La Presse Canadienne

EDMONTON — Les chasseurs tuent des cougars en Alberta depuis des décennies. Mais une controverse sur cette pratique a éclaté lorsqu’un animateur de télévision a publié son trophée de chasse sur les réseaux sociaux.

Le mois dernier, l’animateur Steve Ecklund a publié une photo de lui avec un cougar mort, ce qui lui a attiré les critiques de plusieurs internautes, dont la femme de l’ancien premier ministre Stephen Harper, Laureen, qui l’a traité de «sale type».

Un chasseur de la Colombie-Britannique avait provoqué une controverse similaire en tuant l’ours numéro 48, un grizzly bien connu du parc national de Banff.

Dans les deux cas, la chasse était légale.

Un fossé culturel existe sur la chasse des grands carnivores, même parmi la communauté scientifique, selon des experts.

Adam Ford, un professeur adjoint de biologie à l’Université de la Colombie-Britannique en Okanagan, explique que les cas où un seul animal est tué retiennent plus l’attention des gens, qui ne voient pas l’enjeu dans sa globalité.

«La chasse est conçue depuis longtemps pour ne pas qu’elle ait d’impact sur la population», a-t-il analysé.

L’Alberta réglemente la chasse aux cougars depuis 1969. Le quota permet de chasser un maximum de 155 animaux chaque année. La province estime qu’il y a de 2000 à 3500 cougars sur son territoire.

Le spécialiste du gouvernement sur les carnivores et le biologiste de l’Université de l’Alberta, Mark Boyce, s’entendent pour dire que la population de cougars doit être contrôlée, car ils peuvent s’attaquer au bétail ou devenir un risque pour la sécurité des gens.

Des débats similaires ont eu lieu par rapport au grizzly. La chasse de ces bêtes a été interdite en Colombie-Britannique après que des sondages eurent démontré que les résidants n’appuyaient pas cette pratique.

Mais même si les gens s’inquiètent du sort de ces «beaux carnivores qu’on a envie de câliner», M. Ford craint que les faits aient été relégués au second plan dans ce débat qui divise même les scientifiques.

«Mes principes sont différents des tiens, mais des faits devraient être des faits», a-t-il laissé tomber. M. Ford travaille actuellement sur un article portant sur le fossé qui se creuse entre les scientifiques sur des enjeux tels que la chasse.

Pour leur part les chasseurs ont défendu leur pratique en disant qu’il s’agissait d’une tradition.

«En tant qu’amateurs de plein air, nous cherchons des moyens d’aller dehors», a déclaré Wayne Lowry, un chasseur et ancien président de l’Association de chasse et de loisirs de l’Alberta (Alberta Fish and Game Association).

M. Lowry, qui a tué un cougar il y a environ 15 ans, s’est souvenu d’un événement unique.

«Ça m’a pris deux ans. Pour moi, c’était un le type d’événement qui n’arrive qu’une seule fois dans une vie», a-t-il expliqué.

Débat éthique sur la chasse

Un scientifique croit que les controverses ne portent pas particulièrement sur la chasse, mais bien sur l’idée de tuer de gros carnivores qui peuvent souffrir.

Chris Darimont, un professeur associé de géographie à l’Université de Victoria, estime que la chasse en tant que loisir rend les gens inconfortables.

«Ils ne peuvent pas accepter l’idée que des gens peuvent tuer des carnivores non pas pour nourrir leur famille, mais pour nourrir leur ego», a-t-il soutenu.

Steve Ecklund a indiqué sur les réseaux sociaux qu’il avait mangé la viande du cougar, mais selon M. Darimont, les chasseurs ne s’en prennent pas aux gros carnivores pour les manger, car leur viande n’est pas très savoureuse.

«Les dirigeants de la faune reconnaissent depuis des années que ces animaux ne sont pas tués pour leur viande, mais bien pour des trophées», a-t-il déclaré.

Selon Chris Darimont, la chasse de cougars devrait être réexaminée.

Le gouvernement albertain dit n’avoir reçu aucune plainte pour mettre fin à la chasse de ce félin.

La province avait interdit la chasse aux grizzlys en 2006, mais l’augmentation récente de la population dans certaines régions a amené certains intervenants à réclamer qu’elle soit rétablie.

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