Paul Chiasson Pauline Marois. Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Encore ébranlée par un incident qui a toutes les apparences d’une tentative d’assassinat contre elle, la nouvelle première ministre élue Pauline Marois n’a pas tardé néanmoins à fixer ses priorités aux partis d’opposition.

Elle s’est présentée mercredi après-midi, à sa première conférence de presse comme chef de gouvernement, la voix enrouée, visiblement toujours affectée par l’incident qui aurait pu avoir des conséquences graves pour sa vie. La salle était bondée de journalistes, dans un hôtel sous haute surveillance policière en plein centre-ville de Montréal.

«Je suis profondément affectée, mais je dois aller de l’avant et assumer mes responsabilités», a énoncé la chef du Parti québécois dans sa déclaration d’ouverture.

Son parti a obtenu 54 sièges, soit neuf de moins que les 63 nécessaires pour obtenir la majorité à l’Assemblée nationale, contre 50 sièges au Parti libéral et 19 à la Coalition avenir Québec. À 32 pour cent, le Parti québécois récolte à peine une trentaine de milliers de votes de plus que les libéraux.

Les Québécois lui ont refusé la majorité qu’elle a tant demandée parce que le vote qui aurait dû aller au PQ a été divisé et est allé à «d’autres formations», a-t-elle dit, en référence à Option nationale et Québec solidaire, qui ont récolté environ 8 pour cent de la faveur populaire.

Mais en dépit de son statut minoritaire, sur le renforcement de la loi 101, elle veut montrer aux Québécois jusqu’où elle est «prête à aller».

«J’ai un mandat d’une partie de la population et j’ai, mais pas seulement moi, nous (les élus) avons la responsabilité de servir le peuple québécois, et je le ferai avec les gens de l’opposition», a-t-elle déclaré dans une conférence de presse qui s’est déroulée dans un cadre déjà plus strict que celui de la campagne, puisque les journalistes n’avaient plus droit qu’à une seule question.

Elle s’empressera d’abroger par décret la loi spéciale sur le retour à l’école et annulerait la hausse des droits de scolarité en tentant d’éviter une motion de défiance qui renverserait son gouvernement fraîchement formé.

«Sur l’abrogation, je suis convaincue que les autres partis vont être d’accord», a-t-elle déclaré.

Même chose sur le renforcement de la loi 35, qui empêche les entrepreneurs fraudeurs de postuler pour obtenir des contrats gouvernementaux. Elle croit aussi pouvoir trouver un terrain d’entente sur l’augmentation des places en Centres de la petite enfance et l’amélioration des services aux aînés.

Mais sur la hausse des redevances aux sociétés minières, dénigrée par les libéraux, «j’adopterai ce que je peux adopter», a-t-elle convenu.

Et sur la nouvelle loi 101, rejetée par les deux autres partis, elle sait que la partie sera corsée. Le projet péquiste prévoit imposer la Charte de la langue française aux entreprises de 11 à 49 employés, ainsi que d’interdire le cégep anglophone aux francophones et aux allophones.

«Je veux au moins que tous les Québécois sachent quelle est ma proposition, jusqu’où je veux aller (…), et je vais aller le plus loin où je peux aller avec l’appui de l’opposition», a-t-elle dit.

Mme Marois a aussi indiqué qu’elle présentera son conseil des ministres d’ici à deux semaines et que son équipe de transition est à pied d’oeuvre pour assurer la passation des pouvoirs, «sans précipitation, sans bouleversement».

La première ministre élue a aussi parlé à son homologue fédéral Stephen Harper en matinée. Elle a qualifié ce premier contact de «cordial».

Elle entend passer en revue les résolutions de l’Assemblée nationale pour établir des consensus avec les autres partis et formuler ses revendications à Ottawa: le registre des armes à feu, la loi sur les jeunes contrevenants, la commission pancanadienne des valeurs mobilières, les pleins pouvoirs en environnement, sont parmi les thèmes qui «pourront être mis sur la table», a-t-elle précisé.

Quant au présumé attentat qui visait sa personne, elle a affirmé que jamais elle n’a pensé qu’elle était «en cause dans une attaque».

«Quand on m’a amenée en coulisses, j’ai constaté qu’il y avait eu un blessé léger, j’ai vu une porte s’ouvrir avec une boule de feu, mais la porte s’est refermée immédiatement et il me semblait que tout était sous contrôle (…). On nous a dit qu’il fallait faire évacuer les gens. Il y avait au moins 2000 personnes. Je me suis dit: qu’est-ce qui va arriver si ces personnes paniquent? (…) J’ai dit à mes gardes du corps: je veux aller parler. (…) J’ai fait simplement ce qu’on devait faire. J’ai dit: il est arrivé un événement malheureux, prenez le temps qu’il faut, il faudra évacuer.»

Elle a appris qu’il y avait eu mort d’homme une fois rendue à l’hôtel, après avoir quitté précipitamment le rassemblement péquiste au Métropolis.

Elle s’en dit «profondément attristée». Ses pensées vont aux victimes et à leurs familles, a-t-elle dit, et elle a tenté de contacter les proches, mais certains ne sont pas encore au courant de l’événement.

Elle a tenté de minimiser la portée de cet «événement isolé». Elle refuse d’y voir une conséquence du ton de la campagne ou de la crise étudiante. C’est «la folie qui a frappé», a-t-elle conclu.

«Les événement malheureux (de mardi) ont attiré l’attention du monde», davantage peut-être «que le geste démocratique qu’ont posé des millions de Québécois», a-t-elle déploré.

Elle a indiqué qu’elle n’avait pas été informée d’avoir été l’objet de menaces durant la campagne. Elle laissera les policiers faire leur travail avant de demander une enquête publique. Toutefois, sa sécurité a été renforcée.

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