Graham Hughes / La Presse canadienne

Le chef conservateur Andrew Scheer a fouetté ses troupes québécoises, et il leur a promis du renfort, dimanche: d’autres bloquistes désillusionnés viendront grossir leurs rangs en prévision du prochain scrutin.

Dans un discours livré en clôture du conseil général, qui a réuni environ 400 militants à Saint-Hyacinthe ce week-end, le leader a de nouveau courtisé le vote nationaliste.

«Chez les conservateurs, il y a une place autant pour les nationalistes qui sont tannés des chicanes que pour les fédéralistes qui n’en peuvent plus de voir Justin Trudeau vivre dans son monde de Calinours», a-t-il lancé.

«Croyez-moi, des Michel Gauthier et des Yves Lévesque, il va en avoir plusieurs autres», a-t-il lâché dans la portion finale de son allocution d’une quinzaine de minutes, qu’il a livrée majoritairement en français.

Le premier, ancien député et chef du Bloc québécois, a annoncé samedi à Saint-Hyacinthe qu’il se joignait aux bleus comme membre, et pour donner un coup de pouce aux candidats québécois qui brigueront les suffrages.

Le second, actuellement maire de Trois-Rivières, a pour sa part confirmé qu’il songeait sérieusement à faire le saut au fédéral sous la bannière conservatrice aux élections d’octobre 2019.

Les conservateurs n’étaient pas peu fiers de leur coup, samedi. Et dimanche, leur chef y a fait écho devant une salle comble du centre de conférences maskoutain où avaient convergé les militants du parti.

«Quand on est fier d’être conservateur, on sait accueillir au sein de notre grande famille tous ceux qui votaient autrefois pour d’autres partis en pensant que cela pourrait donner une voix plus forte au Québec», a-t-il soutenu.

Andrew Scheer sait qu’il ne sera pas facile de faire mieux que la récolte record de 12 sièges d’octobre 2015.

Mais il dit être habitué à déjouer les pronostics.

«Ça toujours été la même chose dans ma carrière politique! J’ai toujours fait figure de négligé» — que ce soit à sa première élection comme candidat en Saskatchewan contre un rival bien établi jusqu’à sa victoire à la dernière de treize rondes de scrutin à la course à la chefferie en mai dernier, contre Maxime Bernier.

«C’est normal pour moi. Si on travaille fort, si on fait tout ce qu’on peut, on peut gagner!»

Trudeau, «socialiste» comme Québec solidaire
Le chef conservateur a consacré une bonne partie de son discours à tirer à boulets rouges sur Justin Trudeau, au grand bonheur de ses ouailles.

Il l’a notamment accusé d’avoir choisi ses priorités «pour répondre aux idées socialistes de Québec solidaire plutôt que celles des familles de la classe moyenne, de Gatineau à Gaspé», une boutade qui lui a valu de chaleureux applaudissements.

Le premier ministre, a-t-il accusé, ignore le Québec, et il pratique un «fédéralisme de confrontation» plutôt qu’un «fédéralisme de collaboration», comme en témoigne la confrontation Québec-Ottawa dans le dossier de la légalisation du pot.

«Justin Trudeau est en train de fabriquer de toutes pièces une chicane avec le Québec», a-t-il dit en faisant référence au fait que le fédéral veut permettre de cultiver jusqu’à quatre plants par foyer, alors que le gouvernement québécois veut interdire la pratique.

Élection partielle
Un premier test de l’opération de charme conservatrice au Québec se profile à l’horizon: l’élection complémentaire dans la circonscription de Chicoutimi—Le Fjord a été déclenchée dimanche par le premier ministre Justin Trudeau. Elle aura lieu le 18 juin.

Les conservateurs misent sur un ancien entraîneur des Saguenéens de Chicoutimi, Richard Martel, pour ravir le comté aux libéraux.

Un gain viendrait donner raison au thème central du conseil de Saint-Hyacinthe, soit que les conservateurs québécois ont «le vent dans les voiles».

Le nouveau conservateur Michel Gauthier est «convaincu» que la circonscription est tout à fait prenable. Et il est prêt à mettre l’épaule à la roue si on sollicite sa contribution.

Rapport d’impôt unique au Québec
Les militants conservateurs qui ont convergé à Saint-Hyacinthe ont adopté des résolutions taillées sur mesure pour le Québec, dont cette proposition d’implanter une déclaration de revenus unique au Québec.

En point de presse, Andrew Scheer a signalé qu’il était ouvert à cette proposition «très, très intéressante», comme il l’est pour «toutes les idées qui réduiraient la paperasse».

Un rapatriement chez Revenu Québec devrait évidemment faire l’objet de négociations entre un éventuel gouvernement conservateur au fédéral et le gouvernement qui serait alors en place à Québec.

Caquistes, péquistes et solidaires ont déjà signalé qu’ils y seraient favorables.

Aux dernières nouvelles, les libéraux étaient pour le statu quo. Le bureau du ministre libéral des Finances, Carlos Leitão, n’avait pas répondu à la demande de précision de La Presse canadienne au moment de publier ces lignes, dimanche soir.

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