Paul Chiasson Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Nao le petit robot qui parle est un aide-enseignant de haut niveau technologique. Et jeudi, il a offert lui-même à Montréal une conférence de presse où il a détaillé les résultats de recherches effectuées dans des classes du Québec portant justement sur… ses propres réalisations, notamment auprès d’élèves autistes et d’autres avec des difficultés d’apprentissage!

«Pourquoi des robots dans les écoles? Parce que c’est important d’aider les élèves avec des outils d’aujourd’hui et de demain», a dit Nao lui-même lors de la conférence.

Pour montrer ses capacités et sa souplesse, il a fait du taï-chi, joué au soccer et même conduit une petite voiture. Nao était accompagné de Pepper, un robot de plus grande taille, tout aussi souple que lui pour danser.

Le robot humanoïde a visité cette année des classes d’écoles primaires et secondaires, dont certaines où l’on enseigne à des enfants autistes.

S’il fait sourire par ses pirouettes et ses blagues, Nao favorise les apprentissages des élèves de toutes sortes de façons et a permis au cours des deux dernières années d’évaluer la pertinence de se servir de robots humanoïdes en éducation. Car s’il y a beaucoup de robots dans les écoles, il n’y a pas de robots humanoïdes, soutient l’instigateur des projets, Thierry Karsenti, professeur de l’Université de Montréal à la Faculté des sciences de l’éducation.

Nao est composé de caméras, de capteurs et de microphones, et il peut donc voir, entendre, reconnaître et interagir avec des humains.

Le robot est animé par une intelligence artificielle et il est qualifié d’humanoïde parce qu’il répond spontanément aux questions posées et reconnaît certaines émotions humaines. Et des voix: plus on lui parle souvent, plus il reconnaît celle de ses interlocuteurs.

C’est M. Karsenti qui a eu l’idée de se servir de lui pour aider les enfants dans leurs apprentissages. Le professeur est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation depuis 2003.

Jeudi, il a rapporté les résultats de deux projets. Le premier s’est déroulé dans des écoles primaires, dont certaines en milieux défavorisés. Il a demandé aux élèves de programmer Nao, avec différents niveaux de difficulté. En plus de leur offrir des compétences plus qu’utiles au 21e siècle, Nao leur donne confiance en eux, «et des compétences qui dépassent largement la programmation», rapporte le professeur.

Les élèves viennent même le samedi ou restent après les heures de classe pour être avec Nao, souligne M. Karsenti. «Il y a un enthousiasme évident!»

«Le robot vient chercher leur imaginaire, mais il n’est pas limité à cela. On travaille ça pour développer des compétences scolaires.»

Le second projet visait des enfants vivant avec un trouble de l’autisme. Chez eux, le petit humanoïde est source d’une grande motivation parce qu’il sort de l’ordinaire et semble magique, dit-il. Du haut de ses 58 centimètres, il facilite certains apprentissages comme les interactions sociales — souvent plus ardues chez ces enfants — le travail d’équipe et il leur apprend aussi à lire et à écrire.

Il a même un impact lorsqu’il n’est pas là: Nao leur donne des leçons et les élèves lui écrivent. Certains élèves autistes parlent énormément à Nao, alors que normalement, ils n’ouvrent pas la bouche en classe, fait valoir le professeur.

Il n’est toutefois pas donné: un petit Nao coûte environ 10 000 $. Mais pour le professeur Karsenti, 10 000 $ pour aider 33 enfants autistes, «ça vaut la peine».

Il aimerait que les robots envahissent les écoles du Québec. Pour l’instant, il a une équipe composée de cinq Nao et d’un Pepper.

Mais il a pris soin de préciser que ces robots ne vont pas remplacer les professeurs. Sans les enseignants, les projets ne pourraient fonctionner.

Et l’enthousiasme était senti chez des élèves de quatrième et de cinquième année du primaire en classe régulière à l’École Saint-Fabien de Montréal. Quatre d’entre eux ont assisté à la conférence de presse. Ils ont passé une demi-journée à programmer Nao et ils espèrent le revoir d’ici la fin des classes. «Mais il est très occupé», notent-ils.

«C’était plus amusant. Ça nous tentait plus d’apprendre», a relaté Maïssanne à propos de son expérience de programmation. Une occasion spéciale, dit-elle. «Quelque chose qui ne se reproduira peut-être pas dans ma vie.»

Félixe s’est dite surprise quand elle a vu Nao dans sa classe. «Mais j’ai vraiment aimé ça parce que c’était une façon de travailler qui est très différente.»

Et Maxime a trouvé les apprentissages plus motivants. «J’avais plus envie d’aller à l’école», dit-il spontanément.

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