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MONTRÉAL — De nombreux anglophones sont surpris du débat actuel sur le «Bonjour-Hi»: ils apprécient l’expression de courtoisie — avec le français en premier — et jugent que l’Assemblée nationale devrait avoir d’autres chats à fouetter.

Pour Caroline Harper, propriétaire de Piorra Maison inc., une boutique «art de vivre» ayant pignon sur rue à Montréal, dans le quartier Mile End, et à Pointe-Claire, la formule de salutation bilingue est courtoise et permet d’envoyer le signal que le client peut être servi en français ou en anglais, selon sa préférence. «On leur donne le choix», dit-elle.

La femme, qui se décrit comme une anglophone, n’a jamais entendu quiconque se plaindre de la formule. Elle trouve que cela n’a rien à voir avec la politique: il s’agit plutôt d’une pratique des commerçants qui veulent être agréables avec leurs clients et les touristes qui ne parlent pas le français.

«Les détaillants ont de la misère. Si on ne fait pas notre plus gros possible pour accueillir les gens, surtout les touristes, on va perdre des ventes.»

Et les politiciens devraient se concentrer sur des sujets plus urgents et plus importants, comme l’attente dans les salles d’urgence des hôpitaux et les soins aux personnes âgées, a-t-elle notamment fait valoir en français, lors de l’entrevue.

James Shea, le président du Quebec Community Groups Network, qui représente la communauté anglophone, trouve que la formule de politesse marche très bien. Il estime qu’elle ouvre la porte à la communication — en français ou en anglais.

À plusieurs reprises lors de l’entrevue, il s’est dit «surpris» du débat qui a eu lieu mercredi et jeudi à l’Assemblée nationale. Ce jeudi, les députés ont voté unanimement en faveur d’une motion, initiée par le Parti québécois, «invitant tous les commerçants et tous les salariés qui sont en contact avec la clientèle locale et internationale de les accueillir chaleureusement avec le mot Bonjour», un mot qui est reconnu universellement. La mention selon laquelle l’expression est un «irritant» a été enlevée, à la demande du premier ministre Philippe Couillard.

M. Shea veut le respect des deux langues et juge que la formule bilingue est «un signe de respect pour la langue anglaise au Québec».

Il s’agit d’un bien grand débat pour deux petits mots, résume-t-il en français.

«Nous ne voyons pas comment ça offusque autant les gens», a renchéri Rita Legault, la directrice des communications et des relations publiques du même organisme.

«Nous ne sommes certainement pas contents que l’on parle de notre langue comme d’un irritant», dit-elle, faisant référence à une expression utilisée pour décrire le «Bonjour-Hi» par la ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Marie Montpetit, puis amplement reprise.

Elle indique toutefois que l’organisme ne veut pas voir de mesures coercitives pour forcer les commerçants à accueillir les clients uniquement dans la langue de Molière.

Robert Soroka, un professeur de marketing au Collège Dawson, trouve que la salutation bilingue est sympathique. Il souligne que le «Bonjour» vient toujours en premier, ce qui reflète pour lui le fait que le Québec est une province française. Il dit que beaucoup d’anglophones, comme lui-même, vont en fait répondre en français lorsqu’ils sont accueillis par la formule bilingue.

«Cela me fait me sentir bienvenu», ajoute-t-il.

Quant au débat politique, il le trouve «ridicule»: il aimerait bien que les élus s’occupent de problèmes plus pressants.

«Cela m’inquiète quand c’est discuté à l’Assemblée nationale parce qu’on aurait pu penser que nous étions dans une période d’harmonie (linguistique).»

Tyler Andrews trouve que la salutation «Bonjour-Hi» renforce le fait que le français est la langue de la province.

Le natif d’Ottawa venu s’installer à Montréal il y a un an et demi croit que le Parti québécois et son chef Jean-François Lisée essaient de marquer des points avec un tel sujet avant la prochaine élection et qu’ils tentent d’accroître la pertinence du parti alors que la Coalition avenir Québec (CAQ) gagne du terrain dans les sondages.

«Je crois que c’est entièrement politique», dit-il.

Selon Gordon Campbell-Kelly, le propriétaire d’un magasin d’articles de sport de Beaconsfield, une ville à majorité anglophone située sur l’île de Montréal, il est très facile de suivre la formule du «Bonjour-Hi».

Il est lui-même anglophone, comme ses employés du magasin Golden Sports. Même si certains pourraient dire que le «Hi» devrait venir en premier car l’anglais est la langue la plus parlée au monde, il conçoit que le français est la première langue au Québec.

Et s’il «y a de plus grands problèmes dans le monde» qui pourraient être débattus par les députés provinciaux, il ne se sent toutefois pas menacé par le débat.

D’un point de vue du marketing, le professeur Soroka souligne que le commerce au détail est devenu très compétitif.

Et comme de plus en plus de gens font leurs achats en ligne, les commerces traditionnels misent sur l’atmosphère pour attirer des clients. L’accueil personnalisé en fait partie, dit-il.

«Dans la plupart des juridictions en Amérique du Nord, faire la promotion du fait que le personnel peut servir un client dans sa propre langue, c’est considéré comme un avantage.»

Et puis, la loi est claire, souligne-t-il. Un employeur au Québec ne peut exiger qu’un employé parle une langue autre que le français pour obtenir un poste, même dans les magasins et les restaurants.

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