Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — La lutte contre les agressions sexuelles a franchi un pas important, jeudi, avec l’annonce, par le premier ministre Philippe Couillard, de tout un train de mesures gouvernementales destinées à prévenir ce fléau et à mieux traiter ses victimes.

L’initiative du gouvernement passe d’abord par un meilleur soutien financier aux organismes, sur le terrain, chargés d’informer et de venir en aide aux victimes. Ils se partageront 17 millions $ supplémentaires, au cours des trois prochaines années.

Ces sommes devraient servir à embaucher plus de personnel, au moment où les lignes téléphoniques de ces organismes explosent, à la suite du mouvement planétaire de dénonciation des victimes d’agression sexuelle.

Pour prévenir ce type d’agressions, changer les mentalités et les rapports hommes-femmes, le premier ministre a confirmé que l’éducation sexuelle serait obligatoire, à compter de septembre, pour tous les élèves du primaire et du secondaire.

Sur le plan législatif, Québec entend aussi intervenir en modifiant, dès l’hiver prochain, la Loi sur les normes du travail. Bientôt, tous les employeurs devront se doter d’une politique de prévention du harcèlement et d’une politique de traitement des plaintes. On veut ainsi faire en sorte qu’une employée qui se sentirait lésée puisse rapidement trouver sur place un recours, un service d’aide.

Il faut «stopper dans l’oeuf des situations, dès le début», a dit M. Couillard, en mêlée de presse.

De plus, la loi actuelle interdit le «harcèlement psychologique» sur les lieux de travail, mais ne dit pas un mot sur le harcèlement sexuel. Cette erreur sera corrigée.

De plus, Québec se dotera d’une politique contre le harcèlement sexuel.

On verra par ailleurs à faire en sorte que les policiers susceptibles de traiter des cas d’agressions sexuelles reçoivent une meilleure formation.

Telles sont les principales mesures annoncées jeudi, au terme du forum sur les agressions sexuelles parrainé par la ministre de la Condition féminine, Hélène David.

Le forum, axé surtout sur les agressions en milieu de travail, a réuni toute la journée au Centre des congrès de Québec quelque 200 personnes (responsables d’organismes d’aide, experts, syndicats, etc.) touchées de près par ces questions, sans compter sept ministres qui étaient présents, autour du premier ministre, qui tenait à être là pour bien montrer l’engagement de son gouvernement à «faire reculer ce fléau».

La «mesure phare», celle qui lui apparaît «capitale» en termes de prévention des agressions, est sans contredit l’éducation sexuelle désormais obligatoire, a indiqué le premier ministre en mêlée de presse, au terme des échanges en ateliers.

Il a tenu à rassurer les enseignants, qui recevront, a-t-il promis, la formation requise pour bien s’acquitter de ces nouvelles responsabilités.

Les syndicats contestent l’approche retenue par Québec pour enseigner la sexualité, qui se fera par des «apprentissages» intégrés aux cours existants, qu’il s’agisse par exemple du français ou des mathématiques. Les élèves ne recevront donc pas un «cours» comme tel lié uniquement à l’éducation sexuelle.

Aux 17 millions $ versés aux groupes s’ajouteront 8 millions $ sur trois ans destinés à financer diverses mesures. «C’est un investissement majeur», a noté la ministre Hélène David.

Les groupes d’aide directement visés par l’annonce sont pourtant restés sur leur faim, insatisfaits des informations reçues et des sommes promises.

«C’est assez flou l’annonce du premier ministre. On ne sait pas trop quoi en penser. On s’attendait à quelque chose de plus concret», a commenté la porte-parole du Regroupement québécois des 26 centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, Stéphanie Tremblay.

Selon elle, les sommes additionnelles prévues demeurent encore bien en deçà des besoins, ce qui indique que le gouvernement «n’a pas saisi l’ampleur du problème».

De son côté, le Conseil du statut de la femme a salué la décision du gouvernement d’implanter des cours d’éducation à la sexualité obligatoires pour tous les élèves.

«L’éducation demeure le moteur de la prévention en permettant aux élèves de comprendre, dès le plus jeune âge, des notions comme le consentement, les stéréotypes sexuels, les relations amoureuses égalitaires et le lien étroit entre les inégalités entre les sexes et les violences à caractère sexuel», a indiqué par voie de communiqué la présidente de l’organisme-conseil, Louise Cordeau.

Points saillants:

– Québec ajoute 25 millions $ pour lutter contre les agressions sexuelles, dont 17 millions $ versés aux organismes d’aide;

– L’éducation sexuelle devient obligatoire pour tous les élèves du primaire et du secondaire à compter de septembre;

– La Loi sur les normes du travail sera modifiée l’hiver prochain: le harcèlement sexuel sera inclus dans la loi;

– Tous les employeurs devront se doter d’une politique de prévention du harcèlement et d’une politique de traitement des plaintes;

– Québec se dotera d’une politique en matière de harcèlement sexuel;

– La formation des policiers en matière de traitement des cas d’agressions sexuelles sera bonifiée;

– Un guichet unique sera destiné particulièrement aux artistes.

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!