Darryl Dyck Darryl Dyck / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le gouvernement de Justin Trudeau met définitivement un terme au programme lancé par le précédent gouvernement conservateur pour remplacer progressivement la livraison du courrier à domicile par des boîtes postales communautaires.

Par contre, la livraison à domicile ne sera pas rétablie pour les quelque 840 000 foyers qui l’avaient perdue depuis 2014 — une décision qui déçoit notamment les aînés et les employés de Postes Canada. «On ne remettra pas le dentifrice dans le tube», a déclaré mercredi matin la ministre des Services publics, Carla Qualtrough.

Cette décision signifie que la société de la Couronne devra renoncer aux économies de 350 millions $ par année qu’elle comptait réaliser en supprimant la livraison du courrier aux quelque 4,2 millions de foyers qui le reçoivent encore à la porte. Le plan des libéraux prévoit par ailleurs la création d’un groupe de travail qui devra proposer des façons de mieux servir les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite qui n’ont dorénavant plus droit à la livraison à domicile.

Les libéraux avaient vaguement promis, durant la campagne électorale de 2015, de «sauver la livraison du courrier à domicile», après la décision du précédent gouvernement conservateur de se tourner vers les boîtes postales communautaires, pour permettre à Postes Canada de réaliser des économies.

Le député néo-démocrate montréalais Alexandre Boulerice a soutenu mercredi que les libéraux avaient rompu leur promesse électorale. «Toutes ces personnes âgées, ces personnes à mobilité réduite, ces personnes malades ou handicapées qui pensaient pouvoir recevoir de nouveau ce service-là parce qu’elles en ont besoin dans leur vie quotidienne, et puis là elles voient encore une fois qu’elles se sont fait rouler dans la farine par Justin Trudeau», a-t-il estimé.

Le président du Réseau des Fédérations de l’âge d’or du Québec (FADOQ), Maurice Dupont, s’est dit soulagé d’apprendre que Postes Canada cesse définitivement l’installation de nouvelles boîtes postales communautaires, mais déplore que «ceux qui ont perdu ce service ne le retrouveront malheureusement pas». La FADOQ promet de surveiller de près le groupe de travail sur le programme d’accessibilité pour ces personnes.

Le porte-parole francophone du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), Denis Lemelin, a indiqué quant à lui que la lutte va continuer, dans les négociations en cours, pour la protection du service public à la fois urbain et rural. «Mais en même temps, on est très heureux: 4,2 millions de foyers vont toujours avoir le service postal» à domicile, a-t-il convenu.

Réinvestir les bénéfices

En vertu du plan annoncé mercredi, des boîtes communautaires seront par ailleurs toujours installées dans les nouveaux ensembles résidentiels, comme cela se fait depuis les années 1980.

La ministre Qualtrough a aussi annoncé des changements aux règles financières à Postes Canada, qui permettront à la société de la Couronne de dégager des bénéfices et de réinvestir ces sommes dans l’amélioration des services.

Postes Canada a réalisé des bénéfices d’exploitation d’environ 81 millions $ en 2016, comparativement à 99 millions $ en 2015. Un comité des Communes, à majorité libérale, avait recommandé il y a plus d’un an que Postes Canada présente un plan pour rétablir la livraison à domicile à tous les foyers convertis aux boîtes communautaires depuis 2014. La société de la Couronne estime toutefois que ce rétablissement coûterait 195 millions $, en plus des frais annuels de livraison à domicile, qui se chiffreraient à environ 90 millions $. Le gouvernement libéral en a pris bonne note.

«Nous n’allons pas défaire ce que le précédent gouvernement a fait, mais nous allons garantir aux Canadiens un service exceptionnel», a soutenu mercredi la ministre Qualtrough, en dévoilant le plan de son gouvernement, au centre de tri de Mississauga, en Ontario.

Populaires, les colis

La haute direction de Postes Canada, qui est au coeur d’un grand remaniement — notamment la recherche d’un nouveau chef de la direction —, aura aussi le mandat d’améliorer les relations de travail au sein de la société de la Couronne. La partie patronale et le STTP sont actuellement en négociations pour le renouvellement de la convention collective.

Le gouvernement demande aussi à Postes Canada de faire la promotion de son service de transfert de fonds au pays et à l’étranger. Le STTP, qui mise aussi sur la diversification des activités pour pallier la baisse du volume de lettres, espérait plutôt l’implantation de services bancaires dans les succursales postales — comme en France, notamment —, mais la direction a toujours rejeté cette idée.

Les libéraux demandent aussi à Postes Canada de miser sur la popularité de son service de livraison de colis, qui est porteur de croissance et de revenus — les livraisons de colis ont bondi de près de 39 pour cent pendant le troisième trimestre de 2017 comparativement à 2016, et les revenus de Postes Canada dans ce seul secteur ont grimpé de 41 pour cent.

Postes Canada devra enfin examiner comment d’autres pays ont utilisé la livraison la fin de semaine et les soutes à colis postaux pour augmenter leurs revenus. Le gouvernement voudrait aussi profiter du fait que la poste est présente dans toutes les régions du pays, en suggérant que la succursale du coin pourrait aussi offrir d’autres services fédéraux.

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