QUÉBEC — Plusieurs centaines de personnes se sont réunies dans le quartier Sainte-Foy, à Québec, lundi soir, pour souligner la mémoire des six personnes qui sont tombées sous les balles d’un tireur dans la Grande Mosquée de Québec il y a exactement un an.

«Au-delà de la tragédie qu’on a vécue, on a vraiment vu la nature des gens du Québec, du Canada, la nature généreuse, le bon coeur, on l’a senti vraiment, toute la communauté», a déclaré à la foule Aymen Derbali, ce père de trois enfants surnommé le «héros» par des témoins du drame, car il s’est interposé entre le tireur et les fidèles, ce qui lui a fait perdre l’usage de ses jambes.

«On est fiers d’être ici et d’être des Québécois.»

Tous les chefs des partis politiques fédéraux et provinciaux s’étaient déplacés dans la capitale pour faire preuve de solidarité avec la communauté musulmane de Québec, qui est visiblement encore ébranlée par ce qui s’est passé lors de la soirée du 29 janvier 2017.

Ce soir-là, pendant la prière du soir, un tireur a ouvert le feu dans le Centre culturel islamique, faisant six morts et 19 blessés, dont cinq gravement.

Le premier ministre du Canada et son homologue du Québec ont tous deux offert un discours centré sur l’ouverture à l’autre et sur la lutte contre le racisme et l’islamophobie.

Lorsqu’il s’est adressé à la foule, le premier ministre Justin Trudeau a exhorté les citoyens à réfléchir sur eux-mêmes et à arrêter de penser que ce ne sont que les autres, les racistes.

Selon lui, les Québécois et les Canadiens devraient «réfléchir à tous les jours» sur leurs gestes, leurs pensées et leurs peurs «pour passer au-delà».

«C’est facile de condamner le racisme, l’intolérance, les discriminations contre la communauté musulmane. On sait c’est qui: ce sont les racistes, c’est l’autre, c’est les nonos qui se promènent avec les pattes de chiens sur le t-shirt. C’est toujours l’autre», a-t-il soutenu, faisant référence au chandail qu’arborent les membres du groupe identitaire de droite, La Meute.

«Mais pourquoi le mot islamophobie nous met mal à l’aise?», a-t-il lancé.

Le premier ministre Philippe Couillard s’est pour sa part demandé pourquoi certains citoyens se sentaient plus Québécois que d’autres alors que leurs ancêtres sont aussi des immigrants.

«On est tous venus d’ailleurs rejoindre les Premières Nations, il n’y a que la date qui change. Et cette date ne détermine pas notre niveau de citoyenneté», a-t-il souligné.

«On n’est pas un meilleur citoyen parce que ça fait dix générations qu’on est ici, puis qu’un autre qui est arrivé il y a cinq ans. Est-ce qu’on est tous d’accord avec ça?», a-t-il clamé, sous des applaudissements amortis par les mitaines.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a pour sa part refusé que sa ville soit taxée d’être raciste ou intolérante.

«Je ne reconnais pas ma ville dans ce geste insensé, cela n’est pas Québec. Je refuse que ma ville soit associée à la violence et la haine», a-t-il déclaré.

Pendant la soirée, les proches des victimes ont aussi pris le micro, notamment pour remercier les Québécois de leur soutien, et aussi pour faire un appel à l’unité.

«Le Québec, et le Canada, c’est une terre d’accueil, c’est reconnu internationalement, comme étant un endroit qui célèbre la paix et la sérénité. Faisons donc un devoir chacun, individuellement, et collectivement, de se le rappeler», a déclaré Amir Belkacemi, qui a perdu son père, Khaled, un professeur à l’Université Laval.

Après les nombreux discours, la foule, qui était rassemblée dans le stationnement de l’église Notre-Dame-de-Foy, s’est ensuite déplacée vers la Grande Mosquée de Québec, située à quelques mètres, pour y déposer des fleurs et des chandelles.

D’autres rassemblements en l’honneur des victimes ont eu lieu ailleurs au pays, dont à Montréal, Ottawa, Toronto, Calgary et Vancouver.

Débats sur l’islamophobie

Tous les partis politiques fédéraux ont fait des déclarations à la Chambre des communes pour souligner l’événement, lundi après-midi.

Si le Parti conservateur et le Bloc québécois n’ont pas choisi de parler de l’islamophobie dans leurs discours à la Chambre des communes, le premier ministre Trudeau, ainsi que le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert ont utilisé cette expression.

«Les morts ont été pleurés, leurs vies ont été honorées. Et nous les honorons, encore aujourd’hui. Mais ce n’est pas suffisant de les honorer. Nous devons nous engager à lutter contre l’islamophobie, pour nous assurer que personne d’autre ne soit mis en danger par la haine», a affirmé le député néo-démocrate Guy Caron.

Le gouvernement libéral réfléchit actuellement à l’idée de désigner le 29 janvier comme journée nationale contre l’islamophobie, à la demande de certains groupes musulmans.

Les députés du Parlement ont d’ailleurs refusé de débattre d’une motion proposée par le conservateur Scott Reid, qui souhaite plutôt créer une journée nationale de solidarité envers les victimes d’intolérance et de violence basées sur la religion.

Plusieurs jours de commémoration

Pour souligner le premier anniversaire de la tuerie, la Ville de Québec et le Centre culturel islamique de Québec ont organisé plusieurs jours de commémorations, à compter de vendredi dernier.

La Grande Mosquée de Québec a notamment tenu samedi une soirée portes ouvertes, lors de laquelle les citoyens ont pu visiter leur lieu de prière et observer des fidèles prier.

Un rassemblement multiconfessionnel avait également lieu dimanche soir en compagnie de représentants de plusieurs communautés religieuses.

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