MONTRÉAL — Il est devenu plus difficile de se trouver un logement au Québec en 2017, et ce, malgré une augmentation du nombre de logements offerts et du nombre de condominiums mis en location.

Les données annuelles publiées mardi par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) montrent une diminution du taux d’inoccupation partout au Canada, qui est passé de 3,7 pour cent en octobre 2016 à 3,0 pour cent en octobre 2017, ce qui ramène le taux national à sa moyenne sur 10 ans.

Au Québec, le taux d’inoccupation a diminué d’un point de pourcentage complet, passant de 4,4 pour cent à 3,4 pour cent entre octobre 2016 et octobre 2017.

Parmi les régions métropolitaines, c’est à Montréal que l’on retrouve le taux d’inoccupation le plus faible — une constante historique — à 2,8 pour cent, une baisse de 1,1 point de pourcentage. C’est toutefois la région Ottawa-Gatineau qui a connu la chute la plus importante, soit de 2,5 points, alors que le taux d’inoccupation y est passé de 6,3 pour cent à 3,8 pour cent en un an.

Le taux le plus élevé de logements disponibles, au Québec, est à Saguenay, où il se situe à 6,8 pour cent. À l’opposé, les villes de Granby en Montérégie et de Sainte-Marie, en Beauce, présentent les taux d’inoccupation les plus faibles, à 1,5 pour cent, suivies de près par Val-d’Or et Gaspé, qui affichent 1,7 pour cent de logements disponibles.

Par ailleurs, c’est au Québec que l’on retrouve les loyers les moins chers au Canada, soit à Trois-Rivières (594 $), Saguenay (605 $) et Sherbrooke (631 $). Le loyer moyen au Québec se situe à 735 $, une augmentation de 1,9 pour cent par rapport à l’an dernier.

Du côté des condominiums, la SCHL note que dans les trois plus importantes régions métropolitaines (Montréal, Québec et Ottawa-Gatineau), le nombre de copropriétés offertes en location a connu des augmentations. Pourtant, les taux d’inoccupation de condos à louer ont chuté dans les trois régions, ce qui dénote un appétit des locataires pour des logements plus neufs, bien que ceux-ci soient plus chers.

Au Nouveau-Brunswick, la SCHL fait état d’une importante baisse du taux d’inoccupation qu’elle attribue à une augmentation de l’immigration, la croissance de l’emploi et des départs moins nombreux de la province. Le taux est ainsi passé de 6,6 pour cent l’an dernier à 4,1 pour cent cette année, un repli de 2,5 points de pourcentage.

Ailleurs au pays, les plus bas taux d’inoccupation ont été enregistrés à Kelowna (0,2 pour cent), Abbotsford-Mission (0,2 pour cent), Victoria (0,6 pour cent) et Vancouver (0,9 pour cent), en Colombie-Britannique, ainsi qu’à Kingston (0,7 pour cent) et Toronto (1,0 pour cent) en Ontario.

Le taux d’inoccupation le plus élevé, à 9,6 pour cent, a été constaté à Saskatoon en Saskatchewan. Les loyers mensuels moyens les plus élevés, pour un appartement de deux chambres, ont été enregistrés à Vancouver (1552 $), Toronto (1404 $) et Calgary (1247 $).

Locataires et propriétaires inquiets

Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) accueille ces données avec une certaine consternation, notant que le taux d’inoccupation de Montréal, à 2,8 pour cent, est en deçà du «seuil d’équilibre» de 3 pour cent.

L’organisme estime que ces chiffres devraient inciter les gouvernements à investir davantage dans les logements sociaux.

«196 000 ménages québécois paient plus de la moitié de leur revenu pour se loger», a rappelé la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme, en entrevue avec La Presse canadienne.

Mme Laflamme se dit «inquiète d’un retour à une pénurie sévère dans les prochaines années, en particulier pour les familles». Elle ajoute que la proportion de logements inoccupés est également tombée à des seuils nettement insuffisants à Granby, Sainte-Marie, Val-d’Or et Gaspé.

«La baisse nous alarme, surtout dans certaines régions comme l’Abitibi et la Gaspésie, où il y a des booms économiques importants, a-t-elle fait valoir. Avec des taux qui approchent les 1 pour cent, ça nous inquiète pour les locataires plus vulnérables de ces régions qui, souvent, n’ont pas d’autre endroit où aller.»

Au passage, elle reproche au gouvernement de Philippe Couillard d’avoir coupé les enveloppes spéciales dédiées aux logements sociaux dans les régions éloignées.

Le FRAPRU note par ailleurs la hausse du nombre de condos offerts en location, un phénomène qui n’a rien pour rassurer l’organisme de défense des locataires.

«Ce sont des logements qui se louent beaucoup plus cher que les logements locatifs traditionnels, souligne Mme Laflamme. Ça pousse tous les loyers à la hausse et, dans les quartiers où l’on construit des tours à condo, ç’a des conséquences sur l’embourgeoisement des quartiers qui, à long terme, pousse les ménages plus pauvres en dehors du quartier.»

De son côté, l’Association des propriétaires du Québec (APQ) estime qu’un taux d’inoccupation de 3,4 pour cent «n’est pas un bon signe».

L’Association affirme que les augmentations de loyer — qui sont réglementées par la Régie du logement — sont dérisoires et empêchent les propriétaires de procéder aux rénovations et mises à norme requises dans le parc locatif existant.

Par ailleurs, les propriétaires se disent eux aussi très inquiets de la croissance de popularité de la location de condos, qu’ils qualifient de «concurrence déloyale».

«Les gens semblent avoir une attirance pour les condos, des logements qui sont plus neufs et au niveau locatif, lorsqu’on a des logements qui sont plus âgés, c’est difficile de rivaliser avec ces nouvelles constructions», a fait valoir la porte-parole de l’APQ, Annie Lapointe, lors d’une entrevue téléphonique.

L’Association voit cependant une lueur d’espoir dans l’annonce d’Ottawa de vouloir aider aussi les propriétaires dans la stratégie nationale sur le logement.

Elle dit espérer que le secteur privé pourra aussi profiter de l’enveloppe prévue pour des prêts à faible taux d’intérêt afin de réparer des logements existants.

«On espère vraiment que le privé pourra en bénéficier, parce que c’est difficile pour les propriétaires de faire des rénovations lorsque l’amortissement avec les augmentations accordées par la Régie du logement dépasse les 40 ans», a ajouté Mme Lapointe.

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