Josie Desmarais

Lors des audiences de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées, les témoins doivent affronter le passé et des épisodes traumatisants. Une équipe de psychologues et d’intervenants sociaux les aide à raconter l’irracontable.

Nathalie Herioux vient de la communauté de Pessamit, de la Côte-Nord. Devant les commissaires et le public venu assister à l’avant-dernière journée d’audience à Montréal, elle a relaté jeudi en détails sa jeunesse et sa reconstruction après une vie démolie par les agressions sexuelles.

Nathalie n’a jamais joué comme les autres enfants, elle n’a pas appris la guitare, ni le patin. Elle n’a rien connu d’autre que le viol et l’inceste. Au fur et à mesure de son récit, sa voix devient tremblante. Elle doit prendre de plus en plus de pauses dans ses interventions, son souffle est de plus en plus fort. Comme de nombreuses personnes dans le public, elle ne peut retenir ses sanglots. Des dizaines de boîtes de mouchoirs sont disposées sous les sièges de la grande salle de l’hôtel Bonaventure où se déroulent les audiences.

«Raconter, ça fait ressortir des souvenirs enfermés dans des tiroirs fermés, ça rouvre des plaies», explique Maryse Picaut, la gestionnaire de l’équipe de santé de l’enquête nationale. Ce que les témoins racontent, ce sont leurs vies, souvent leur jeunesse, marquée par les viols, le harcèlement psychologique, la violence physique, les suicides ou la mort.

L’équipe de santé, composée de psychologues, de toxicomanes, d’intervenants de première ligne et de sages autochtones, accompagne les témoins avant, pendant et après leur passage aux audiences. Elle est renouvelée à chaque fois que les audiences changent de villes. «Je m’assure d’avoir des gens autour des régions ou des communautés même. On a la responsabilité de leur bien-être après leur témoignage», mentionne Mme Picaut.

«J’ai besoin d’honorer les prochains témoins. Des fois, on fait des exercices pour se remettre de certains témoignages difficiles. On respire tous ensemble, pour que nos jambes arrêtent de trembler», Michèle Audette, commissaire de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, sur la dureté des témoignages.

Les témoignages atteignent aussi les commissaires, qui les écoutent depuis le début des audiences en mai 2017. La commissaire Michèle Audette doit régulièrement faire appel à de l’aide psychologique pour encaisser les histoires atroces. «Dans les premiers temps, j’étais démolie, à ramasser à la petite cuillère», se rappelle-t-elle. Puis, grâce aux intervenants médicaux qui entourent les témoins et les commissaires, elle a appris à tenir le coup. «Je me laisse pleurer, je me laisse tomber, mais je me relève dans la minute qui suit», confie la commissaire.

Le plus important, soutient Mme Audette, c’est que ces témoignages sortent, qu’ils soient rendus publics.

Les audiences se poursuivront jusqu’au 31 décembre 2018. Les commissaires ont demandé au gouvernement fédéral une prolongation de deux ans pour pouvoir entendre tous les témoins.

 

 

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