Stéphanie Mac Farlane/GranbyExpress.com Après avoir expliqué les manœuvres à exécuter, le constable Stéphane Bazinet a remis au conducteur fautif un dépliant expliquant les principes de la Loi sur le corridor de sécurité.

Neuf mois après la mort tragique du policier Vincent Roy, sur la route 139, à Bromont, les automobilistes continuent de mettre en danger la vie des intervenants d’urgence en ne respectant pas la Loi sur le corridor de sécurité, révèle une enquête menée par GranbyExpress.com à l’endroit même où le policier Roy a laissé sa vie, le 1er décembre dernier.

À peine immobilisé, gyrophares en fonction, en bordure de la route 139, à l’endroit même où le policier Vincent Roy a été happé mortellement, une première voiture passe à 90 km/h à côté de l’autopatrouille conduite par le constable Stéphane Bazinet, policier au Service de police de Bromont. «Ça commence bien!», lâche-t-il. Quelques instants plus tard, un camion de livraison se tasse, mais omet de réduire sa vitesse. Les quatre véhicules qui le suivent vont l’imiter.

Le policier déplace ensuite légèrement son véhicule afin d’empiéter davantage dans la voie, afin de mieux refléter la réalité d’une interception. Trois véhicules vont alors «coller» la ligne jaune centrale sans réduire leur vitesse. «Ça me va comme ça», indique tout de même le policier.

Alors qu’un poids lourd vient en sens inverse, une voiture ralentit, attend que le camion passe et se tasse. La lecture au radar indique que le conducteur roulait à 50 km/h. Les deux autres véhicules qui suivent l’imitent, tandis qu’un autre automobiliste réduit sa vitesse à 70 km/h sans toutefois changer de voie. Dès qu’un conducteur applique les principes de la «Move Over Law», ceux qui le suivent font de même, note le constable Bazinet.

Sans toujours changer de voie, bon nombre de véhicules réduisent tout de même leur vitesse à environ 70 km/h. «Pourvu que je vois que la personne fait un effort pour faire attention, ça me va», note le policier. À peine vient-il d’émettre ce commentaire que deux véhicules passent à proximité de l’autopatrouille, faisant dangereusement tanguer le véhicule du policier.

«Ben voyons donc!»
Après près de 30 minutes d’observation, le constable Stéphane Bazinet passe à l’action. Deux véhicules filent près de lui. C’est parti. L’indicateur de vitesse de l’autopatrouille monte à 95 km/h en quelques secondes.

Le policier s’approche du véhicule qui le précède. Ce dernier lui laisse le champ libre et le patrouilleur le dépasse. À quelques pieds du véhicule fautif, auquel est attelée une roulotte, il donne un coup de sirène, puis deux coups de sirène. Le conducteur poursuit sa route. Le policier fait des signes. Rien n’y fait. Il actionne alors la sirène en continu.

Après près de deux minutes de poursuite et quelques kilomètres de parcouru, l’homme s’arrête enfin. «Vous ne me voyiez pas?», demande M. Bazinet au conducteur d’un certain âge. «Je ne pensais pas que c’était pour moi. Vous vouliez que je tasse où?», répond l’homme.

Le constable Bazinet lui indique qu’il n’a pas respecté le corridor de sécurité contrevenant ainsi à la Loi. «J’étais sur une ligne double, je ne pouvais pas me tasser», rétorque l’homme. «Vous vous exposez à une amende de 200$ plus les frais et quatre points d’inaptitude», ajoute le patrouilleur. «Ben voyons donc!», lance l’automobiliste. «Qu’est-ce qu’on doit faire?», demande alors la dame qui l’accompagnait.

Jour de chance pour le couple, il s’en sort sans contravention. Au moment d’effectuer ce reportage, les policiers de Bromont n’appliquaient pas encore à la lettre cette nouvelle règlementation, préférant d’abord faire de la sensibilisation et de prévention. Après avoir expliqué les manœuvres à exécuter, le constable remet au conducteur un dépliant explicatif et lui souhaite une bonne journée.

«On est toujours à trois pieds de la mort»
Si le comportement des automobilistes laissait à désirer lorsque nous avons fait le test avec une autopatrouille du Service de police de Bromont, les résultats sont carrément catastrophiques lorsque nous avons répété l’exercice avec un véhicule de remorquage.

«On est à trois pieds de la mort toutes les fois», lance André Boissonneault, le propriétaire de Remorquage Boissonneault, alors que trois véhicules passent à proximité de lui, sans ralentir, sur le boulevard David-Bouchard, à Granby.

Et ça continue! Voitures et camions circulent à bonne vitesse dans cette zone de 70 km/h sans changer de voie ou réduire leur vitesse.

Pendant la durée de l’exercice, seule une poignée de voitures, une auto-école et deux remorqueurs ont respecté les principes de la «Move Over Law». Pourtant, un imposant cône orange était posté près de la remorque, les clignotants étaient actionnés et une flèche lumineuse clignotante rétractable signalaient tous la présence du travailleur de la route.

Celui qui est dans le monde du remorquage depuis des décennies a déjà été happé par un véhicule en 2000, au kilomètre 68 de l’autoroute 10.

«Quatre-vingt-dix pour cent du temps, on est exposé au danger, surtout lorsqu’on manipule les manettes sur le côté. On n’a pas de protection. Je garde toujours une oreille sur le trafic et j’ai entendu une voiture déraper. J’ai réussi à sauter, mais le véhicule m’a quand même frappé la fesse. Pourtant, il y avait trois chars de la SQ. La flèche et le cône, ça ne change rien», constate-t-il avec regret.

Meilleur sur l’autoroute?
Pour les besoins du reportage, nous avons reconduit l’expérience en compagnie du remorqueur, mais cette fois, au kilomètre 72, de l’autoroute 10 est, en feignant une auto en panne.

Comme sur le boulevard David-Bouchard, André Boissonneault installe sa remorque et sa signalisation. Aussitôt, les véhicules changent de voie pour lui laisser le champ libre. À quelques exceptions près, M. Boissonneault peut effectuer son travail avec un simili sentiment de sécurité.

«On est dans des conditions optimales. Il fait beau, on a un bon spot, on est visible. Les véhicules se tassent pratiquement tous. Ça me rassure. Je crois que le gouvernement a mis le doigt sur le bobo. Tous les gros accidents ou presque se produisent sur l’autoroute. C’est rare sur une petite route de campagne.»

Corridor de sécurité

En vigueur dans une majorité d’États américains et dans certaines provinces canadiennes, les principes de base de la Loi sur le corridor de sécurité sont relativement simples.

L’automobiliste est invité à «créer un corridor de sécurité en ralentissant, puis en s’éloignant du véhicule immobilisé, après s’être assuré de pouvoir le faire sans danger. Au besoin, il faut s’immobiliser pour ne pas mettre en péril la vie ou la sécurité des personnes», peut-on lire dans la documentation préparée par le ministère des Transports du Québec.

En cas d’infraction, l’automobiliste fautif s’expose à une amende de 277$ (200$ plus les frais) assortie de quatre points d’inaptitude.

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!