Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Pour la première fois depuis 20 ans, le 5 novembre, les citoyens de la ville de Saguenay ne pourront pas voter pour Jean Tremblay, le coloré maire aux méthodes controversées, dont le bilan est malgré tout relativement positif, à en croire ses opposants et des experts en la matière.

«Malgré tout ce qu’on peut connaître de sa personnalité à travers le Québec et même le Canada, M. Tremblay a quand même laissé certaines choses à Saguenay. Tout est dans sa façon de faire des choses», a analysé Marcel Boulais, professeur retraité de science politique au cégep de Jonquière.

Il faut être un ermite pour ne pas connaître Jean Tremblay, qui a fait plusieurs fois les manchettes dans les dernières années, parfois à la suite d’une polémique.

En 2012, il s’était attaqué à la militante péquiste Djemila Benhabib, dont «on n’est pas capable prononcer le nom». Et en 2014, il s’était rendu en Cour suprême pour faire valoir son droit de prononcer une prière devant le conseil de ville — cause qu’il avait finalement perdue.

Le principal intéressé reconnaît avoir attiré les médias «sans que ce soit planifié» et il admet que les projecteurs lui ont plu, mais il croit avoir profité de cette tribune pour amener des «résultats concrets» dans sa ville.

«S’il y avait juste ça, dans ma carrière de maire, d’avoir été connu, je trouverais ça très faible comme bilan. Ce qui est important dans le bilan, c’est ce qui s’est passé; les taxes qui ont été baissées, l’essor économique qui a été parti. Être populaire, c’est la cerise sur le sundae», a-t-il confié en entrevue téléphonique à quelques semaines de son départ.

Cet héritage relativement positif, même ses opposants le reconnaissent. Josée Néron, candidate de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD), a fait face au maire pendant quatre ans comme conseillère de l’opposition. Les relations ont parfois été plus difficiles; Mme Néron avait même accusé le maire Tremblay de l’avoir intimidée.

Or, aujourd’hui, bien qu’elle critique certains aspects de son bilan, elle estime qu’il a «fait de bonnes choses» pour Saguenay, dont le quai d’escale à La Baie, qui permet aux bateaux de croisière de s’arrêter dans la région.

Les candidats à la mairie indépendants, Jean-Pierre Blackburn et Arthur Gobeil, ont également souligné certains points forts, dont celui d’avoir piloté avec succès la fusion des villes de la région au début des années 2000.

Dominic Gagnon, le candidat du parti du maire de Saguenay n’a pas répondu aux demandes d’entrevue de La Presse canadienne.

Enjeux problématiques
La spécialiste en gestion municipale, Danielle Pilette estime par ailleurs que les états financiers sont relativement en santé de Saguenay, mais il y a des écueils.

«Habituellement, les municipalités sont très conservatrices par rapport aux finances, donc prennent soin de se prévaloir d’un excédent accumulé assez considérable. Dans le cas de Saguenay, c’est un peu l’inverse. On n’a à peu près pas d’excédent accumulé, donc il y a très, très peu de réserves pour les projets futurs», a indiqué Mme Pilette.

«Le maire laisse une situation tout à fait correcte au plan de la gestion, mais c’est comme si on ne s’était pas beaucoup projeté dans le futur», a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, les infrastructures ont «beaucoup manqué d’amour» dans les dernières années, a souligné Josée Néron, une opinion que partagent Jean-Pierre Blackburn et Arthur Gobeil.

«Notre réseau routier est magané comme ça se ne peut pas (…) Quand vous êtes maire, c’est bien sûr que c’est plus tape-à-l’oeil de faire la Place du citoyen (à Saguenay), c’est plus payant que d’avoir réparé trois rues», a expliqué M. Blackburn.

«On a 400 kilomètres de route qui doivent être assez rapidement réparées parce que leur état est classé D ou E, ce qui veut dire qu’on doit y porter attention assez rapidement», a ajouté Mme Néron.

