Jacques Boissinot/La Presse canadienne Le chantier Davie.

OTTAWA — La facture sera salée pour les contribuables si le gouvernement fédéral s’entête à écarter le chantier maritime Davie de sa Stratégie de construction navale, conclut un spécialiste, alors qu’une vingtaine de sénateurs du Québec réclament l’octroi de contrats rapidement pour l’entreprise de Lévis.

Michael Byers, un professeur de l’Université de la Colombie-Britannique qui dirige une chaire de recherche en politique et en droit international, a publié une étude jeudi dans laquelle il pourfend la Stratégie nationale de construction navale.

Dépassements de coûts importants et délais qui ne cessent de s’allonger: la stratégie a besoin d’un remède de cheval.

«Ils sont dans une position maintenant où ça prend du courage pour reconnaître qu’ils ont fait une faute et qu’ils ont besoin de changer le plan», a affirmé le chercheur.

«J’ai fait le rapport pour dire au gouvernement que c’est urgent, a-t-il ajouté. Il faut reconsidérer l’idée de continuer seulement pour continuer.»

M. Byers dénonce le rejet récent d’une offre d’un consortium français et italien pour construire 15 navires de guerre qui aurait permis de réaliser 30 milliards $ d’économies.

Il appelle le gouvernement à ouvrir les contrats déjà accordés aux chantiers concurrents Irving à Halifax et Seaspan à Vancouver pour permettre à Davie d’avoir sa part du gâteau. Selon son analyse, le gouvernement pourrait procéder sans aucune pénalité.

Des sénateurs au secours de Davie

Presque l’entièreté des sénateurs québécois ont demandé jeudi que le gouvernement octroie de nouveaux contrats à Davie le plus rapidement possible.

Huit cents employés doivent être mis à pied d’ici la fin de l’année puisque la construction du navire de ravitaillement Astérix est terminée. Davie comptait sur la commande d’un deuxième navire de ravitaillement, l’Obélix, mais le gouvernement Trudeau a fermé la porte le mois dernier.

Cette décision aura également un impact sur les fournisseurs du chantier, ce qui pourrait porter le nombre de mises à pied à plus de 1300 en tout.

«On ne veut pas que les gouvernements inventent des besoins, mais on veut que compte tenu des besoins urgents et de la planification au niveau de l’approvisionnement en navires — que ce soit des brise-glaces, des ravitailleurs ou autres — que le gouvernement puisse octroyer un contrat avec Davie pour maintenir cette main-d’oeuvre qualifiée très spécialisée», a expliqué le sénateur Éric Forest en entrevue.

Les sénateurs demandent, eux aussi, que la Stratégie nationale de construction navale soit réévaluée pour inclure les trois grands chantiers maritimes au pays.

«Elle permet trop facilement d’éliminer la Davie de tout appel d’offres sur des critères qui sont à mon avis inéquitables et injustes», a expliqué M. Forest.

Le chantier naval était en restructuration au moment du lancement des appels d’offres en 2011. Le sénateur Forest note que la situation de Davie s’est améliorée depuis puisqu’il a été capable de livrer l’Astérix en respectant le calendrier et le budget. Il est donc temps, à son avis, «de tourner la page» sur cet épisode.

Le gouvernement maintient le cap malgré la pression qui s’accentue. Davie pourra obtenir d’autres contrats en temps et lieu, répète le secrétaire parlementaire de la ministre de l’Approvisionnement, Steven MacKinnon.

«La perte d’emplois, bien sûr, c’est quelque chose que nous regrettons, a-t-il dit en entrevue. Mais la Davie peut compter sur le fait qu’il y aura d’autres opportunités qui lui seront offertes dans le cadre de notre stratégie dans les années à venir.»

Il rappelle que le gouvernement doit faire «des choix judicieux» et que la construction d’un deuxième navire de ravitaillement intérimaire n’a pas été jugée nécessaire par la Défense nationale.

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