HALIFAX — D’abord, les menaces en ligne.

Ensuite, un bateau appartenant à un pêcheur non autochtone a été incendié. Quelques jours plus tard, c’est à l’embarcation d’un Mi’kmaq qu’on a mis feu.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, a présenté la situation dans la pittoresque baie Sainte-Marie comme nébuleuse, et la Gendarmerie royale du Canada a fourni encore moins de détails.

Soudainement, cette crise latente entourant la pêche aux homards par les Premières Nations a revêtu une certaine urgence.

Les pêcheurs non autochtones ont tenu une série de manifestations, accusant leurs homologues issus des Premières Nations de vendre illégalement du homard en dehors de la saison commerciale. Les autorités fédérales ont saisi plus de 300 casiers illégaux, mais ignorent à qui elles appartiennent.

Ces tensions surgissent d’un arrêt de la Cour suprême qui a confirmé en 1999 les droits de pêche des Premières Nations, mais qui a laissé planer une certaine ambiguïté sur leurs limites.

Par cet arrêt, le plus haut tribunal au pays avait tranché que Donald Marshall fils, un Mi’kmaq, avait le droit de pêcher des anguilles n’importe où et n’importe quand et ce, sans permis.

La décision Marshall stipulait également que les bandes Mi’kmaq, Maliseet et Passamaquoddy de l’est du Canada peuvent chasser, pêcher et cueillir pour assurer leur «subsistance convenable». Deux mois plus tard, la Cour suprême a toutefois précisé que ce droit issu de traité n’était pas pour autant exempt de l’application des lois fédérales.

Les communautés mi’kmaq de Burnt Church, au Nouveau-Brunswick, et d’Indian Brook, en Nouvelle-Écosse, ont défié les autorités fédérales et immédiatement installé des casiers à homard — ce qui a mené à des saisies, à des arrestations, à des dépôts d’accusations, à des collisions sur l’eau, à des coups de feu nocturnes et à des menaces de représailles.

Après trois ans de tourmente, la plupart des Premières Nations des Maritimes et du Québec ont signé des ententes provisoires avec Ottawa, qui a dépensé plus de 600 millions $ en bateaux, en équipement et en permis destinés aux Autochtones.

Mais ces ententes provisoires n’étaient qu’une solution temporaire pour une situation qui n’a cessé de s’envenimer, explique Bruce Wildsmith, conseiller juridique de l’Assemblée des chefs Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse.

M. Wildsmith signale d’ailleurs que les négociations s’éternisent depuis l’intervention d’une entente-cadre avec Ottawa, en 2008.

Le plus récent conflit en Nouvelle-Écosse s’articule autour de la pêche en vue de cérémonies ou d’activités sociales de bande. En vertu d’une autre décision de la Cour suprême, connue sous le nom de l’arrêt Sparrow, les membres des Premières Nations peuvent pêcher hors saison pour nourrir leur communauté ou à l’occasion de cérémonies —mais pas pour vendre leurs prises.

La vague de protestation de septembre a été déclenchée par des allégations selon lesquelles les pêcheurs autochtones masquaient leurs activités commerciales sous ces prétextes.

Le président de la Coldwater Lobster Association, Bernie Berry, tient à souligner que les pêcheurs sont tous en faveur de la pêche à des fins cérémoniales et sociales pour les Premières Nations. Il dit plutôt sonner l’alarme par rapport à un marché noir grandissant.

Morley Knight, du ministère fédéral des Pêches et Océans, affirme que les patrouilles dans la région ont été intensifiées et ne juge «pas inhabituelle» la lente progression des négociations.

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