Graham Hughes / La Presse Canadienne Christopher Lyons

MONTRÉAL — Avant sa mort en 1999 à l’âge de 83 ans, l’ancien maire de Montréal Jean Drapeau a répété à de nombreuses reprises qu’il allait répliquer au rapport de la Commission Malouf, qui critiquait les dépassements de coûts des Jeux olympiques de 1976.

Toutefois, M. Drapeau n’a jamais terminé la rédaction de sa réponse à la Commission d’enquête sur le coût des Jeux de la XXIe olympiade, présidée par le juge Albert Malouf, qui lui a attribué «la plus grande part de blâme» pour les dépassements de coûts.

Mais certains indices laissés sur sa copie personnelle du rapport en quatre volumes permettent de se faire une petite idée de ce que l’ex-maire aurait voulu donner comme réponse.

Ces documents ont été découverts parmi un lot d’albums de photos, de lettres et de discours acquis par le bibliothécaire en chef de la collection des livres rares de l’Université McGill, Christopher Lyons.

M. Lyons dit être tombé sur la collection par hasard, en septembre dernier, lors d’une foire de livres anciens à Montréal durant laquelle il a été attiré par un premier album rouge, rempli de photos montrant la construction du stade olympique.

Le vendeur lui a alors révélé qu’il possédait d’autres objets à sa boutique provenant de la bibliothèque personnelle de Jean Drapeau qui lui avaient été vendus par la famille.

«C’est là que j’ai vu un lot d’autres items que j’ai acquis, incluant une copie du rapport Malouf annotée par Jean Drapeau», explique M. Lyons en entrevue à La Presse canadienne.

Il précise que le premier volume du rapport, qui résume les conclusions de la Commission, est celui qui contenait le plus de traces manuscrites.

«De nombreux traits dans les marges semblent pratiquement avoir été tracés sous l’impulsion de la colère, observe Christopher Lyons. On dirait quelqu’un qui réagit et qui semble même argumenter avec le texte.»

Selon le bibliothécaire, celui qui a été maire de Montréal de 1954 à 1957 puis de 1960 à 1986 a souligné au plomb ou à l’encre la première partie du rapport Malouf, qui lui attribue la majorité du blâme pour le fiasco financier de Jeux.

En ce qui concerne la partie qui blâme l’administration municipale, M. Drapeau a souligné les passages en rouge.

«Je trouve cela fascinant parce que je crois que c’est la seule partie de tout le rapport qui est soulignée en rouge», poursuit M. Lyons.

D’après lui, l’utilisation du rouge suggère que c’est le moyen trouvé par Jean Drapeau pour signifier que tout n’est pas de sa faute à lui dans ce désastre.

Le rapport de 908 pages pointe du doigt l’administration municipale de la Ville de Montréal. Il vise notamment Gérard Niding, qui occupait à l’époque le poste de président du comité exécutif.

La Commission conclut que M. Niding s’est placé en conflit d’intérêts en accordant les contrats de construction liés aux Jeux olympiques.

Toujours d’après Christopher Lyons, M. Drapeau a aussi mis en relief les différentes estimations de coûts des Jeux, qui ont progressivement augmenté jusqu’à atteindre 1,6 milliard $. En 1970, l’estimation s’élevait à 120 millions $ et le maire Drapeau avait fait la promesse que l’organisation des Olympiques avait autant de chances de faire un déficit qu’un homme avait de chances d’accoucher d’un enfant.

«Il a encerclé tous les chiffres, sauf le dernier… c’est comme s’il disait, « on va minimiser ça »», commente M. Lyons.

Christopher Lyons note cependant qu’aucun commentaire manuscrit n’a été ajouté dans les marges et nulle part ailleurs dans la copie annotée par Jean Drapeau.

Sam Boskey, membre du parti d’opposition durant le dernier mandat de M. Drapeau, rappelle que le dossier de la dette olympique a continué de hanter l’ex-maire jusqu’à la fin de sa carrière politique.

À un certain moment, des membres du Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal ont donné un gâteau à Jean Drapeau pour souligner l’anniversaire du rapport Malouf.

«On lui a offert un gâteau en forme de machine à écrire durant la période de questions du conseil, laissant entendre qu’il n’avait peut-être pas une machine à écrire pour rédiger sa réponse», raconte Sam Boskey.

L’ex-conseiller municipal se souvient que Jean Drapeau a demandé aux gardiens de sécurité de se débarrasser du gâteau. Ils l’ont emporté dans le salon des élus.

«En moins d’une demi-heure, quelqu’un l’avait fait disparaître», conclut M. Boskey, qui a siégé dans l’opposition de 1982 à 1986.

D’après Sam Boskey, l’ex-maire Drapeau ne s’est jamais vraiment senti redevable envers le conseil municipal.

«Il était le genre de personne qui considère que l’administration est élue pour régner et qu’il y aurait des élections de temps à autre, estime l’ex-politicien. Entre deux élections, il ne voulait pas qu’on l’embête.»

Arnold Bennett, lui aussi membre du Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal durant les années 1970, reconnaît qu’il était difficile de forcer M. Drapeau à rendre des comptes.

«Essentiellement, soit il contournait les questions, soit il refusait de répondre… un peu comme (Donald) Trump, mais encore plus sournois.»

Pour M. Bennett, Jean Drapeau était «certainement un dictateur». Il le décrit comme quelqu’un de très autoritaire qui voulait imposer sa vision des choses, sans opposition.

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