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QUÉBEC — Tous les élus de l’Assemblée nationale ont voté mercredi pour l’interdiction du kirpan à bord des avions, sauf les trois députés de Québec solidaire, qui se sont abstenus.

Le Parlement québécois s’est donc élevé contre la directive récente de Transports Canada de permettre le port du couteau traditionnel sikh à bord des vols intérieurs et internationaux.

La motion proposée par la Coalition avenir Québec (CAQ) sera transmise au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, qui a répondu que les élus de l’Assemblée nationale étaient peut-être mal informés.

Le ministre québécois de la Sécurité publique, Martin Coiteux, voit dans cette motion une occasion pour le gouvernement fédéral de s’expliquer. Dans un point de presse mercredi matin après le vote, il a laissé entendre que le gouvernement Couillard n’était pas motivé par une quelconque velléité de discrimination religieuse.

«Ce qu’on a exprimé, ce sont des préoccupations tout à fait légitimes à l’égard de la sécurité, il ne faut pas voir autre chose que ça», a-t-il dit.

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire, a écrit sur Twitter qu’«il y a quelque chose de lâche avec cette motion de la CAQ à vouloir casser du sucre sur le dos des Sikhs sans oser l’avouer franchement».

Transports Canada a annoncé il y a deux semaines des modifications à la liste des articles interdits pour les passagers aériens qui entreront en vigueur le 27 novembre.

Le fédéral autorisera ainsi les petites lames de couteau de six centimètres ou moins, sauf dans les vols à destination des États-Unis. Les lames de rasoir et couteaux rétractables demeureront interdits à bord de tous les vols.

La World Sikh Organization (Organisation mondiale sikhe) a salué ces modifications, elle qui militait pour que les petits kirpans soient autorisés à bord des vols en provenance du Canada.

Pour sa part, Marc Garneau a plaidé que les experts ont «clairement indiqué» que ces lames étaient sécuritaires et qu’un grand nombre de pays les avaient déjà autorisées parce qu’«elles ne représentent pas un danger» pour les avions.

«Malheureusement, peut-être que les membres de l’Assemblée nationale n’ont pas accès à toute l’information que j’ai, a-t-il déclaré dans une mêlée de presse au parlement d’Ottawa. On est très satisfaits que c’est quelque chose de très sécuritaire (sic).»

Toujours à Ottawa, le Bloc québécois, qui mène la charge pour l’interdiction, estime que le gouvernement Trudeau n’écoute pas la population, qui ne se sent pas en confiance avec des armes blanches dans les cabines.

Il s’agit d’une «arme létale», a évoqué la députée bloquiste Marilène Gill. «Je ne pense pas que ce soit de la paranoïa de penser qu’une lame de six centimètres puisse faire des dommages», a-t-elle dit dans un point de presse aux Communes. Le Bloc a tenté de déposer une motion en Chambre sur le même enjeu, mais il n’y a pas eu de consentement.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, qui est lui-même sikh, a quant à lui déclaré qu’il préfère s’en remettre aux experts de Transports Canada.

«Je ne sais pas si l’Assemblée a fait des évaluations, a évalué les risques, a-t-il dit dans un point de presse à l’extérieur de la Chambre. Je respecte les décisions de Transports Canada parce qu’elles sont basées sur des preuves, sur des choses qu’on peut mesurer.»

Ce n’est pas la première fois que la question du kirpan fait la manchette au Québec. Rappelons qu’en 2006, dans une cause célèbre, la Cour suprême avait autorisé un élève sikh à porter sa dague dans une école, alors que la commission scolaire s’y opposait.

De même, en 2011, des représentants de la communauté sikhe qui devaient aller s’exprimer en commission parlementaire avaient été refoulés à l’entrée de l’Assemblée nationale parce qu’ils avaient refusé de déposer leurs armes à la consigne. Ils avaient contesté la décision en Cour supérieure, qui avait donné raison à l’Assemblée nationale au nom du privilège parlementaire.

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