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MONTRÉAL — Les femmes sont nombreuses à travailler comme gardiennes de prison au Québec — près de 50 pour cent du personnel dans certains centres de détention — et elles changent les façons de faire en milieu carcéral, selon une chercheuse de l’Université Laval qui a étudié ce métier difficile et assez méconnu.

Celles qui sont désormais appelées agentes des services correctionnels représentent maintenant 40 pour cent des effectifs des prisons provinciales, et elles sont fort présentes même dans les établissements qui n’accueillent que des détenus masculins.

La proportion de femmes atteint même 48 pour cent dans les plus grands centres de détention au Québec.

Ces données proviennent d’une étude de terrain menée sur un an par Sophie Brière, professeure au Département de management de l’Université Laval et titulaire de la Chaire de leadership en enseignement – Femmes et organisations.

Selon elle, les femmes sont en force dans ce secteur traditionnellement masculin parce qu’elles aiment le métier d’agent correctionnel. Le travail d’aide à la réinsertion sociale des détenus leur plaît et il s’agit d’un emploi assorti de défis comme de bonnes conditions de travail. Elles ont aussi des possibilités d’avancement, qui est l’un des facteurs expliquant aussi qu’elles sont nombreuses à rester à l’emploi du service correctionnel: elles y ont un taux de rétention de 95 pour cent, a calculé la chercheuse.

Et leur présence a changé les méthodes d’intervention auprès des détenus: on utilise de plus en le plus le dialogue plutôt que la force. La présence de femmes a aussi amené des changements dans le climat de travail, notamment sur le langage utilisé et la tolérance. Du point de vue des détenus, la présence de femmes modifie leur perception de ce métier et du rôle des agents.

Certains des agents rencontrés ont évoqué la question de la force physique des femmes pour les interventions qui tournent mal.

«Mais ils n’avaient pas beaucoup de cas concrets où cela s’était mal passé», a relaté en entrevue la chercheuse.

Et puis la force physique est de moins en moins utilisée, ont-ils convenu.

Si certains avancent que la présence massive des femmes a amené ce changement, d’autres soutiennent qu’il serait arrivé de toute façon, notamment avec l’avènement des protocoles des droits des détenus.

Le fait que cette force physique ne soit plus requise dans la grande majorité des interventions avec les détenus fait en sorte qu’elle est devenue un enjeu beaucoup moins important, ou plus du tout, explique Mme Brière.

Et puis ces changements profitent à tous, agents masculins comme féminins, note la professeure.

«On a rencontré des hommes qui nous ont dit: moi me battre tous les jours avec des détenus, ce n’est pas ce que j’aimais faire», a-t-elle relaté. Dialoguer et désamorcer une situation potentiellement dangereuse était privilégié par eux aussi.

Et le travail des agentes des services correctionnels est le même que celui des agents, relève Mme Brière après son étude — sauf pour les fouilles à nu.

«Au départ, on se disait que, peut-être les gens vont nous dire: on envoie les femmes dialoguer et on envoie les hommes faire les vraies interventions. Mais pas du tout», s’est-elle exclamée.

Mme Brière estime que les membres de la direction des prisons ont su s’adapter à cette réalité et que le métier a beaucoup évolué. Les politiques de harcèlement en milieu de travail ont été revues, entre autres choses, note-t-elle.

«Tout n’est pas parfait, mais il y a une volonté au niveau de l’organisation.»

Des agents correctionnels masculins lui ont confié ne pas vouloir revenir en arrière, à un milieu de travail composé uniquement d’hommes. Car ils apprécient les changements et un milieu qui ressemble plus à leur vie de tous les jours.

Elle croit que la présence des femmes a un impact dans un milieu qui est non traditionnel pour elles. Pas parce qu’elles sont meilleures, mais parce que «on est différents et ensemble, ça nous amène à revoir certaines choses».

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