OTTAWA — Le chef conservateur Andrew Scheer propose que le Canada participe à une mission de paix des Nations unies en Ukraine pour contribuer aux efforts de stabilisation de la région touchée par le conflit opposant Kiev et Moscou.

Le leader de l’opposition officielle a fait cette suggestion jeudi après-midi à Etobicoke, en Ontario, brossant d’ores et déjà les contours d’une mission qui viserait à permettre à l’Ukraine «de reprendre le contrôle de sa frontière orientale avec la Russie».

«Un futur gouvernement conservateur défendra une mission de maintien de la paix des Nations unies en Ukraine», a-t-il déclaré par communiqué, accusant le gouvernement Trudeau de ne pas répondre «à l’agression russe» avec des «mesures significatives».

Le chef Scheer a ajouté que le Canada avait «fermement soutenu la population de l’Ukraine quand son intégrité territoriale a été menacée il y a plus de trois ans» et que «le devoir de soutenir et de protéger les peuples libres et souverains ne diminue pas avec le temps».

En conférence téléphonique depuis Bruxelles, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a raillé la proposition de son adversaire politique, soutenant que la paternité de l’idée revenait plutôt au président ukrainien Petro Porochenko, qui a réclamé la mise sur pied d’une mission en 2015.

Le ministre n’a pas écarté la possibilité que des Casques bleus puissent être déployés en Ukraine. La mise sur pied d’une mission onusienne est toutefois loin d’être assurée, car elle doit être approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies, où la Russie a un droit de veto.

«Dernièrement, les Russes ont fait une proposition avec laquelle nous sommes évidemment en désaccord total, car elle ne respecte pas les frontières actuelles et cela attise le conflit», a-t-il dit au téléphone, se disant «modérément optimiste» qu’une mission finisse par voir le jour.

«Ce que nous appuyons, c’est la proposition du président Porochenko (…) qui serait au bénéfice de l’Ukraine», a spécifié M. Sajjan, qui se trouvait dans la capitale belge pour la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN et une autre sur la lutte contre Daech.

Pour Jocelyn Coulon, un spécialiste en opérations de paix qui a été l’un des conseillers de l’ex-ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, il serait inconcevable que le Canada occupe un rôle de leadership dans une mission de paix en Ukraine, car il a déjà choisi son camp.

«Un des principes des missions de l’ONU est l’impartialité. Une autre règle, non écrite, veut que les pays ayant une implication dans le conflit ne participent pas à la mission», a-t-il fait valoir à La Presse canadienne.

«Sur la question ukrainienne, le Canada est tout sauf impartial. Il vend des armes à l’Ukraine et entraîne son armée. Compte tenu des positions canadiennes sur le conflit en Ukraine et de ses mauvaises relations avec la Russie, le Canada se disqualifie pour un rôle de leadership», a-t-il dit.

Au Nouveau Parti démocratique, la porte-parole en matière d’affaires étrangères, Hélène Laverdière, n’a pas semblé impressionnée par la suggestion conservatrice touchant une mission inexistante dont la création «risque de demander encore beaucoup de négociations étant donné les points de vue opposés des diverses parties».

«Le fait que les conservateurs s’avancent sur cette idée démontre à quel point ils ne comprennent pas les missions de paix», a-t-elle critiqué dans une déclaration écrite, jeudi, soutenant toutefois que le «Canada devrait considérer apporter son appui si une telle mission se concrétise».

Le gouvernement canadien ne fait pas de cachettes de son appui indéfectible pour l’Ukraine.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, dénonce régulièrement l’attitude de Moscou dans ce conflit. L’élue aux racines ukrainiennes est sur une liste noire du Kremlin en guise de représailles aux sanctions imposées par le Canada après l’annexion de la Crimée par la Russie.

Par ailleurs, environ 200 membres des Forces armées canadiennes se trouvent actuellement en Ukraine dans le cadre de l’opération UNIFIER. Cette mission militaire, qui a été prolongée jusqu’en mars 2019, vise à offrir de l’instruction militaire aux Forces armées ukrainiennes.

Missions de paix: un plan attendu

La proposition du chef conservateur est formulée alors que le plan de déploiement des Casques bleus promis par les libéraux il y a maintenant plus d’un an tarde à se matérialiser.

Le ministre Sajjan sera l’hôte dans quelques jours de la réunion des ministres de la Défense sur le maintien de la paix des Nations unies. L’événement se tiendra à Vancouver les 14 et 15 novembre prochain.

La rumeur veut que les libéraux profitent de l’occasion pour enfin lever le voile sur leur programme de maintien de la paix. Le gouvernement a promis en août 2016 d’injecter 450 millions $ sur trois ans et de déployer jusqu’à 600 soldats et 150 policiers dans des missions de paix.

Dans les mois suivants, des ministres avaient effectué plusieurs missions de repérage en Afrique. Puis, l’idée avait semblé être mise en veilleuse — on a tour à tour évoqué le changement de leadership à l’ONU, puis l’élection de Donald Trump, puis la dangerosité des missions africaines.

Aucun de ces prétextes ne tient la route, selon Jocelyn Coulon. Surtout pas celui du locataire de la Maison-Blanche.

«Ben voyons donc! Vous pensez vraiment que Donald Trump se lève le matin en se demandant combien de Canadiens vont aller dans une opération de paix demain? Ça n’a aucun lien! Je ne comprends pas qu’on sorte des arguments semblables», s’est-il exclamé en entrevue.

Au téléphone, Harjit Sajjan a de nouveau refusé de dire s’il annoncerait le plan à Vancouver.

«Nous voulons faire les choses de façon responsable, a-t-il insisté. Nous voulons avoir un plus grand impact aux Nations unies en tant que tel, pas seulement dans une mission en particulier.»

Ce commentaire semble aller dans le sens des informations qui ont circulé dans les médias sur les intentions du Canada, qui s’enlignerait vers un saupoudrage de ressources dans plusieurs missions plutôt que le déploiement de contingents significatifs dans une ou deux missions.

On a évoqué l’envoi d’hélicoptères canadiens au Mali et en Haïti et d’un avion de transport qui serait basé en Ouganda. Le Canada serait aussi disposé à fournir une force d’intervention sur le plateau du Golan, territoire syrien annexé par Israël depuis la guerre des Six Jours en 1967.

Le Canada pourrait aussi former des Casques bleus d’autres pays.

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