Justin Tang Justin Tang / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, présentera le plus récent budget du gouvernement fédéral au Parlement le 27 février, alors que le pays est confronté à une certaine incertitude sur les questions du commerce et de la compétitivité.

Face à ce brouillard, les experts du secteur privé recommanderont au ministre Morneau de parer aux imprévus lorsqu’ils se réuniront, plus tard cette semaine, à l’occasion de leur rencontre prébudgétaire annuelle.

«C’est clair que nous allons continuer d’être responsables au niveau fiscal», a répondu M. Morneau à la question d’une journaliste sur le retour à l’équilibre budgétaire.

«C’est important de faire des investissements, mais en même temps nous voulons avoir une situation où notre niveau de dette par rapport à notre PIB continue de diminuer.»

M. Morneau, qui a annoncé mardi la date du budget pendant la période des questions à la Chambre des communes, discutera vendredi, à Toronto, avec les économistes lors d’une table ronde généralement composée d’une dizaine d’experts des grandes banques, de groupes de recherche et d’associations commerciales.

Les ministres des Finances consultent régulièrement des économistes du secteur privé pour obtenir des avis ou des prévisions lors du processus d’élaboration du budget. Les projections sont utilisées pour établir les fondations du budget.

Certains économistes estiment que les améliorations de l’économie canadienne à la fin de 2017 donneront une plus grande marge de manoeuvre à M. Morneau pour son budget, par rapport aux prévisions contenues dans sa mise à jour économique d’octobre. D’autres sont moins optimistes face aux changements des derniers mois et s’attendent à ce que le gouvernement se retrouve dans une position budgétaire similaire à celle de l’automne.

Mais indépendamment des bases fiscales en place, tous s’entendent pour dire que le gouvernement devrait faire preuve de prudence. Ils veulent qu’Ottawa s’assure d’être prêt pour réagir à l’incidence de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Le gouvernement est aussi forcé de surveiller les dommages concurrentiels auxquels le Canada pourrait être confronté en raison de la réforme fiscale introduite à la fin décembre par le Congrès des États-Unis. Celle-ci prévoit notamment de fortes réductions aux taux d’imposition des entreprises américaines.

«En définitive, ce sont les deux gros éléments, et ils pourraient potentiellement refroidir les investissements des entreprises au Canada», a estimé l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Doug Porter. «C’est un couple difficile à affronter.»

Les conservateurs craignent que cela n’entraîne un exode des emplois vers les États-Unis. Ils demandent donc à Bill Morneau de mettre fin aux déficits et aux dépenses jugées superflues.

«Malheureusement, M. Trump veut voler nos emplois et M. Trudeau veut l’aider avec ses augmentations d’impôts et de taxes», a soutenu le député conservateur Pierre Poilievre.

«Nous voulons que les emplois soient ici au Canada et ça va prendre une discipline financière pour que l’on puisse réduire les taxes», a-t-il ajouté.

Le Bloc québécois suggère plutôt que le gouvernement augmente ses revenus en appliquant la taxe de vente (TPS) au commerce en ligne.

«C’est une mesure qu’on aimerait voir dans le prochain budget par équité pour nos commerces», a souligné le député Gabriel Ste-Marie.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, incite aussi le gouvernement à augmenter ses revenus en éliminant des échappatoires fiscales qui profitent aux «ultra-riches» et en s’attaquant aux paradis fiscaux. Il estime que ces mesures pourraient générer 13,5 milliards $ dans les coffres de l’État.

«Si on les récupère, ces revenus pourraient servir à des programmes qui réduisent les inégalités en faisant une vraie différence dans la vie des gens», a-t-il affirmé.

Le NPD demande, entre autres, que le gouvernement mette sur pied un programme universel de couverture des médicaments.

L’incertitude entourant l’ALÉNA

La Banque du Canada a estimé, le mois dernier, que l’incertitude entourant l’ALÉNA pourrait entraîner une diminution de deux pour cent des investissements des entreprises d’ici 2019. Les nouveaux investissements étrangers directs au Canada ont diminué depuis la mi-2016, ce qui pourrait s’expliquer par l’incertitude qui entoure les échanges commerciaux.

La banque centrale a aussi averti que la baisse des taux d’imposition aux États-Unis pourrait encourager les firmes à rediriger une partie de leurs investissements au sud de la frontière.

De son côté, l’économiste en chef de la Banque Scotia, Jean-François Perrault, ne croit pas que les changements fiscaux aux États-Unis auront un impact majeur au Canada — mais il admet que cela pourrait être le cas.

M. Perrault, qui participera à la rencontre de vendredi avec le ministre Morneau, recommande au gouvernement de retenir ses plans de grandes dépenses, au cas où il serait forcé d’allonger des mesures fiscales pour protéger la compétitivité du Canada.

«Il serait très prudent pour le gouvernement d’attendre pour vérifier si, en fait, ce qui se produit au sud de la frontière a un effet négatif sur les entreprises canadiennes», a affirmé M. Perrault.

L’économiste croit cependant que le ministre Morneau jouit d’une meilleure marge de manoeuvre fiscale qu’à l’automne.

Dans sa mise à jour d’octobre, M. Morneau avait dit s’attendre à un déficit budgétaire de 18,4 milliards $ pour l’exercice 2017-2018 et un déficit de 15,6 milliards $ pour celui de 2018-2019.

M. Perrault, un ancien sous-ministre adjoint sous M. Morneau, croit maintenant qu’Ottawa est en voie d’afficher un déficit de 16,8 milliards $ pour 2017-2018 et de 14,8 milliards $ en 2018-2019.

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