QUÉBEC — Le ministre québécois de l’Immigration, David Heurtel, se rend à Ottawa mercredi pour discuter de la question des migrants irréguliers avec, dans ses valises, l’appui des partis d’opposition.

Il exigera du gouvernement Trudeau qu’il s’implique davantage dans l’accueil des demandeurs d’asile irréguliers en provenance des États-Unis, afin notamment de mieux les répartir à travers le pays.

C’est que le Québec a atteint la limite de sa capacité d’accueil et n’accueillera plus l’excédent à compter du 24 avril dans ses centres d’hébergement temporaire à Montréal, ont fait savoir quatre ministres lundi.

Le premier ministre Philippe Couillard a également changé de ton: pour lui, il est clair que le gouvernement fédéral doit gérer la situation car elle est de sa compétence.

«C’est un avertissement qui est sérieux, ce n’est pas uniquement une posture de négociation, a-t-il déclaré lors d’un point de presse à Montréal, mardi. Arrivez-nous avec quelque chose de concret.»

Le Québec veut bien «jouer son rôle», soutenir les migrants qui vivent une situation difficile, mais déjà ses ressources en santé et en éducation sont saturées, a soutenu le premier ministre, qui exige un paiement de 146 millions $ pour l’accueil des migrants l’an dernier.

Ce changement de ton au sein du gouvernement a été bien reçu par les partis d’opposition, qui n’ont pas hésité mardi à se ranger derrière le premier ministre Couillard.

«Le Québec n’a pas les capacités d’accueillir toute la misère du monde», a déclaré la députée de la Coalition avenir Québec (CAQ) Nathalie Roy en point de presse à l’Assemblée nationale.

La CAQ a encouragé les élus à montrer un front uni sur la question des migrants irréguliers. Elle a suggéré que la répartition se fasse selon le poids démographique de chaque province. Selon ce calcul, le Québec devrait en accueillir pas plus de 23 pour cent.

L’année dernière a vu le Québec recevoir 25 000 migrants irréguliers, soit la moitié de toutes les entrées de ce type au Canada, comparativement à une moyenne annuelle «normale» de 3500.

«Il y a peut-être quelque chose d’intéressant, mais quelle est la répartition des ressources disponibles à travers les provinces?» a dit le premier ministre.

«Allez voir dans l’Île-du-Prince-Édouard: est-ce qu’on va leur envoyer leur poids démographique de réfugiés? Je ne suis pas certain que ça va être possible de faire ça», a-t-il ajouté.

Du côté de l’opposition péquiste, on estime que le gouvernement Couillard devrait aussi insister auprès d’Ottawa pour qu’il suspende l’entente sur les pays tiers sûrs.

En vertu de cette entente, les réfugiés doivent demander l’asile au premier des deux pays où ils arrivent. Pour plusieurs migrants, il s’agit des États-Unis. S’ils essaient de se rendre ensuite au Canada par un poste frontalier, ils sont refoulés dans le premier pays où ils ont demandé l’asile. Mais s’ils franchissent la frontière de façon irrégulière, il est possible pour eux de demander le statut de réfugié au Canada.

«Ça réglerait l’affaire, a affirmé la députée péquiste Catherine Fournier. Parce que si tu es dans l’Ouest des États-Unis, tu ne vas pas te déplacer jusqu’au Québec pour venir traverser la frontière ou par le chemin Roxham, tu vas passer par ton poste frontalier qui est plus près de chez toi.»

Loin de ralentir, le phénomène de migration irrégulière s’intensifie: après avoir vu le nombre de migrants irréguliers multiplié par trois l’an dernier, l’année 2018 s’amorce sur une augmentation encore plus significative. Ainsi, l’an dernier, un peu plus de 2000 migrants irréguliers ont franchi la frontière entre le 1er janvier et le 30 avril alors qu’en 2018, ce chiffre atteint déjà 6074 au 14 avril, soit trois fois plus.

Les projections du ministère laissent entrevoir pour l’été prochain, en période de pointe, un rythme de 400 passages irréguliers par jour, soit près du double des 250 quotidiens de l’an dernier.

Québec dispose de 1850 places d’hébergement temporaire dans quatre centres à Montréal et ces places sont déjà occupées à 71 pour cent. Le ministre Heurtel a affirmé qu’il ne dépassera pas le seuil de 85 pour cent, afin de conserver une marge de manoeuvre pour les demandeurs d’asile qui utilisent les voies régulières.

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