» de Boeing ne doit, à compter de maintenant, être acheté par le Canada, tant que ce litige ne sera pas réglé.

La veille, c’est le grand patron de Bombardier (TSX:BBD.B), Alain Bellemare, qui s’était déplacé dans les Laurentides dans le but de remonter le moral des troupes.

L’imposition de droits compensatoires préliminaires d’environ 220 pour cent par le département américain du Commerce sur les CSeries a été reçue comme une véritable gifle par le gouvernement québécois, qui a injecté 1 milliard $ US dans le programme de cet avion commercial.

S’il dit comprendre les inquiétudes de M. Couillard, son homologue manitobain estime qu’il vaut mieux garder la tête froide dans ce dossier afin d’éviter d’envenimer davantage cette dispute commerciale. Pour sa part, le maire de Winnipeg croit que les commentaires de M. Couillard étaient une simplification excessive de la situation et que le Canada devait laisser ses frontières ouvertes au commerce.

«Je ne me retiendrai pas pantoute, a répondu le premier ministre Couillard, quant à la possibilité que la position du Québec dans ce dossier puisse éroder les relations avec d’autres provinces. Je vais continuer.»

D’après son rapport annuel 2016, Boeing (NYSE:BA) a généré des revenus d’environ 2,1 milliards $ au Canada.

Au Québec, des entreprises comme Héroux-Devtek (TSX:HRX), CAE (TSX:CAE) et L-3 MAS ont également des liens d’affaires avec l’avionneur américain.

M. Couillard n’a pas semblé croire que ses attaques contre Boeing puissent nuire à ces entreprises.

«Est-ce j’aurais dû me taire? Est-ce qu’il aurait fallu que je laisse l’arrogance gagner? C’est totalement inacceptable ce qui est en train d’arriver. Ce n’est pas uniquement une attaque contre un avion, mais contre toute une industrie», a-t-il dit.

Ces trois compagnies faisaient partie des signataires d’une lettre envoyée au gouvernement Trudeau plus tôt ce mois-ci pour se porter à la défense du Super Hornet. Ottawa a clairement indiqué qu’il pourrait revenir sur son intention d’acheter ces avions de combat construits par l’entreprise américaine en raison du litige commercial en cours.

Boeing avait décidé de se plaindre au département du Commerce en alléguant que Bombardier avait obtenu des subventions indues, ce qui avait permis à l’avionneur de décrocher une importante commande de 75 CS100 auprès de Delta Air Lines en offrant des prix «dérisoires».

M. Couillard n’a pas semblé ouvert à l’idée d’injecter davantage de fonds publics dans le programme de la CSeries en raison de la dispute commerciale avec Boeing.

«Nous avons déjà mis énormément de fonds dans Bombardier», a affirmé le premier ministre.

Une autre mauvaise nouvelle pourrait attendre la multinationale québécoise la semaine prochaine, puisque l’administration Trump devrait faire savoir de quelle façon elle répondra à une demande de Boeing d’imposer un droit antidumping de 79,82 pour cent.

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