The Associated Press Le pape François

OTTAWA — Les évêques catholiques ont tenté, en vain, mercredi, de justifier le refus du pape François de présenter des excuses aux Autochtones du Canada.

Leur visite sur la colline parlementaire a été plutôt mal reçue et ils sont repartis d’Ottawa en laissant derrière un message confus.

La Conférence des évêques catholiques du Canada cherchait à influencer le vote sur une motion que la majorité des députés fédéraux appuient, motion qui réclame des excuses du pape pour les pensionnats autochtones. Le président de la conférence, Mgr Lionel Gendron, a donc tenu une conférence de presse mercredi après-midi, dans une salle à quelques pas de la Chambre des communes, pour expliquer le refus exprimé peu avant Pâques.

Mgr Gendron a tour à tour dit que le pape n’avait pas refusé de présenter des excuses — «le pape n’a pas dit non» — , qu’il pourrait bien les présenter puisqu’une visite au Canada est envisagée — «Nous pouvons prévoir que cette visite comportera certainement des rencontres sincères, pleines de sens avec les peuples autochtones» — et que le pape n’avait pas à présenter ces excuses puisqu’il fallait plutôt laisser cela à ses représentants — «La structure de l’Église catholique favorise une réponse et un engagement sur le plan local».

«C’est facile de dire « je demande pardon » mais (…) il faut donner des mains, des pieds à ces demandes de pardon», a déclaré l’évêque, plaidant que les représentants de l’Église catholique au Canada sont déjà engagés dans cette démarche. «Le pape dit que c’est (…) personnellement qu’il ne peut pas. Je ne peux pas donner les raisons du pape», a-t-il ajouté alors que son collègue évêque de Winnipeg, Richard Gagnon, semblait le contredire. «Vous n’avez pas besoin de dire au pape qu’il doit présenter des excuses; il le sait», a assuré Mgr Gagnon.

L’ensemble de l’exercice et ses contradictions ont été vertement dénoncés par le député néo-démocrate Romeo Saganash, lui-même un survivant de ces pensionnats autochtones qu’il a subis pendant 10 ans.

«Le fait que le pape ait refusé de s’excuser auprès des survivants des pensionnats autochtones, évidemment, j’étais très déçu. Après avoir entendu ce que les évêques ont dit aujourd’hui, je peux vous dire que je suis maintenant dégoûté», a lâché le député au micro que venaient d’abandonner les évêques.

M. Saganash a tenu à souligner qu’il est sorti de la salle pendant la conférence de presse des évêques parce qu’il était littéralement pris de nausée.

Motion à débattre plus tard
La motion qui aurait pu être adoptée mercredi devra attendre quelques jours. Un député conservateur s’est objecté à son dépôt qui aurait nécessité l’appui unanime de la Chambre. Les néo-démocrates, forts de l’appui du gouvernement libéral, assurent que cette motion sera déposée au plus vite.

«Il y a certainement une urgence», a insisté le député néo-démocrate Charlie Angus. «Ceci ouvre des blessures. Alors plus vite on agit, plus vite on pourra les refermer», a-t-il dit après avoir reproché au Parti conservateur de ne pas se joindre aux autres élus pour présenter «une voix unanime» issue du Parlement.

Les conservateurs ont annoncé que l’éventuel vote sera un vote libre pour les leurs. L’argument présenté, entre autres, par Garnett Genuis dont le «non» retentissant a empêché le dépôt de la motion, est que l’État ne devrait pas s’immiscer dans les affaires des organisations religieuses.

«L’enjeu le plus important est celui de la séparation entre l’État et l’Église», s’est justifié le député conservateur. «Ce serait du jamais vu si le Parlement devait dire à l’Église comment s’acquitter de ses efforts de réconciliation», a jugé M. Genuis.

Texte de la motion
Que la Chambre demande à la Conférence des évêques catholiques du Canada (a) d’inviter le pape François au Canada pour s’excuser, au nom de l’Église catholique, aux peuples autochtones pour le rôle de l’Église dans le système des pensionnats autochtones, tel que décrit dans l’appel à l’action numéro 58 du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, (b) de respecter son obligation morale ainsi que l’esprit de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens de 2006, et de redéployer tous les efforts possibles pour amasser le montant total des fonds convenus, et (c) de faire des efforts cohérents et soutenus pour remettre les documents pertinents lorsqu’elle est appelée à le faire par des survivants des pensionnats autochtones, par des membres de leur famille ou par des spécialistes travaillant à comprendre l’ampleur des horreurs du système des pensionnats autochtones, dans l’intérêt de la vérité et de la réconciliation.

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