OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau veut défaire 150 ans de colonialisme. Il a promis dans un long discours à la Chambre des communes, mercredi, une nouvelle approche juridique pour garantir le respect des droits des Autochtones inscrits dans la Constitution canadienne.

Une initiative dont l’objectif à long terme est d’abroger la Loi sur les Indiens, «discriminatoire et paternaliste», et de concrétiser la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, ont expliqué quatre de ses ministres à leur sortie de la chambre.

«Il est évident que les peuples autochtones et tous les Canadiens savent que le temps est plus que venu pour un changement», a-t-il déclaré, en reconnaissant que les gouvernements qui se sont succédé ont souvent déçu les peuples autochtones.

Les Premières Nations doivent fréquemment avoir recours aux tribunaux pour faire respecter leurs droits ancestraux et les traités qu’elles ont signés.

«Des droits qui n’ont jamais été appliqués par nos gouvernements», a souligné M. Trudeau.

Ils sont pourtant inscrits dans la section 35 de Loi constitutionnelle de 1982 et la Cour suprême les a confirmés dans une quarantaine de décisions.

Le premier ministre veut que ces droits soient respectés d’emblée par ses ministères au lieu qu’ils soient contraints de le faire par la cour après de longs recours judiciaires.

Dans son discours, Justin Trudeau a promis «un changement à la grandeur du gouvernement». Il lancera des consultations aux quatre coins du pays pour élaborer un Cadre de reconnaissance et de mise en oeuvre des droits des Autochtones, une législation que le gouvernement entend faire adopter avant les élections fédérales de 2019.

L’élaboration de cette politique sera menée par la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, avec l’aide de la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould — elle-même Autochtone —, en partenariat avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis.

Les provinces seront appelées à participer tout comme l’ensemble de la société canadienne. «Une véritable réconciliation demandera également que tous les Canadiens se sentent inclus dans ce processus de guérison», a signalé Mme Bennett.

Le premier ministre espère que ce nouveau cadre juridique permettra de «reconstruire les communautés autochtones», de faire avancer leur droit à l’autodétermination et de résoudre les conflits.

Les nations autochtones qui le désirent pourraient ainsi avoir le contrôle de leur propre système d’éducation.

Justin Trudeau s’est bien gardé d’ouvrir la porte à une éventuelle réforme constitutionnelle, qui demeurera bien verrouillée.

Promesse en l’air?

Les partis de l’opposition ont appelé le premier ministre à aller jusqu’au bout de ce nouvel engagement.

Le député néo-démocrate Roméo Saganash, qui a déposé un projet de loi pour qu’Ottawa respecte la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, a offert sa pleine collaboration au premier ministre tout en le mettant en garde.

«L’une des choses les plus révoltantes que les politiciens peuvent faire est d’écraser l’espoir entretenu par les plus vulnérables de notre société en rompant encore une autre promesse», a-t-il dit.

«Je ne permettrai pas que cela se produise de nouveau, a-t-il plaidé. C’est ce que nous avons connu durant 150 ans et nous n’allons pas permettre que cela se reproduise durant encore 150 ans.»

Ses collègues se sont spontanément levés pour l’applaudir. M. Saganash — un Cri de la Baie-James — a dit craindre une nouvelle vague de colère dans les communautés autochtones, qui gronde déjà depuis le verdict dans la mort de Colten Boushie.

L’acquittement de l’agriculteur saskatchewanais blanc Gerard Stanley vendredi relativement à la mort par balle du jeune Autochtone de 22 ans a soulevé l’indignation. Sa famille était de passage à Ottawa cette semaine pour rencontrer le premier ministre Justin Trudeau.

Celui-ci a affirmé dans son discours que son gouvernement allait réformer la sélection des jurys pour rétablir la confiance des Autochtones envers le système judiciaire. Un débat exploratoire sur leur expérience dans ce système a eu lieu à la Chambre des communes en soirée.

En réponse au premier ministre, la porte-parole conservatrice pour les questions autochtones, Cathy McLeod, a mis en doute la capacité du gouvernement à tenir ses promesses.

«Ce gouvernement libéral en particulier a énormément de difficulté à tenir les nobles engagements qu’il prend», a-t-elle souligné, en insistant sur le besoin d’une «réconciliation économique» avec les Autochtones.

La députée bloquiste Marilène Gill, quant à elle, a rappelé les avancées du Québec en matière de relations avec les Premières Nations.

«Ce qui se trouve dans cette déclaration, l’Assemblée nationale l’a adopté en 1985», a-t-elle affirmé, en dénonçant le laxisme du gouvernement fédéral et en exigeant des gestes concrets.

Cette nouvelle approche pour favoriser le respect des droits des Autochtones fait suite au remaniement ministériel effectué par le premier ministre en août. Justin Trudeau avait alors créé deux nouveaux ministères, soit celui des Relations Couronne-Autochtones et celui des Services aux Autochtones. Les libéraux avaient promis en campagne électorale de renouveler la relation «de nation à nation» avec les Autochtones.

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