Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — À l’approche du temps des Fêtes, la Commission américaine internationale pour le commerce (USITC) n’a pas fait de cadeau aux producteurs canadiens de bois d’oeuvre, jugeant que leurs exportations portaient préjudice à leurs concurrents américains.

Lors d’un vote à Washington, jeudi, les quatre représentants de l’agence américaine se sont rangés unanimement derrière les arguments de la coalition américaine du bois d’oeuvre. Les détails entourant la décision de la USITC devraient être dévoilés dans deux semaines.

Cela signifie que les producteurs canadiens ne pourront récupérer les sommes versées — environ 500 M$ — en droits punitifs jusqu’à présent.

À Ottawa, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, a une fois de plus remis en question la légitimité des mesures punitives américaines, rappelant qu’elles étaient contestées par son gouvernement.

«Je comprends l’anxiété (de l’industrie) provoquée par ces droits, a-t-il expliqué. Malheureusement, ce n’est pas la première fois que cela se produit.»

Le mois dernier, le département américain du Commerce avait abaissé légèrement les mesures préliminaires imposées plus tôt cette année sur les exportations canadiennes. Ainsi, pour la plupart des producteurs canadiens, les droits compensatoires et antidumping totalisaient 20,83%, comparativement à 26,75% au moment des décisions préliminaires.

Les tarifs ont provoqué une hausse des prix du bois de sciage, faisant grimper les coûts entourant la construction d’une maison aux États-Unis.

Selon un porte-parole de Produits forestiers Résolu (TSX:RFP), Seth Kursman, les États-Unis vont conserver les sommes déposées par les producteurs canadiens dans l’espoir d’inciter Ottawa à signer une entente désavantageuse.

«L’industrie américaine vante sa prospérité depuis plus d’un an, a-t-il indiqué par courriel. Elle n’a jamais fait autant d’argent. La part canadienne du marché américain est demeurée sous la barre de 34%.»

Sans surprise, la coalition américaine du bois d’oeuvre, qui avait déposé sa plainte auprès des autorités américaines il y a environ un an, a salué la décision prise par la USITC.

Puisque les règles du jeu seront maintenant équitables, l’industrie américaine, qui représente quelque 350 000 emplois, aura l’occasion d’être concurrentielle, a fait valoir la coalition par voie de communiqué.

«Les preuves présentées à la USITC sont claires, soit que les subventions massives octroyées par le gouvernement canadien à ses producteurs et le dumping effectué par ces derniers ont porté préjudice aux producteurs américains», a souligné son coprésident, Jason Brochu.

Le 28 novembre, le Canada avait décidé de porter le conflit devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), entreprenant un combat qui pourrait s’étendre sur plusieurs années devant l’organisation internationale.

Ottawa avait également contesté les droits compensatoires, plus tôt en novembre, en faisant appel au système de résolution de conflit de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Dans leurs arguments finaux déposés auprès de la USITC, le gouvernement Trudeau ainsi que l’industrie canadienne réitéraient qu’il n’y avait pas eu de préjudice pour l’industrie américaine étant donné qu’elle traverse une période très profitable.

«N’importe quelle industrie peut affirmer qu’elle devrait être encore plus profitable, peut-on lire dans les documents réglementaires. Mais la USITC devrait remettre en question le fait qu’une industrie profitable peut être menacée par des importations.»

Des données du département américain de l’Agriculture ont récemment démontré que les importations de bois d’oeuvre en provenance du Canada avaient fléchi de 8% pendant les neuf premiers mois de 2017.

Toutefois, la valeur des exportations avait grimpé de 0,15% en raison de la hausse des prix du bois.

Selon Statistique Canada, le volume en provenance des producteurs de la Colombie-Britannique a fondu de 33% en raison des importants feux de forêts au cours de l’été ayant paralysé des scieries. À l’inverse, les exportations québécoises au sud de la frontière ont progressé de 3%, alors qu’en Ontario, la hausse a été de 11%.

Le Québec et l’Ontario misent presque exclusivement sur les États-Unis pour écouler leurs stocks, puisque le marché américain représente respectivement 98% et 99% de leurs exportations de bois d’oeuvre.

Pour le moment, l’enveloppe de 300 M$ prévue par le gouvernement Couillard afin de financer entre autres des garanties de prêt n’a pas été mise à contribution.

La dernière dispute entre Washington et Ottawa, qui s’est étirée de 2001 à 2006, avait provoqué la disparition d’environ 15 000 emplois dans l’industrie canadienne.

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