Nathan Rochford Nathan Rochford / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau souligne que le système de réfugiés du Canada n’est pas destiné aux gens qui recherchent simplement un meilleur avenir économique.

M. Trudeau a abordé les cas de milliers d’Haïtiens ayant traversé irrégulièrement la frontière entre les États-Unis et le Canada ces derniers mois pour demander l’asile, dont relativement peu — environ dix pour cent — obtiennent un statut de réfugié.

Le premier ministre a rappelé, lors d’un événement à Charlottetown, que lorsque des gens demandent le statut de réfugié, cela signifie qu’ils n’ont nulle part où aller et qu’ils ne sont pas «protégés par (leur) État d’origine».

La Commission de l’immigration et du statut de réfugié s’affaire à traiter plus de 14 000 dossiers de gens ayant traversé irrégulièrement la frontière depuis février. Jusqu’à ce jour, ils en ont entendu 1572, et la proportion de demandes acceptées se situe à 60 pour cent. La majorité des demandes ont été faites par des Haïtiens.

Bien que Haïti affronte assurément des «défis économiques», il ne s’agit pas d’un «pays en faillite», a dit M. Trudeau.

Le premier ministre a ajouté qu’il y avait «des gens, dans différentes régions du monde, qui ont plus besoin d’être aidés, qui ont un besoin plus urgent, plus criant».

«Nous, on se doit de s’assurer que notre système d’immigration demeure intègre et que les Canadiens continuent à avoir confiance dans notre système d’immigration et dans notre capacité d’assurer la sécurité, oui, mais la réussite de nos communautés», a-t-il affirmé.

L’analyse des statistiques sur les entrées irrégulières à la frontière cette année, de même que les résultats des audiences de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, figuraient à l’ordre du jour d’une rencontre en fin de journée jeudi à Ottawa entre les ministres fédéraux et provinciaux supervisant les opérations.

Cette force d’intervention fédérale-provinciale avait été établie au plus fort de l’afflux de demandeurs d’asile cet été, particulièrement au Québec.

Les chiffres ont décliné depuis ce temps — 5712 personnes avaient été appréhendées par la GRC hors des postes frontaliers en août, tandis qu’elles étaient au nombre de 1890 en octobre.

Nouvelle vague ?

Ottawa peaufine son plan d’urgence au cas où il y aurait une nouvelle vague de migrants au cours des mois à venir.

Le député Pablo Rodriguez, tout juste de retour des États-Unis, s’envolera à nouveau pour le Texas dimanche pour contrer les fausses informations qui circulent sur le système d’immigration canadien.

«L’important, c’est de parler dans la langue des gens», a expliqué M. Rodriguez, dont la langue maternelle est l’espagnol.

Plus tôt cette semaine, le gouvernement américain a éliminé le statut de protection temporaire auquel avaient droit 58 000 Haïtiens. Ils devront retourner dans leur pays d’origine en juillet 2019 ou trouver une autre façon de demeurer aux États-Unis.

Cela donnera suffisamment de temps au gouvernement canadien pour se préparer et peut-être éviter une nouvelle vague. L’afflux au cours de l’été avait été causé par l’annonce soudaine en mai que le statut temporaire de ces Haïtiens allait être révisé.

«Ce n’est pas un changement de politique qui arrivera demain, la semaine prochaine ou le mois prochain, mais dans 14, 18 ou 20 mois», a soutenu le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale au sortir de la rencontre du groupe de travail.

Il s’attend au même type de délai si l’administration Trump décide également d’éliminer le statut de protection temporaire des Salvadoriens, une cohorte de près de 262 000 personnes.

«C’est très difficile de prévoir de façon très précise s’il va y avoir une autre vague», a signalé le ministre québécois de l’Immigration, David Heurtel, qui s’était déplacé à Ottawa pour assister à la rencontre en personne.

«L’important, pour nous tous, c’est d’être prêt et c’est ce qu’on fait», a-t-il continué.

Le gouvernement du Québec développe sa propre campagne de sensibilisation des communautés haïtiennes et latino-américaines qu’il livrera par l’entremise de ses délégations aux États-Unis. Cette campagne visera, comme celle du gouvernement fédéral, à donner l’heure juste aux personnes qui songeraient à traverser la frontière de façon irrégulière.

M. Heurtel affirme que le Québec a reçu un peu plus de 20 000 demandeurs d’asile depuis janvier, alors que la moyenne des cinq dernières années pouvait varier entre 2000 et 5000 annuellement.

«C’est un travail énorme et c’est une pression énorme sur nos services, a-t-il indiqué. (…) Ces gens-là ont choisi le Canada, ils ont choisi le Québec et il faut justement les traiter avec beaucoup d’humanité et de compassion.»

En attendant que leur cas soit entendu, ces demandeurs d’asile s’intègrent à la société québécoise. Ils ont des permis de travail et leurs enfants vont à l’école.

Le gouvernement du Québec est encore en train de comptabiliser les coûts qui y sont associés, mais déjà M. Heurtel a fait savoir qu’il en réclamerait une portion au gouvernement fédéral.

Mais même s’ils se sont intégrés durant la longue période d’attente, les demandeurs d’asile dont la demande sera rejetée devront être déportés.

«Une fois qu’ils auront épuisé tous leurs recours, ces demandeurs devront quitter notre pays, a affirmé le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen. C’est la loi.»

Le système de déportation connaît aussi des délais en raison du grand nombre de personnes en attente. Une situation dont le gouvernement tient compte dans sa gestion de la crise, a indiqué le ministre Goodale.

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