Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — La commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et les services publics a amorcé lundi deux semaines d’audiences à Montréal.

Sedalia Fazio, une aînée mohawk qui a présidé la cérémonie de prières, à l’ouverture des audiences lundi, a ensuite souligné l’ironie du calendrier: ces audiences s’ouvrent au lendemain d’un acquittement controversé à l’issue d’un procès en Saskatchewan. Vendredi dernier, un jury a conclu, après 13 heures de délibérations, que l’agriculteur blanc Gerald Stanley n’était pas coupable du meurtre non prémédité du jeune Autochtone Colton Boushie en 2016.

Mme Fazio a admis qu’il lui était pénible de venir témoigner devant la commission «alors que mon peuple souffre tellement, alors que nous subissons présentement une telle injustice». Cette affaire a d’ailleurs fait ressurgir en elle le sort réservé jadis à son jeune garçon par des policiers montréalais. Elle soutient que son fils a été battu lors de son arrestation pour vol à l’étalage peu après la crise d’Oka de 1990, alors qu’il n’avait que 13 ans. L’affaire serait ensuite tombée dans l’oubli.

«Bien sûr, (mon garçon) s’était mal conduit, mais il avait 13 ans, a raconté Mme Fazio à la commission. Quatre policiers se sont jetés sur lui: des photos montrent les empreintes de bottes laissées sur sa tête.»

Le gouvernement du Québec a annoncé la semaine dernière que la commission «Écoute, réconciliation et progrès», mise sur pied par le premier ministre Philippe Couillard en décembre 2016, voyait son mandat prolongé de 10 mois, jusqu’en septembre 2019.

La commission, présidée par le juge à la retraite de la Cour supérieure Jacques Viens, a notamment pour mandat de rétablir un climat de confiance entre les policiers de la Sûreté du Québec et les femmes autochtones de Val-d’Or, en Abitibi-Témiscamingue. Des reportages ont mis au jour des histoires d’agressions physiques et sexuelles subies par des Autochtones aux mains de policiers dans cette région.

Le récit d’un Inuit

Pendant la prochaine phase de ses travaux, qui comprennent ces deux semaines d’audiences et deux autres le mois prochain à Montréal, la commission Viens entendra les témoignages de citoyens et le récit de leurs interactions avec les autorités.

Etuk Kasulluaq, âgé de 27 ans, a ainsi raconté lundi comment il avait été grièvement blessé l’an dernier lors de son arrestation pour avoir enfreint les conditions de sa remise en liberté — il avait consommé de l’alcool. Il soutient avoir déjà été jeté du haut d’un escalier par des policiers, et laissé nu dans une cellule à Puvirnituq, un village inuit du Nunavik.

Lors de 47 jours d’audiences à Val-d’Or, la commission Viens avait déjà entendu 131 témoins, mais il s’agissait surtout de témoins experts.

La commission Viens a été créée pour repérer les causes sous-jacentes à toute forme de violence, de discrimination systémique et de traitements différentiels qui pourrait exister à l’égard des femmes et des hommes autochtones lorsqu’ils ont recours à certains services publics au Québec. La commission doit notamment examiner la façon dont les Autochtones sont traités par les services de santé, la Direction de la protection de la jeunesse, le système judiciaire et les services correctionnels.

Le procureur en chef de la commission, Christian Leblanc, indiquait vendredi dernier que pendant la première année de travaux, les témoins ont souvent déploré la formation des fonctionnaires sur le terrain et la barrière de la langue.

Les travaux de la commission Viens recoupent ceux de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, mise sur pied par le gouvernement fédéral.

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