MONTRÉAL — L’homme d’affaires et ancien «dragon» Mitch Garber a livré un discours qui n’a laissé personne indifférent, mardi, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, et lors d’un point de presse qui a suivi.

Neutralité religieuse

Le projet de loi 62 du gouvernement Couillard sur la neutralité religieuse de l’État est «raciste» et contre les femmes musulmanes, s’est-il exclamé en anglais et en français.

Il n’y est pas allé de main morte pour qualifier le projet de loi 62, qui stipule qu’un membre du personnel des organismes publics doit exercer ses fonctions à visage découvert, tout comme celui qui reçoit le service public doit avoir le visage découvert.

L’homme d’affaires, qui a souligné son origine juive, s’est même dit «gêné», embarrassé, parce que les Québécois ne sont pas racistes.

Après avoir dit que la Charte des valeurs du précédent gouvernement péquiste aurait été «la balle dans la tête de la croissance économique et culturelle de Montréal et du Québec», il a ajouté que «la loi 62, une version diluée, se trouve sur la table, et je suis contre, parce que c’est un projet de loi anti-femmes musulmanes qui essaie de se déguiser en autre chose».

Interrogé après son allocution, il a réitéré ses propos, en ajoutant même le qualificatif de raciste.

«Moi j’aime la transparence. Si c’est une loi contre les femmes musulmanes, contre le fait qu’elles couvrent leur face, dis-le et appelle-le comme il faut. Je suis contre les façons indirectes de faire des choses qui devraient être faites de façon plus transparente et directe. Je trouve que c’est une loi qui me paraît raciste aujourd’hui, de la façon dont c’est présenté et écrit», a-t-il critiqué.

Salaire minimum à 15 $

Interrogé sur le salaire minimum à 15 $, l’homme d’affaires a tenu des propos nuancés.

Dans son allocution, il s’était justement inquiété du fait que le revenu familial médian au Québec était le plus faible au pays et qu’il fallait trouver des moyens de le rehausser. Trop d’emplois sont peu qualifiés et faiblement rémunérés au Québec, a-t-il déploré.

«J’ai plus peur du nombre d’occupations qui peuvent être remplacées par l’automatisation. Oui, le salaire minimum, c’est une chose à discuter, parce que si on a le revenu des ménages le plus bas au Canada, c’est mauvais. Et avec un taux d’emploi qui est haut, aujourd’hui, on a trop d’emplois qui sont à bas salaires. Et ce sont les premiers qui vont être remplacés par l’automatisation», a-t-il fait valoir.

«Il faut discuter de beaucoup de choses en même temps: le salaire minimum, pour qu’il y ait moins de gens qui sont pauvres, ou sur le bord de la pauvreté, mais aussi sécuriser les occupations pour que ces gens-là ne perdent pas leur occupation et se retrouvent sur le chômage, parce que leur occupation a été automatisée», a ajouté le président du conseil d’administration du Cirque du Soleil.

Netflix

L’homme d’affaires est aussi allé à contre-courant de bien des commentaires entendus jusqu’ici au sujet de l’entente négociée par la ministre fédérale du Patrimoine, Mélanie Joly, au sujet de Netflix qui n’est pas soumis à la Taxe sur les produits et services, contrairement à ses concurrents comme Bell et Vidéotron.

Cette entente n’est pas parfaite, a-t-il opiné, en ajoutant que s’il avait eu à la négocier, il aurait probablement procédé différemment.

Mais il s’est empressé d’ajouter qu’«il est important d’avoir de grands noms sous contrat au Québec, au Canada, à Montréal, parce que ça attire d’autres grands noms». Et même parfois, dans de grands immeubles à bureaux, des locataires sont attirés parce que de tels grands noms viennent y élire domicile. «Netflix va attirer d’autres compagnies», a-t-il opiné.

Droit de vote élargi

M. Garber a également plaidé pour un élargissement du droit de vote aux élections municipales, qu’il juge trop limitatif parce que lié aux frontières de la ville. Il vit à Westmount et trouve illogique de ne pouvoir voter à Montréal, alors que Westmount y est enclavé.

Il souhaiterait même que toutes les municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal puissent faire de même.

«Pour moi, c’est ridicule. Est-ce que je dis que je viens de Montréal? Oui. Quand quelqu’un me demande qui est mon maire, je dis ‘c’est le maire Coderre’. Je travaille au centre-ville. Je paie la moitié de mes impôts municipaux à Montréal, la moitié à Westmount», a-t-il relevé.

Il s’est dit d’avis que «ça doit prendre un très petit changement de loi provinciale» pour modifier ainsi le droit de vote.

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