Lorsqu’il s’est présenté pour la première fois en politique en 1976, François Gendron et sa femme étaient convaincus qu’il perdrait son élection dans Abitibi-Ouest et qu’il retournerait à l’enseignement. Et quand il a été élu à sa grande surprise, il n’aurait jamais pensé devenir le député ayant siégé le plus longtemps à l’Assemblée nationale dans toute l’histoire du Québec.

«Je partais pour un mandat, pour une couple de mandats», a confié le doyen des députés québécois en entrevue téléphonique, vendredi.

Son implication au sein du gouvernement de René Lévesque au début de sa carrière lui aura donné la motivation de continuer en politique, et les circonstances ont fait qu’il s’est éloigné pour de bon de son poste d’enseignant.

«Pas parce que je n’aimais pas ça, les conditions avaient changé. Je n’avais plus la capacité de réintégrer le même poste (…) Là tu te dis, eh bien, je suis en train de faire une carrière politique», a-t-il expliqué.

Près de quarante-deux ans après sa première élection, François Gendron a annoncé samedi à «son monde», à La Sarre, qu’il ne se représenterait pas aux prochaines élections générales, prévues le 1er octobre. Le politicien de 73 ans est encore en forme, mais les trajets en avion et en voiture commençaient à le fatiguer et il ne se sentait pas capable d’affronter un mandat de quatre ans à l’âge de 74 ans.

Pendant sa carrière politique, M. Gendron aura porté plusieurs chapeaux: il a dirigé les ministères de la Fonction publique, de l’Éducation, des Ressources naturelles et de l’Agriculture, il a été chef par intérim du Parti québécois, et il a été président de l’Assemblée nationale.

Presque tous les rôles, sauf un: celui de premier ministre. Il y a pensé, reconnaît-il, mais «pas longtemps».

«Je ne crois pas que j’avais les dispositions. Je suis un régionaliste, je n’ai pas d’assise dans cette grande métropole que je connais bien, et que j’aime. Mais moi, les corps consulaires, la haute finance…», a-t-il raconté.

«Moi, je rentrerais au Beaver Club, ça ne dérangera pas grand-monde. Alors que M. Parizeau va rentrer au Beaver Club, M. Lévesque, M. Landry, M. Bouchard (d’anciens premiers ministres péquistes), ah, là ils vont se rendre compte qu’il y a une personnalité très connue et médiatisée», a-t-il illustré.

Mais M. Gendron ajoute qu’il aurait pu lui «laisser sa peau».

«Je suis trop entier, trop exigeant, du genre à me lever la nuit sous prétexte que j’ai une idée; je l’ai fait souvent, ça… Je ne crois pas que j’aurais eu la santé et le tonus pour passer à travers», a-t-il soutenu.

Interrogé à savoir si les politiciens de nos jours ont la vie plus dure qu’avant, François Gendron répond spontanément à l’affirmative.

«Il y a beaucoup moins de respect pour ceux et celles qui la font. Pourtant, tous ceux que je connais qui ont accepté de la faire, ce sont des gens dédiés qui font leur fin possible», a-t-il soutenu.

M. Gendron assure qu’il demeurera membre et militant du Parti québécois, et s’il n’avait qu’un conseil à donner à son parti, ce serait rester authentique et «de donner l’heure juste».

«Vous savez, on peut changer nos priorités, mais on doit garder nos convictions», a-t-il conclu.

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François Gendron sur…

René Lévesque

«J’ai beaucoup appris de M. Lévesque (René) à cause de son humanisme, sa bonhomie, sa connaissance extraordinaire. M. Lévesque était un homme du peuple, moi je me prétends un homme du peuple, proche du monde et j’ai adoré la simplicité de ce monsieur-là, avec sa franchise, son honnêteté, son intégrité. Dans mon livre à moi, c’était un premier ministre de valeurs, de principes. Le point le plus fort (de ma carrière) c’est d’avoir eu la chance de rentrer au cabinet de cet extraordinaire gouvernement-là de 1976.»

Les raisons des difficultés du Parti québécois:

«C’est tellement simple. On a divisé à mort ce qu’on appelle le mouvement souverainiste par toutes sortes de factions. Je ne porte pas de jugement, je fais juste dire que c’est comme ça. Deuxièmement, il y a beaucoup trop d’aviseurs, qui donnent des avis, qui veulent faire l’agenda politique à la place de ceux qui portent le dossard. Ça n’a pas de bon sens, qu’il y ait tant de commentateurs. Il y a trop « d’opignants » et d’opinions, donc le monde est tout mêlé.»

La partisanerie:

«On les (députés) prend individuellement, c’est presque toujours du bon monde! On les met collectivement, sur la rubrique classe politique, là on n’a plus de crédibilité, on n’a plus de nom, on n’a plus de respect, on n’a plus rien. Il faudrait analyser ça, comment ça se fait que le même monde, pris individuellement, ont un bon bulletin, mais collectivement, on est les pourris de la société.»

Son poste préféré:

«Les deux ministères que j’ai aimé le plus, c’est Agriculture et Alimentation, et Ressources naturelles, parce que je suis un type qui a vécu avec les ressources naturelles en Abitibi. Ressources naturelles, j’ai adoré, parce qu’on est dans l’industrie du tangible, et moi j’aime bien le concret, le palpable. Et les producteurs agricoles, je les ai adorés, parce que ce sont des gens vrais, ce sont des gens qui te donnent l’heure juste»

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