Mario Beauregard / Métro Martine Ouellet

OTTAWA — La chef du Bloc québécois sort de son mutisme pour livrer un plaidoyer aux membres de son parti, moins de 24 heures avant la prochaine réunion du bureau national du parti. Dans une entrevue exclusive accordée à La Presse canadienne, Martine Ouellet déplore la peur qui paralyse, selon elle, certains souverainistes dont les sept députés dissidents.

«Souvent, ce que j’ai entendu c’est que « bien, il ne faut pas trop en parler d’indépendance parce que ça pourrait me nuire dans mon comté », a-t-elle relaté. Donc, souvent les gens parlent seulement d’indépendance dans leur assemblée militante et ils n’en parlent pas beaucoup ou pas du tout à la Chambre des communes dans la période des questions, dans les communiqués, c’est extrêmement difficile.»

Elle a fait parvenir vendredi un message aux militants dans lequel elle défend sa vision du Bloc québécois. «Je pense que j’ai besoin d’informer les membres», a-t-elle dit en s’attaquant à «l’acharnement» dont elle estime avoir fait l’objet dans les médias.

«Ils ont tous le même biais, il n’y a pas du tout d’équilibre dans la couverture médiatique actuellement et je pense que c’est important que les membres aient accès à l’information directement», a-t-elle souligné.

Martine Ouellet soutient que le Bloc québécois est à la croisée des chemins et qu’il doit arrêter de considérer l’indépendance du Québec «comme un beau rêve inaccessible» dont il ne faut pas parler en dehors des cercles militants. «L’indépendance, il faut en parler tout le temps, tous les jours, sur toutes les tribunes, de toutes les façons», écrit-elle dans son message.

Elle accuse les sept députés dissidents de faire un mauvais calcul, celui de «mettre l’indépendance en sourdine pour essayer de gagner des élections ou pour gagner des postes de député». Ils s’éloignent ainsi, selon elle, de la nouvelle orientation du Bloc québécois axée sur l’indépendance confirmée à trois reprises par ses membres.

Son message aux militants fournit plusieurs exemples de la résistance à laquelle elle dit avoir fait face au sein de son caucus depuis son arrivée. «Des démissionnaires voulaient même empêcher le Bloc québécois d’appuyer le Oui de la Catalogne», écrit-elle.

De reléguer l’indépendance du Québec en arrière-plan dans les interventions publiques du parti n’est pas la «bonne façon» de faire, selon la chef bloquiste.

«Ça a conduit l’ensemble du mouvement souverainiste indépendantiste à la stagnation, même à un léger recul, a-t-elle affirmé. Ça éloigne les partis indépendantistes, dont le Bloc québécois, de leur raison d’être.»

C’est cette attitude qui a causé, selon elle, l’échec électoral de 2011. Le nombre de députés du Bloc québécois avait fondu, passant de 45 à quatre tandis que le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait fait élire 59 députés au Québec, du jamais vu.

Le bureau national du Bloc québécois se réunira samedi pour discuter de la tenue d’un référendum sur le rôle du parti et d’un vote de confiance envers Mme Ouellet. Il adoptera également la proposition principale du parti qui servira de programme électoral en 2019.

Le Devoir rapportait vendredi que le président du parti et député, Mario Beaulieu, avait demandé à Martine Ouellet de quitter la direction du Bloc québécois et qu’un autre membre de l’exécutif avait cessé de l’appuyer. M. Beaulieu a refusé jeudi de réitérer clairement sa confiance envers la chef affirmant que ses positions étaient connues. Il a par la suite ajouté qu’elles n’avaient pas changé.

Martine Ouellet n’a pas voulu révéler la nature des conversations qu’elle a eues avec Mario Beaulieu. Elle affirme en entrevue qu’elle a encore l’appui du bureau national. «Écoutez, ils me l’ont réitéré encore la fin de semaine passée, a-t-elle dit. Donc, c’était très, très clair.»

«Je n’ai pas de raisons de croire que ça ait changé», a-t-elle ajouté.

La chef n’a pas l’intention de démissionner et veut rester jusqu’à l’issue du référendum et du vote de confiance. Elle maintient le seuil de 50 pour cent plus un vote.

«Si 50 pour cent plus un, c’est bon pour pouvoir créer un nouveau pays, bien c’est bon pour pouvoir choisir la confiance envers un chef ou une chef du Bloc québécois», a-t-elle soutenu en faisant valoir que ce sera le premier vote de confiance qui sera soumis au suffrage universel.

29 associations se mobilisent

Vingt-neuf associations de circonscriptions du Bloc québécois ont lancé une offensive vendredi pour assurer la tenue rapide d’un vote de confiance envers la chef du parti, au moyen de «questions courtes et précises». Elles craignent que l’exercice soit «trafiqué» par le bureau national du parti.

Les 29 associations de circonscriptions bloquistes lui demandent donc de tenir ce vote de confiance avant le 15 mai. Elles exigent que les 20 000 membres bloquistes répondent à la question suivante: «Désirez-vous, oui ou non, que l’actuelle chef, Martine Ouellet, quitte la direction du parti?».

Elles estiment qu’il n’y a aucune contradiction entre la défense des intérêts du Québec et la promotion de l’indépendance, tel que décrit dans l’énoncé de mission du Bloc québécois. Elles réclament que le bureau national du parti demande aux membres de se prononcer sur cet énoncé de mission pour dire s’ils sont en accord ou non avec celui-ci.

«Nous, on a peur de se faire poser une question piégée, qu’on se fasse donner le choix entre un ou l’autre, a expliqué le président de l’association bloquiste de Berthier-Maskinongé, Yves Perron. On a besoin des deux à Ottawa. Ça s’est toujours fait. La problématique, c’est qu’on a besoin d’un chef rassembleur, ce qu’on n’a pas présentement. C’est tout.»

«Il n’ont pas de craintes à avoir, a rétorqué Mme Ouellet. Le bureau national est une instance qui favorise la démocratie. Je pense que les questions vont être très claires.»

Le Bloc québécois est plongé dans la tourmente depuis la démission à la fin du mois de février de sept de ses dix députés.

La chef bloquiste a annoncé lundi qu’elle acceptait de se soumettre à un vote de confiance anticipé, ce qu’elle avait toujours refusé de faire auparavant. Ce vote de confiance se déroulerait au même moment qu’un référendum sur le rôle du Bloc québécois.

La députée Marilène Gill, qui est membre du bureau national, a réitéré son soutien à Mme Ouellet vendredi et a accusé les associations qui ont demandé la tenue rapide d’un vote de confiance d’orchestrer un «putsch».

«Une fois qu’on a mis une bombe dans le restaurant, on ne demandera pas le lendemain aux gens d’aller manger au restaurant. Ça ne fonctionne pas», a-t-elle imagé.

«Donc, un vote de confiance qui est demandé très rapidement, c’est une stratégie, a-t-elle poursuivi. C’est une stratégie qui est irrespectueuse envers les membres. On se dit: allons-y rapidement, ça va mal, on va la faire tomber.»

Le Bloc québécois compte présentement trois députés à la Chambre des communes, soit Mario Beaulieu, Xavier Barsalou-Duval et Marilène Gill.

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