MONTRÉAL — Ensaf Haidar, l’épouse du blogueur Raif Badawi emprisonné depuis plus de cinq ans en Arabie saoudite, dénonce le double discours du premier ministre Justin Trudeau.

De passage à Montréal, mercredi, en compagnie de la journaliste française Clarence Rodriguez, qui a passé 12 ans en Arabie saoudite, Mme Haidar a déploré que le premier ministre canadien n’ait pas donné suite à sa demande d’accélérer le processus de citoyenneté et qu’il ait refusé d’octroyer une citoyenneté honoraire à son mari, malgré ses discours publics en faveur des droits de la personne.

Mme Haidar a été reçue au Canada comme réfugiée politique et est présentement résidante permanente en attente de sa citoyenneté canadienne.

Elle voyage régulièrement à travers le monde pour plaider en faveur de la libération de son mari, mais doit le faire avec un document de voyage qui n’est pas un passeport, ce qui lui fait craindre pour sa sécurité puisqu’elle ne bénéficie pas de la protection du gouvernement canadien à l’étranger, contrairement à tout autre citoyen canadien.

«Ce n’est pas un vrai passeport, c’est un document de voyage; il n’y a pas de sécurité pour moi, pas de protection», a-t-elle laissé tomber devant les journalistes.

L’écrivaine Djemila Benhabib, qui accompagnait les deux femmes en conférence de presse à Montréal, a qualifié d’«extrêmement décevante» la réaction de Justin Trudeau, qui s’est contenté de faire suivre la demande à son ministre de l’Immigration en «évoquant un processus de citoyenneté que Mme Haidar doit suivre comme tout le monde».

Mme Benhabib a aussi déploré que le Canada ait octroyé une citoyenneté honoraire à Nelson Mandela et à la jeune Malala sur la base de la défense des valeurs canadiennes, mais qu’il la refuse à Raif Badawi, qui défend la liberté d’expression et la liberté de conscience, rappelant que l’octroi de la citoyenneté honoraire «dépend vraiment du bon vouloir de M. Trudeau».

L’objectif d’obtenir la citoyenneté canadienne pour Raif Badawi est d’abord d’intensifier la pression sur le gouvernement saoudien pour faire libérer le blogueur.

Cela ne signifierait pas pour autant que Raif Badawi pourrait alors renoncer à sa citoyenneté saoudienne et réclamer l’aide du Canada en vue de sa libération. La loi saoudienne interdit la double citoyenneté et aucun Saoudien ne peut obtenir la citoyenneté d’un autre pays sans la permission du premier ministre, poste occupé par le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, qui devrait du même coup révoquer sa citoyenneté saoudienne.

Clarence Rodriguez, pour sa part, a reproché au premier ministre Trudeau de simplement se débarrasser de «la patate chaude» alors qu’au contraire, «dans ce genre de situation, il faut être courageux».

L’accueil de Mme Haidar comme réfugiée politique, elle qui vit en compagnie de ses trois enfants à Sherbrooke, implique d’aller «jusqu’au bout, quand bien même ça pourrait froisser les relations avec l’Arabie Saoudite.»

Pour Mme Rodriguez, il y a clairement «une confusion entre les droits de l’homme et les contrats juteux que le Canada a signé dernièrement concernant la vente d’armes (à l’Arabie saoudite)».

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