JONATHAN HAYWARD JONATHAN HAYWARD / La Presse Canadienne

OTTAWA — On parle beaucoup du différend canado-américain sur le bois d’oeuvre, mais un autre litige commercial risque de frapper durement l’industrie des produits forestiers en 2018.

Après le bois d’oeuvre et le papier surcalandré, c’est au tour du papier journal de faire l’objet d’une enquête du département américain du Commerce, qui devrait décider en mars si le Canada fait du dumping. Le gouvernement américain a amorcé en août une enquête à la suite d’une plainte de la North Pacific Paper.

L’entreprise de l’État de Washington reprend les mêmes arguments avancés dans le dossier du bois d’oeuvre: les papeteries canadiennes feraient du dumping en vendant aux États-Unis le papier journal à un prix inférieur à la valeur du marché, et Ottawa subventionnerait de façon déloyale son industrie forestière. Le département américain du Commerce a imposé des droits compensatoires et antidumping sur une bonne partie des importations de bois d’oeuvre canadien et sur le papier surcalandré.

«Les gens en parlent moins que le bois d’oeuvre, mais dans l’industrie, on craint que ce dossier soit plus dommageable encore», explique Derek Nighbor, directeur de l’Association des produits forestiers du Canada.

L’imposition de droits compensatoires toucherait environ 25 scieries au Canada, la plupart situées au Québec et en Ontario. Le Canada est le plus important exportateur de papier journal dans le monde, un marché canadien dominé par la montréalaise Résolu Produits forestiers. Selon le département américain du Commerce, les Canadiens ont exporté aux États-Unis pour environ 1,6 milliard $ de papier journal en 2016.

La note aux consommateurs

Même si M. Nighbor est convaincu que le papier journal a un bel avenir devant lui pour encore plusieurs années, il rappelle qu’avec l’essor des médias numériques, les ventes diminuent d’environ 10 pour cent chaque année. Il soutient par ailleurs que plus d’un millier de petits et moyens journaux aux États-Unis ont demandé à Washington de ne pas imposer de droits compensatoires, parce qu’ils ne pourraient pas assumer une hausse des coûts du papier.

M. Nighbor et l’Association américaine des constructeurs d’habitations soulignent qu’au bout du compte, ce sont les consommateurs qui subissent les effets de ces droits compensatoires. Les prix des maisons et des matériaux de construction pour remettre sur pied la Floride et le Texas après le passage des ouragans Irma et Harvey, l’an dernier, ont ainsi grimpé.

La faible valeur du dollar canadien et la forte demande de bois d’oeuvre aux États-Unis ont aidé les producteurs canadiens à surmonter les effets de ces droits compensatoires. Ainsi, M. Nighbor ne croit pas que des scieries ont mis à pied des travailleurs jusqu’ici. «Nous sommes en meilleure posture que ce que nous avions craint (…) mais ça demeure préoccupant pour 2018. Il ne faudrait pas que le litige s’enlise encore trois ou quatre ans et que le marché ralentisse.»

M. Nighbor soutient par ailleurs que la scierie américaine de la côte Ouest qui a porté plainte ne bénéficierait probablement même pas d’une baisse des importations de bois d’oeuvre canadien, qui sont surtout destinées aux États de l’est et du Midwest. «C’est juste pour nous enquiquiner», croit-il.

Ottawa et Washington tentent toujours de renégocier l’accord commercial sur le bois d’oeuvre pour remplacer une entente qui a expiré en 2015. Le Canada conteste aussi les droits compensatoires américains sur le bois d’oeuvre en vertu de l’Accord de libre-échange nord-américain et devant l’Organisation mondiale du commerce.

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