OTTAWA — Le gouvernement fédéral a officiellement déposé jeudi en Chambre la candidature de deux agents du Parlement: les commissaires aux langues officielles et au lobbying.

Pour le poste de chien de garde du bilinguisme au pays, le premier ministre Justin Trudeau a recommandé la désignation de Raymond Théberge, actuel recteur de l’Université de Moncton.

Il s’est réjoui, par voie de communiqué, d’avoir su dénicher ce candidat «idéal», dont il a vanté la «passion pour la dualité linguistique et les droits linguistiques des minorités».

«Je suis convaincu que M. Théberge exigera des comptes du gouvernement concernant la pleine mise en oeuvre de la Loi sur les langues officielles», a déclaré M. Trudeau.

«On est très satisfaits du processus, et ultimement, du résultat», s’est quant à elle félicitée la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

La nomination d’un premier commissaire en près de 50 ans issu d’une filière autre que celle du Québec ou de l’Ontario est une «bonne nouvelle», a-t-elle affirmé en mêlée de presse.

«Les gens de l’Acadie voulaient quelqu’un qui comprenait les enjeux en Acadie, et en même temps, on n’a jamais eu de Franco-Manitobain commissaire aux langues officielles», a relevé Mme Joly.

Le gouvernement libéral espère cette fois avoir misé sur la bonne personne.

Il avait dû recommencer le processus de nomination du commissaire aux langues officielles après le fiasco de la candidature de Madeleine Meilleur, au printemps dernier.

Les réactions initiales à la sélection de Raymond Théberge — une information qui avait fuité dans les médias la semaine passée — sont jusqu’à présent plutôt favorables.

Dans le camp néo-démocrate, par contre, on continue à dénoncer l’«opacité» d’un processus de nomination que les libéraux disent ouvert et transparent.

«Le gouvernement (…) commet exactement les mêmes erreurs qu’il avait commises avec la nomination de Madeleine Meilleur», a déploré le député Guy Caron en mêlée de presse.

«La première communication que j’ai eue au sujet de la nomination (…) ça a été il y a une semaine à travers une lettre qui me disait qui avait été choisi et me demandant mes commentaires par rapport au choix. Et c’est tout», a lâché le chef parlementaire du parti.

Du côté de l’opposition officielle, on considère que le processus de consultation s’est fait «en bonne et due forme» et «selon l’esprit de la Loi (sur les langues officielles)», a indiqué le député Alupa Clarke.

Et le profil du candidat retenu «est quand même assez intéressant à première vue», a convenu en entrevue le porte-parole conservateur en matière de langues officielles.

«Cependant, nous, on reste sur nos gardes étant donné ce qui est arrivé la première fois avec Mme Meilleur, on a des craintes quant à de possibles ramifications partisanes», a-t-il souligné.

À la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), on s’est réjoui, jeudi, que le gouvernement ait enfin comblé le poste.

«Ce que je vois de positif dans la nomination, surtout, c’est qu’il était temps qu’on (la) fasse», a exprimé au téléphone le président de l’organisation, Jean Johnson.

«On est officiellement heureux de voir la nomination, point à la ligne. Maintenant, on roule nos manches, et on commence à travailler», a-t-il ajouté.

La chaise était occupée de façon intérimaire depuis plus d’un an, après le départ à la retraite du précédent commissaire, Graham Fraser.

Il a par ailleurs souligné la «valeur symbolique» que revêt la nomination de M. Théberge aux yeux des francophones en situation minoritaire.

Mais «au-delà du symbolisme, ce qu’on veut, c’est quelqu’un de fort», a insisté M. Johnson, disant espérer que Raymond Théberge s’avérera un chien de garde «avec des dents».

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), qui soutient n’avoir pas été consultée par la ministre Joly, «ne sait pas encore» que penser de la désignation du Franco-Manitobain.

«Il va vraiment falloir voir comment M. Théberge va revêtir son rôle en tant que commissaire aux langues officielles», a laissé tomber le président par intérim de la SANB, Joey Couturier.

Il a lui aussi émis des critiques par rapport au processus de sélection, qui s’est déroulé avec des lacunes en matière de «transparence» et de consultation qui «rend un peu mal à l’aise».

Commissaire au lobbying

Le premier ministre Trudeau, qui se faisait reprocher de se traîner les pieds dans la nomination des agents du Parlement, a choisi d’en dévoiler deux d’un coup, jeudi.

En même temps qu’il proposait la candidature de Raymond Théberge, il soumettait celle de Nancy Bélanger pour le poste de commissaire au lobbying.

Elle est actuellement sous-commissaire au Commissariat à l’information du Canada.

Justin Trudeau l’a présentée comme une «excellente candidate pour le poste de commissaire au lobbying» grâce à «sa vaste expérience juridique et en matière de leadership».

La nomination des deux commissaires sur lesquels le premier ministre a arrêté son choix doit être entérinée à la Chambre des communes et au Sénat.

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