OTTAWA — La promesse du premier ministre Justin Trudeau d’assurer le respect des droits ancestraux des Autochtones enchâssés dans la Constitution canadienne suscite à la fois espoir et prudence parmi les chefs du Québec réunis jeudi à Ottawa.

«On a des préoccupations sérieuses sur la volonté du Québec d’aller dans la direction qui est proposée par le gouvernement fédéral», a soutenu le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard.

Il cite en exemple les revendications territoriales de quatre nations qui après 40 ans ne sont toujours pas réglées.

«Est-ce qu’ils vont changer leur attitude de ralentir des processus de négociations? Est-ce que la volonté politique va être au rendez-vous pour régler rapidement certains dossiers? Je pense que l’opportunité est là avec cette intention du gouvernement fédéral», a-t-il dit.

Pour être autonomes, les Premières Nations doivent avoir la capacité de générer des revenus et donc doivent avoir accès aux ressources naturelles.

«S’il n’y a aucune assise territoriale, c’est comme un discours qui est vide de sens parce que, sans ça, il y aura toujours cette espèce de dépendance étatique envers le gouvernement fédéral», a expliqué Ghislain Picard.

La coopération des provinces est primordiale pour renouveler la relation du gouvernement fédéral avec les Autochtones, a reconnu la ministre des Relations Couronne-autochtones, Carolyn Bennett.

«Les provinces sont vraiment importantes parce que beaucoup d’accords ont besoin des terres de la Couronne sous leur juridiction», a-t-elle souligné en entrevue.

Le Québec prêt à collaborer

Le ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, Geoffrey Kelley, s’est fait rassurant en entrevue.

«Quand il est question d’améliorer le bien-être et la qualité de vie des Premières Nations, le gouvernement du Québec a toujours répondu présent», a-t-il affirmé.

Il a rappelé que la Convention de la Baie-James et du Nord québécois signée en 1975 a mené à la création de deux commissions scolaires et régies de la santé autochtones.

Le problème des revendications territoriales dans le sud du Québec est dû, selon lui, à des divergences entre les Premières Nations lorsqu’il y a chevauchement de leurs territoires.

«On a beaucoup de travail à faire pour identifier correctement où les droits ancestraux s’appliquent, mais c’est pas clair encore à cause du chevauchement entre les nations», a-t-il reconnu.

Il a cité en exemple l’application du droit de chasse dans le parc des Laurentides revendiqué à la fois par les Hurons et les Innus.

M. Kelley soutient que le Québec est ouvert à participer au processus de consultation fédéral, mais il souligne du même souffle que plusieurs questions restent à clarifier.

«Un moment historique»

Dans un long discours à la Chambre des communes, M. Trudeau s’est engagé mercredi à faire adopter une législation avant les élections fédérales de 2019 qui élaborerait un nouveau cadre juridique pour changer fondamentalement la relation entre le gouvernement fédéral et les Premières Nations.

Cette loi pourrait éventuellement mener les communautés à gérer leurs propres systèmes d’éducation, de santé, de services sociaux et d’infrastructure.

«C’est quand même un moment historique», a affirmé la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel.

Ce moment ne serait pas survenu, selon elle, sans le travail acharné du député néo-démocrate Romeo Saganash pour l’application de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

«Un Eeyou qui a pu gagner un gros pas pour les peuples autochtones, a-t-elle ajouté. Je lui lève mon chapeau!»

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, sa collègue aux Services aux Autochtones, Jane Philpott, et la ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, se sont adressées jeudi aux chefs de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.

«Le paternalisme doit céder la place au partenariat», leur a dit Mme Bennett.

Dès sa sortie de la salle, elle sautait dans un avion en direction de Moncton où elle entamait une période de consultation qui mènera à l’élaboration d’un projet de loi.

Auparavant, elle venait d’expliquer aux chefs que le gouvernement veut savoir comment définir une nation autochtone, qui en sont membres et quels pouvoirs elles requièrent et comment assurer le respect de leurs droits.

Viviane Michel a hâte de voir l’aboutissement de cette consultation, mais elle reste prudente de peur d’être déçue une énième fois. Plusieurs questions demeurent au lendemain du discours du premier ministre.

«On parle d’autogouvernance. Est-ce que c’est à nous maintenant de se définir nous-mêmes et de reconnaître nous-mêmes qui sont les Premières Nations?», demande Viviane Michel.

«Parce qu’on est encore dans un système où c’est un fonctionnaire qui est assis dans un bureau et qui décide oui ou non d’après une demande envoyée pour être reconnu comme Première Nation.»

Le gouvernement fédéral n’a pas fixé d’échéancier pour la consultation, mais espère déposer un projet de loi d’ici la fin de l’année.

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