HO HO / La Presse Canadienne

TORONTO — Le maire de Toronto, John Tory, souhaite la tenue d’une enquête indépendante externe sur le travail des policiers dans les dossiers de disparitions du quartier gai depuis 2012 — des disparitions maintenant liées à un présumé tueur en série.

M. Tory espère aussi qu’une fois les procédures judiciaires terminées, le gouvernement provincial mènera une enquête publique sur toute cette affaire.

Dans une déclaration publiée sur son compte Twitter, mercredi, le maire promet de déposer à la prochaine réunion de la Commission des services policiers de Toronto une motion pour appuyer le directeur du service, Mark Saunders, dans sa demande d’enquête indépendante externe. Cette enquête devra se pencher sur le travail policier, mais aussi sur une possible discrimination systémique au sein du service, a souhaité le maire Tory.

Le policier chevronné qui dirige l’enquête sur le présumé tueur en série Bruce McArthur a admis mercredi qu’il avait récemment découvert, dans des rapports d’enquêtes précédentes, certaines informations «préoccupantes», qui sont maintenant scrutées par le service des normes professionnelles de la police de Toronto.

En entrevue, le sergent Hank Idsinga n’a pas voulu donner plus de détails, indiquant simplement qu’il avait remarqué ces informations «préoccupantes» en revoyant les rapports de deux enquêtes menées sur la disparition de cinq hommes du quartier gai de Toronto depuis 2012. M. Idsinga soutient qu’il en a avisé la semaine dernière le service des normes professionnelles du Service de police de Toronto. L’enquêteur explique que ce n’est pas à lui de décider si des erreurs ont été commises, mais qu’il se devait de souligner ces faits.

La porte-parole de la police de Toronto, Meaghan Gray, a d’ailleurs annoncé mercredi que le service des normes professionnelles avait ouvert une enquête interne lundi.

McArthur avait déjà été interrogé

Mme Gray n’a pas voulu préciser les motifs de cette enquête, mais deux sources au fait du dossier ont confié à La Presse canadienne qu’elle découle d’un interrogatoire mené par la police avec M. McArthur il y a plusieurs années dans une autre affaire qui n’était pas du tout liée aux disparitions. Par contre, selon ces sources, l’enquêteur Idsinga et son équipe n’étaient pas au courant de cet interrogatoire avant l’arrestation de M. McArthur le 18 janvier pour le meurtre prémédité de deux hommes.

L’homme de 66 ans doit maintenant répondre de six accusations de meurtre prémédité. Plusieurs de ses victimes présumées étaient disparues du village gai de Toronto. La police a retrouvé des restes humains dans des bacs à fleurs sur une propriété où M. McArthur travaillait comme paysagiste et louait un espace de rangement.

La police a commencé à s’intéresser à ces disparitions en 2012, mais des membres de la communauté LGBTQ soutiennent depuis des années que la police ne voulait pas entendre ceux qui craignaient l’existence d’un tueur en série à Toronto. À la fin de l’année dernière, la police assurait encore la communauté qu’il n’y avait aucun lien connu entre les différentes affaires de disparitions.

Mme Gray a indiqué mercredi que la police est prête à collaborer avec la communauté pour trouver des solutions. «Nous sommes conscients que certains membres de la communauté (LGBTQ) seront déçus de cette annonce, écrit la porte-parole. En plus d’entendre leurs doléances, nous nous sommes toujours montrés ouverts à une enquête publique sur les enquêtes policières. En attendant, le chef (Mark) Saunders a déjà adopté certaines mesures pour déterminer ce qui peut être changé dès maintenant.»

Deux enquêtes majeures depuis 2012

Le Service de police de Toronto avait ouvert deux enquêtes majeures sur les disparitions d’hommes dans le quartier gai.

Le «projet Houston» avait été lancé en 2012 pour enquêter sur la disparition de Skandaraj Navaratnam, 40 ans, Majeed Kayhan, 58 ans, et Abdulbasir Faizi, 42 ans. Le sergent Idsinga a rappelé mercredi qu’il avait été impliqué dans cette enquête pour disparitions lorsque la police a découvert certains éléments qui semblaient démontrer que M. Navaratnam était non seulement disparu, mais qu’il aurait été victime d’un acte criminel. Dans le cadre de cette enquête, M. Idsinga a pu par ailleurs écarter la thèse d’une communauté en ligne intéressée par le cannibalisme.

Faute de preuves concluantes, le «projet Houston» a finalement été abandonné en 2014. Selon le sergent Idsinga, Bruce McArthur n’était pas du tout un suspect à ce moment-là.

Quelque trois ans plus tard, en août 2017, la police de Toronto lançait le «projet Prism», pour enquêter sur la disparition de deux autres hommes du village gai: Andrew Kinsman, 48 ans, et Selim Esen, 44 ans.

C’est entre ces deux enquêtes majeures que Bruce McArthur a été interrogé par la police, mais pour une tout autre affaire. L’accusé n’a commencé à attirer l’attention des enquêteurs qu’à l’automne 2017, dans le cadre du «projet Prism», qui était passé d’une enquête sur disparitions à une enquête pour meurtre, rappelle M. Idsinga.

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