Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — Le cri du coeur lancé par les groupes d’aide aux victimes d’agressions sexuelles a été entendu, selon ce qu’a appris La Presse canadienne mercredi.

Le gouvernement Couillard devrait avoir de bonnes nouvelles à leur annoncer jeudi: une hausse jamais vue du financement gouvernemental versé à ces organismes, habitués à fonctionner avec trois fois rien.

Durant une entrevue exclusive à l’agence, accordée mercredi, à ses bureaux de Québec, le premier ministre a dit sans détour que ces groupes devaient enfin avoir les moyens de remplir leur mandat, surtout dans le climat actuel «d’effervescence sociale», alors que le nombre de demandes d’aide ne cesse d’augmenter.

Les montants exacts consentis par Québec seront connus jeudi, à l’occasion du forum sur les agressions sexuelles, qui se tient au Centre des congrès de Québec.

«Il faut que ces groupes-là soient mieux soutenus», a-t-il convenu, laissant entendre clairement que les sommes en cause seraient substantielles.

La ministre de la Condition féminine, Hélène David, qui est à l’origine du forum, participait aussi à l’entrevue.

Selon elle, cet événement doit devenir un «moment historique», un jalon important dans la lutte aux agressions sexuelles, en matière de prévention et d’accompagnement des victimes. Elle a dit vouloir présenter des mesures concrètes.

La ministre s’impose une obligation de résultats: «On veut qu’il y ait un avant et un après» ce forum, le premier du genre à rassembler autour d’une même table autant de gens préoccupés par ce fléau.

Sept ministres et le premier ministre

On y attend plus d’une centaine de personnes: dirigeants d’organismes d’aide, experts, juristes, etc. Surtout, pas moins de sept ministres vont se déplacer pour l’occasion, sans compter le premier ministre Couillard, signe que le gouvernement veut bien montrer qu’il prend le dossier très au sérieux.

«Comme chef de gouvernement, pour moi personnellement, c’est important de m’occuper correctement avec mon gouvernement de ces choses-là», a confié M. Couillard, en disant souhaiter qu’une initiative comme ce forum serve à faire réfléchir les Québécois — particulièrement ces messieurs — à l’évolution des relations hommes-femmes.

«Il faut que les hommes réfléchissent à la façon dont ils parlent aux femmes avec lesquelles ils travaillent», a-t-il dit, indiquant que certaines blagues, certains comportements ou commentaires ne passaient plus.

Sous-financement

Les groupes de soutien aux victimes d’agressions sexuelles se plaignent constamment d’être sous-financés et de ne pas pouvoir répondre à la demande. Le sous-financement annuel a été évalué à 5 millions $.

La vague récente de dénonciations d’agressions, observée au Québec comme ailleurs, a fait exploser leurs lignes téléphoniques.

En octobre, la ministre David avait fait débloquer un budget d’urgence de 1 million $ pour leur donner un coup de main.

Trois thèmes

Trois thèmes seront abordés durant le forum: les moyens de mieux prévenir les agressions, l’accueil offert en cas de dénonciation et le processus de plainte, incluant la judiciarisation.

Les ateliers du forum vont surtout porter sur les agressions sexuelles en milieu de travail. M. Couillard dit qu’il faut trouver le moyen de faire en sorte que «dès que quelque chose commence», la victime potentielle puisse, sur place, avoir un recours et savoir à qui s’adresser dans l’entreprise «pour que ça arrête».

En ce domaine, a-t-il fait valoir, plus on agira tôt, «plus on va être efficace».

Le gouvernement ne semble par ailleurs pas très chaud à l’idée, lancée la veille par le Barreau du Québec et défendue par la CAQ, de modifier le Code civil de manière à éliminer tout délai de prescription, pour qu’une victime puisse intenter une poursuite au civil contre son agresseur, sans tenir compte des années écoulées.

Il faut «bien réfléchir, bien y penser» avant de modifier le Code civil, a commenté avec prudence le premier ministre.

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