Josie Desmarais/Métro Le ministre de l'agriculture Laurent Lessard.

QUÉBEC — La gestion de l’offre au Canada est non négociable, s’est indigné, lundi, le ministre québécois de l’Agriculture, Laurent Lessard.

Celui-ci réagissait à la demande des États-Unis d’abolir le système de gestion de l’offre en vigueur au Canada pour les produits laitiers, les volailles, les oeufs et la dinde d’ici les dix prochaines années.

Deux sources ont confié à La Presse canadienne que cette demande était tombée dimanche soir lors des négociations pour la nouvelle mouture de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

M. Lessard était justement à Washington vendredi et samedi dernier, où il s’est entretenu avec des négociateurs canadiens, dont Raymond Bachand et le négociateur agricole Frédéric Seppey.

Le ton des Américains a considérablement durci depuis, a-t-il convenu en entrevue téléphonique, lundi.

«Là, aujourd’hui, je vois que ça a beaucoup évolué depuis samedi quand j’ai quitté à 13h, a affirmé M. Lessard. Ça a commencé par une ingérence dans la gestion, la répartition des quotas, des tarifs et des volumes, en plaidant la transparence, et aujourd’hui, ils vont bien plus loin.

«Les Américains demandent des choses extrêmes, comme la fin de la gestion de l’offre, qui n’est pas quelque chose qui a été mis sur la table. Ils peuvent demander beaucoup d’affaires, mais ce n’est pas quelque chose qu’on va négocier», a-t-il poursuivi.

Le système canadien de quotas et de contrôle des prix vise à assurer aux producteurs de lait, d’oeufs et de volaille un revenu stable malgré les fluctuations du marché. Le Québec produit environ 40 pour cent du lait canadien.

Autant M. Lessard que le gouvernement fédéral ont promis de défendre la gestion de l’offre bec et ongles, arguant que les États-Unis maintiennent de leur côté plusieurs programmes d’appui à leurs propres fermiers.

M. Lessard a dit avoir appelé sa collègue, la ministre de l’Économie Dominique Anglade, pour lui dire que la négociation avec les États-Unis se corsait, et «qu’on n’aura pas le choix de rester campé sur notre position, très ferme, avec le gouvernement fédéral là-dessus».

«On va suivre les étapes et au besoin, on va se déplacer, a-t-il déclaré. On va faire des représentations sur le terrain pour dire aux Américains qui nous supportent: Enlevez l’incertitude (…) qui est le pire adversaire de l’investissement à long terme. Ça crée de l’instabilité des deux côtés.»

Du sabotage, croit l’UPA

Pour sa part, l’Union des producteurs agricoles (UPA) n’est pas surprise, puisqu’elle s’attendait à une pareille demande «extrêmement extravagante» de la part des États-Unis, a affirmé en entrevue son président, Marcel Groleau.

Les États-Unis tentent de saboter les négociations, selon lui, en faisant tout pour que le Canada et le Mexique quittent la table.

«Il n’y a pas de logique, a-t-il dénoncé. C’est simplement du protectionnisme pur et simple, au premier degré. (…) Il n’y a pas de vision globale ou même simplement nord-américaine du commerce dans l’approche de M. Trump.»

Il ajoute que la demande cette fois est tellement «grosse» qu’elle sera facile à «rejeter du revers de la main».

«C’est n’est même pas négociable; ce n’est même pas des éléments qui permettent de débuter une négociation. En quelque sorte, la situation est pratiquement plus facile pour le gouvernement canadien», a soutenu M. Groleau.

Il a dit craindre cependant que les secteurs de la viande, des fruits et des légumes, et des céréales se voient imposer des tarifs par Washington.

Par ailleurs, M. Groleau a dit s’attendre à ce que la ministre fédérale des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, envoie mardi un message clair aux Américains concernant la gestion de l’offre.

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