QUÉBEC — L’enveloppe totale versée par Québec aux médecins spécialistes passera de 4,7 milliards $, en 2017-2018, à 5,4 milliards $, en 2022-2023.

Les 10 000 spécialistes québécois profiteront donc, collectivement, d’un revenu additionnel évalué à 120 millions $ par année, versés sous forme d’honoraires majorés et de rattrapage salarial.

Par rapport à leurs conditions actuelles, en vertu de l’entente de principe d’une durée de huit ans (2015-2023) conclue entre le gouvernement Couillard et la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), il appert que ces derniers verront apparaître environ 2 milliards $ supplémentaires de fonds publics dans leurs poches.

Il s’agira d’un cumul d’augmentations d’honoraires de 511 millions $ en 8 ans, auxquelles il faudra ajouter un rattrapage salarial à hauteur de 1,5 milliard $, étalé sur 10 ans, une somme promise dans le passé en vertu d’ententes antérieures mais jamais versée.

«Dans les circonstances», a commenté le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand, en conférence de presse, cette entente «m’apparaît tout à fait raisonnable».

«C’est une très, très bonne entente pour les citoyens et les patients», a renchéri le premier ministre Philippe Couillard, lors d’une mêlée de presse alors qu’il était de passage à Saint-Lambert-de-Lauzon, en insistant pour dire qu’elle ne comportait pas «d’argent neuf».

L’entente de principe, signée la semaine dernière, a été rendue publique, dans ses grandes lignes, vendredi.

Globalement, le revenu des spécialistes augmentera en moyenne de trois pour cent par année. En excluant les sommes versées en guise de rattrapage, les spécialistes sont assurés de voir leur revenu augmenter de 1,4 pour cent par année d’ici 2023, une hausse 11,2 pour cent.

«Les chiffres ont l’air astronomiques, mais quand on les décortique, on voit la logique derrière ça», a commenté M. Arcand.

Malgré l’ampleur des sommes en cause, Québec estime que les contribuables y trouveront leur compte, grâce à des économies de l’ordre de 3 milliards $ rendues possibles par le fait que la FMSQ a accepté de renoncer à la «clause remorque» qui garantissait aux médecins spécialistes d’obtenir la même majoration salariale, soit 5,5 pour cent, que celle consentie aux employés du secteur public.

En 2016, le revenu moyen d’un médecin spécialiste était de 403 000 $. Au sommet de l’échelle, figuraient les radiologistes avec un revenu moyen frôlant les 700 000 $.

En retour des gains monétaires consentis aux spécialistes, Québec affirme avoir obtenu de la FMSQ des engagements fermes visant à assurer une plus grande accessibilité des patients à ses membres, partout au Québec.

«Les médecins québécois gagnent très bien leur vie. On a dit et je répète que maintenant les citoyens ont droit d’avoir des services accrus en échange de cet effort collectif-là», a commenté le premier ministre.

La FMSQ s’est notamment engagée à financer à hauteur de 105 millions $, à même les augmentations reçues, les services additionnels bientôt rendus par ses membres.

À cette fin, Québec et la FMSQ ont convenu d’un plan national visant à éviter, graduellement, à compter du 1er juin, tout bris de service, sur tout le territoire, surtout en régions où les spécialistes se font plus rares, particulièrement en ce qui touche les anesthésistes et les chirurgiens.

Des établissements de santé vont donc devoir en «parrainer» d’autres, former des «équipes volantes» prêtes à intervenir pour combler les besoins, là où on constate une pénurie.

Il peut s’agir, par exemple, de remplacer, au pied levé, en région éloignée, une chirurgienne partie en congé de maternité ou un anesthésiste en vacances ou en congé de maladie.

Québec a voulu s’assurer que les engagements pris par les médecins étaient sérieux et a prévu brandir le bâton si certains prévoyaient se défiler. Ainsi, un médecin membre d’une équipe volante qui refuserait un mandat s’exposerait à une pénalité de 3000 $ par jour.

Si la FMSQ ne donne pas suite aux engagements pris, elle pourrait devoir pour sa part acquitter des amendes allant jusqu’à 200 000 $.

Avec en poche ce plan national contre les bris de service, M. Arcand s’est montré satisfait d’avoir réussi à «sécuriser l’avenir».

En parallèle, Québec s’engage à faciliter l’accès, 16 heures par jour, aux équipements d’imagerie par résonnance magnétique («scan») et ainsi diminuer les délais d’attente.

Toute la semaine, l’entente ayant fait l’objet de nombreuses fuites, le gouvernement a dû se défendre de transformer en bar ouvert la négociation avec les spécialistes sur leur rémunération.

M. Arcand a convenu que dans la population, «il y a des gens qui trouvent toujours que les médecins gagnent trop cher», en rappelant l’importance pour le Québec de demeurer compétitif à ce chapitre.

Le gouvernement s’est dit par ailleurs satisfait de maintenir à 20 pour cent la part des dépenses de rémunération des médecins du budget global de la santé.

«On contrôle les coûts», a assuré le premier ministre Couillard, qui dit avoir «vraiment atteint» tous ses objectifs.

Le rattrapage salarial offert aux spécialistes découle d’une entente signée en 2007, alors que la FMSQ, dirigée par l’actuel ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait convaincu le gouvernement que l’écart de rémunération entre les spécialistes québécois et leurs collègues des autres provinces atteignait 40 pour cent. À l’époque, c’est le premier ministre Couillard qui était ministre de la Santé.

L’ampleur de l’écart salarial passé est aujourd’hui remis en question.

Chose certaine, le rattrapage a été effectué depuis, au moins sur papier, mais les chèques n’avaient pas été versés, faute de fonds disponibles.

L’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) mène actuellement une étude destinée à mettre à jour les données et déterminer s’il existe toujours un écart salarial entre le Québec et les autres provinces. Jusqu’à preuve du contraire, le gouvernement est cependant convaincu que l’écart a été comblé, voire inversé, et qu’aucune somme additionnelle, en sus de celles promises depuis 2007, ne sera versée.

L’opposition péquiste a dénoncé les largesses du gouvernement, estimant qu’elles n’apportaient aucune garantie d’un meilleur accès aux soins de santé.

Selon la porte-parole en santé, la députée Diane Lamarre, le gouvernement Couillard «a favorisé outrageusement les médecins aux dépens des autres professionnels de la santé».

Elle déplore que «ce sont deux milliards $ supplémentaires qui seront versés aux médecins spécialistes, alors que ceux-ci sont déjà mieux payés que leurs collègues ontariens. Ces sommes n’auraient jamais dû être promises ni versées!».

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