Justin Tang / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a dit avoir demandé à son ministre des Finances d’entreprendre des négociations avec l’entreprise Kinder Morgan afin d’«éliminer l’incertitude» planant sur le projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain.

M. Trudeau a aussi déclaré qu’une pièce législative était dans les plans pour «réaffirmer et renforcer» le fait que le gouvernement fédéral a la compétence pour approuver le projet et s’assurer qu’il se concrétise.

Néanmoins, il a offert peu de détails, disant que les négociations ne se feraient pas publiquement.

Questionné sur l’impact dans l’opinion publique d’une éventuelle contribution financière du gouvernement fédéral au projet, M. Trudeau a fait valoir que l’expansion de l’oléoduc était dans «l’intérêt national», qu’elle ferait en sorte de «recevoir plus d’argent pour nos ressources» et de créer des emplois de qualité.

«Cela démontre notre engagement en 2015 de créer de la croissance économique tout en protégeant l’environnement», a-t-il ajouté, dimanche, en conférence de presse, à la suite d’une rencontre avec la première ministre de l’Alberta Rachel Notley et le premier ministre de la Colombie-Britannique John Horgan à Ottawa pour tenter de trouver une solution à l’impasse entre la Colombie-Britannique et l’Alberta.

Mme Notley a déclaré que le gouvernement fédéral et celui de l’Alberta avaient convenu d’un plan pour éliminer le risque des investisseurs entourant le projet d’expansion de Trans Mountain. Par conséquent, a-t-elle soutenu, l’oléoduc «sera construit».

L’opposition du premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, à Trans Mountain serait la raison principale pour laquelle l’entreprise Kinder Morgan a mis les freins sur les dépenses jugées non essentielles relativement au projet il y a une semaine.

Kinder Morgan a accordé à M. Trudeau jusqu’à la fin mai pour trouver une solution qui offrirait aux investisseurs une certaine garantie que le projet de 7,4 milliards $ pourra aller de l’avant. Il doit permettre de plus que doubler la capacité de l’oléoduc existant qui relie Edmonton à Burnaby, en Colombie-Britannique.

Le gouvernement de Justin Trudeau a donné son feu vert au projet l’automne dernier.

M. Trudeau a déjà dit maintes fois que son gouvernement avait mis en place les politiques et les protections environnementales nécessaires pour réduire les risques d’un déversement pétrolier, et que le projet d’expansion pour acheminer les ressources canadiennes sur les marchés d’exportation était crucial pour l’économie canadienne.

«Idéalement, nous ne serions pas dans cette situation», a dit M. Trudeau après la rencontre à Ottawa.

«Idéalement, le discours et les actions du gouvernement de la Colombie-Britannique n’auraient pas mené aux inquiétudes de l’entreprise, qui a obtenu l’approbation d’aller de l’avant avec un projet qui est dans l’intérêt national», a-t-il ajouté.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique a affirmé que sa rencontre avec M. Trudeau et Mme Notley n’avait rien fait pour entamer sa volonté de continuer ses efforts contre l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain.

M. Horgan a indiqué que M. Trudeau avait présenté des «mesures financières et législatives» pour faire progresser le projet, sans donner plus de détails. Néanmoins, il a souligné que le premier ministre n’avait fait aucune menace et avait indiqué clairement qu’il n’avait aucunement l’intention de punir les résidants de la Colombie-Britannique pour leur opposition au projet.

Le premier ministre Trudeau a tenté durant la conférence de presse de plus de 30 minutes de brosser le portrait d’un pays uni avec des besoins et des intérêts complexes, avec l’objectif d’apaiser les tensions persistantes à travers le pays relativement au projet.

«Les Britanno-Colombiens et les Albertains ne sont pas des rivaux; ils sont des voisins. Ils sont des hommes et des femmes qui souhaitent ce qu’il y a de mieux pour eux-mêmes et pour leurs compatriotes», a déclaré M. Trudeau.

Par ailleurs, M. Trudeau a dit être prêt à en faire davantage relativement au plan de protection des océans de 1,5 milliard $ de son gouvernement dans l’objectif de s’assurer que les protections les plus rigoureuses sont en vigueur pour rassurer les Britanno-Colombiens sur l’absence de risque pour leurs côtes.

Pas convaincus

La conférence de presse du premier ministre n’a pas convaincu les oppposants au projet, loin de là.

«Financer un projet voué à l’échec, l’imposer à une province, ne pas obtenir le consentement des Premières Nations et faire fi de la science est la recette idéale pour renforcer la crise actuelle», a déclaré le responsable de la campagne Énergie-Climat de Greenpeace Canada, Patrick Bonin.

Le professeur Éric Pineault, du département de sociologie et de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal, ne s’est pas montré tellement plus tendre à l’endroit de Justin Trudeau.

«Avant qu’il ne se fasse élire, il avait des valeurs environnementales […]. Par contre, comme premier ministre, il a changé son discours. Il a commencé à dire qu’il fallait apporter les ressources vers les marchés internationaux», a-t-il observé.

Selon M. Pineault, le premier ministre s’entête désormais à mettre de l’avant une position bidimensionnelle irréaliste.

«À son avis, il faut moderniser les politiques environnementales, mais aussi soutenir l’industrie extractive. C’est une position intenable. Il s’y accroche quand même depuis qu’il est au pouvoir», a soutenu le professeur.

Ce dernier a indiqué que, tôt ou tard, le chef du gouvernement devra faire un choix.

«Il va devoir se ranger dans un camp ou dans l’autre: soit il continue d’être le porte-parole de Kinder Morgan, soit il joue ce rôle pour les Canadiens qui tiennent à une transition» vers des énergies plus vertes que les hydrocarbures, a-t-il ajouté.

Pour sa part, la société Kinder Morgan est restée sur son quant-à-soi.

«Notre objectif est d’obtenir la certitude de pouvoir construire (l’oléoduc) en Colombie-Britannique et s’assurer de protéger nos actionnaires afin de pouvoir réaliser le projet Trans Mountain», a déclaré l’entreprise par voie de communiqué.

L’entreprise a ajouté qu’elle n’avait pas l’intention de publier de mises à jour sur les consultations qu’elle mène actuellement jusqu’à ce qu’une entente finale qui lui permettrait d’atteindre ses objectifs soit conclue le ou avant le 31 mai.

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