Critiques sur la gestion du maire
Certains reprochent également au maire son manque de transparence et sa manière de fonctionner seul, sans le conseil municipal.

«Il avait une façon très personnelle de vouloir faire les choses, d’imposer ses idées, c’est ça qui a irrité beaucoup de gens et c’est qui a amené la formation de l’Équipe du renouveau démocratique à la dernière élection municipale», a suggéré Marcel Boulais.

«Il était autocratique, on arrivait au conseil de ville et tout était décidé à l’avance», a-t-il ajouté.

Mme Pilette souligne toutefois que cette manière d’opérer est fréquente dans les capitales régionales comme Saguenay.

«Dans la plupart des capitales régionales, ce qui est recherché par les contribuables, par les citoyens, c’est la stabilité», a-t-elle nuancé. Il est le premier dirigeant, et il a pris ça au sérieux. Avec le temps, il a fini par prendre toute la place. Ça va un peu avec la longévité politique.»

Sur le plan de la transparence, le maire Tremblay rejette les accusations de ses adversaires. Mme Néron croit que l’administration Tremblay a agi de façon «opaque» à travers le temps.

«Plus on leur en donne, plus ils (les conseillers de l’opposition) disent que ça manque de transparence!», a tonné le maire.

«Je ne sais plus quoi leur donner, c’est la marotte de l’opposition», a-t-il soutenu, assurant que sa ville était «au moins aussi transparente» que les autres au Québec.

Tremblay incertain sur son avenir
Lorsqu’il est question de son avenir, Jean Tremblay, dit ne pas savoir ce qui l’attend, mais il avoue avoir reçu des offres, sans préciser lesquelles.

«J’ai des choses en perspective, mais je ne force pas», a indiqué l’ancien notaire.

«Le pire qui peut m’arriver, c’est d’être en vacances à l’année, mais je ne pense pas que ça va m’arriver (…) Je suis sûr que je vais faire de quoi»

Est-ce que cela signifie que sa vie publique n’est pas terminée? «Je ne sais vraiment pas. Je vais me reposer, et après, je repars».

Portrait des différents candidats

— Josée Néron, chef de l’Équipe du renouveau démocratique (ERD)

– Conseillère municipale depuis 2013 dans l’arrondissement Chicoutimi

– Comptable

– Ce qui la démarque des autres, selon elle: «Je suis la seule qui est entrée dans la course avant même que Jean Tremblay annonce son départ. Je n’attendais pas son départ avant de me présenter. Moi, je veux que les choses changent et c’est la raison pour laquelle je suis là. Je suis la seule qui a une expérience au niveau municipal.»

— Jean-Pierre Blackburn, candidat indépendant

– Ancien député et ministre conservateur (élu de 1984 à 1993 et de 2006 à 2011)

– Ancien ambassadeur du Canada à l’UNESCO (de 2011 à 2015)

– Ce qui le démarque des autres, selon lui: «Je suis le seul candidat dans cette campagne-là qui a un programme où chaque engagement est chiffré; c’est dans un cadre financier, je suis le seul qui le fait. Mes engagements sont en fonction de cette marge de manoeuvre.»

— Arthur Gobeil, candidat indépendant

– Comptable

– Associé-conseil de la firme Raymond Chabot Grant Thornton

– Ce qui le démarque des autres, selon lui: «Je suis le seul à promettre de la croissance économique à Saguenay, avec la création d’un minimum de 1000 emplois, d’un fonds public et privé de 50 millions, d’incubateurs. Mes confrères sont dans un concept de promesses électorales et non dans un concept de promesse de création de richesse.»

— Dominic Gagnon, Parti des citoyens de Saguenay

– Urgentologue

– Il est impliqué dans la promotion des saines habitudes de vie depuis de longues années

– Il a notamment promis d’éliminer les frais d’accès aux infrastructures sportives municipales pour les 18 ans et moins et de rendre le transport en commun gratuit pour les 65 ans et plus.

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