Josie Desmarais

Des organismes communautaires ont pressé jeudi Québec à s’attaquer au fléau de la violence sexuelle dans les écoles primaires et secondaires.

Réunis au sein du Comité contre les violences sexuelles dans les écoles, la Maison d’Haïti, le Mouvement contre le viol et l’inceste, le YWCA et le groupe Québec contre les violences sexuelles ont demandé la mise en place d’une loi contre celles-ci dans les écoles, l’embauche de personnel spécialisé, des formations pour prévenir les violences sexuelles et intervenir adéquatement. Ils ont présenté leurs revendications, non pas en réaction aux accusations portées contre trois adolescents pour viol collectif, mais à la suite d’une longue réflexion avec de jeunes victimes.

«Ça fait plus d’un an qu’on a averti les bureaux [du ministère] qu’il y avait un problème et qu’on voulait qu’ils agissent en la matière, a affirmé la cofondatrice de Québec contre les violences sexuelles dans les écoles, Mélanie Lemay. Ce qu’on nous a répondu, c’est que pour le moment, ils mettaient beaucoup d’énergie à mettre en place le cours d’éducation à la sexualité. Donc, ce n’était pas nécessairement leur priorité.»

«C’est sûr que pour nous, recevoir un tel message a vraiment été une grande déception, a ajouté Mme Lemay. On ose espérer que le prochain gouvernement qui va être mis au pouvoir va faire en sorte de travailler efficacement sur cette matière.»

C’est aussi ce qu’exige la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui a voté mercredi une résolution visant à étendre la stratégie gouvernementale de lutte aux violences sexuelles dans les établissements postsecondaires à toutes les écoles du Québec. Elle a aussi voté en faveur de l’embauche d’intervenants et de la formation du personnel pour lutter contre les violences sexuelles.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a rétorqué que ces mesures existent déjà dans le milieu scolaire à travers le plan d’action contre les violences et l’intimidation. Il a d’ailleurs invité les commissions scolaires à utiliser les moyens dont ils disposent, prévus par la loi et largement suffisants selon lui. «Les écoles ont la capacité financière et règlementaire d’agir», a-t-il  déclaré jeudi en mêlée de presse, en admettant que «tout n’est pas parfait», et que les formation ne sont pas toujours «adéquates».

Pourtant, autant les organismes que la CSDM exigent du gouvernement un plan d’action dédié spécifiquement à lutter contre les violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires.

En discutant avec plusieurs jeunes filles lors d’ateliers organisés à la Maison d’Haïti, la coordonnatrice jeunesse de l’organisme, Émilie Martinak, s’est rendue compte que la majorité d’entre elles estiment que c’est à l’école qu’elles se sentaient le moins en sécurité.

«On les a amenées à réfléchir, à se questionner et à se positionner sur la question de la violence sexuelle pour arriver à dire [qu’elles veulent] un changement et [qu’elles veulent] interpeller d’autres adultes pour dire: «Maintenant, agissez», a raconté Mme Martinak.

Ce sont ces victimes qui ont poussé les organismes communautaires à interpeller Québec. Il est très difficile pour elles de témoigner, a souligné Lilia Goldfarb, de l’organisme Y des Femmes. Elle a ajouté qu’il fallait une voix forte et unie porte ces revendications.

«On pense que c’est aux adultes de les protéger et pas aux filles de faire des dénonciations. Porter une accusation, même en temps qu’adulte, c’est énorme comme processus, alors pour des mineures, c’est encore plus difficile» – Lili Goldfarb, de l’organisme Y des Femmes

Selon Mme Goldfarb, il est plus difficile pour des jeunes filles mineures de dénoncer des agressions sexuelles, et ces actes ne sont pourtant pas sans conséquence sur leur vie. «Ça va sortir d’une autre façon, a-t-elle dit. Les filles vont prendre du poids, s’habiller de façon à cacher leur sexualité, elles vont vivre des dépressions, de l’anxiété, toute sorte de façon d’internaliser les choses qu’elles vivent, sans pouvoir les nommer.»

Près de 66% des victimes de violence sexuelle sont âgées de moins de 20 ans et près 20% des agresseurs ont moins de 18 ans, selon des chiffres de 2013 du ministère de la Sécurité publique.

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