PATRICK DOYLE PATRICK DOYLE / La Presse Canadienne

OTTAWA — Plusieurs autres investisseurs sont prêts à se lancer dans le projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain si Kinder Morgan Canada choisit de se retirer du dossier — et ils auraient alors l’appui du gouvernement fédéral pour le faire, a indiqué mercredi le ministre des Finances, Bill Morneau.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau est prêt à «offrir une indemnité» à tout investisseur, qu’il s’agisse des concepteurs originaux du projet ou d’autres acteurs, afin de s’assurer que l’oléoduc controversé puisse aller de l’avant, a précisé M. Morneau lors d’une conférence de presse.

Cette annonce, qui survient la journée même où Kinder Morgan Canada tenait l’assemblée annuelle de ses actionnaires, pourrait être une façon d’accroître la pression d’un cran à l’approche de la date limite du 31 mai fixée par l’entreprise de Calgary. Le projet Trans Mountain de 7,4G$ triplerait la capacité de transport de pétrole lourd par cet oléoduc qui relie l’Alberta au port de Burnaby, en Colombie-Britannique.

Face à l’opposition croissante du gouvernement de la Colombie-Britannique, des groupes environnementaux et des manifestants — sans compter la nervosité des investisseurs —, la société a interrompu, le mois dernier, toutes les dépenses jugées non essentielles pour ce projet.

«Nous sommes prêts à indemniser l’expansion de Trans Mountain pour les retards non nécessaires qui sont politiquement motivés», a affirmé M. Morneau — une référence à l’opposition persistante du premier ministre britanno-colombien John Horgan. «Si Kinder Morgan ne souhaite pas construire le projet, nous croyons que plusieurs autres investisseurs seraient prêts à le reprendre, particulièrement en sachant que le gouvernement fédéral croit qu’il représente l’intérêt primordial des Canadiens et qu’il est prêt à verser des indemnités pour s’assurer qu’il soit construit.»

Le ministre a ajouté que les investisseurs avaient besoin de certitudes pour appuyer un tel projet, mais il a refusé de donner des précisions sur le montant d’une éventuelle aide financière. En outre, M. Morneau n’a pas directement répondu à une question visant à savoir comment un investisseur ou une entreprise pourrait s’emparer d’un projet d’expansion pour un oléoduc existant qui a déjà un propriétaire.

Les journalistes voulaient savoir aussi mercredi si la voie législative serait nécessaire pour aller de l’avant avec une indemnisation. Au cabinet du ministre Morneau, le directeur des communications, Daniel Lauzon, a indiqué que le gouvernement «envisage toutes les options, tant financières que législatives».

«Ce matin, le ministre a fait le point sur les grandes lignes de ce (que) le gouvernement serait prêt à faire afin de minimiser l’incertitude. Cependant, il est trop tôt pour s’avancer sur les détails, et nous ne pouvons pas prévoir le mécanisme d’une entente éventuelle», a-t-il écrit.

Le ministre des Finances participait jusqu’à mardi à des discussions intensives avec les responsables de Kinder Morgan. Les deux parties n’ont cependant pas encore trouvé de terrain d’entente sur une éventuelle aide financière du fédéral. «Les discussions avec Kinder Morgan se poursuivent — et nous faisons tout en notre pouvoir pour obtenir une entente d’ici la date limite du 31 mai.»

Le chef de la direction de Kinder Morgan, Steven Kean, a pour sa part affirmé qu’il avait «apprécié» l’annonce faite par le ministre Morneau mercredi matin. M. Kean n’a pas commenté davantage le dossier et a refusé de s’adresser aux journalistes à la sortie de la première assemblée annuelle de ses actionnaires depuis son essaimage de l’américaine Kinder Morgan, l’an dernier.

Horgan ne bronche pas
Le premier ministre néo-démocrate de Colombie-Britannique, John Horgan, a réitéré mercredi sa position: protéger les intérêts de la province. Son gouvernement a demandé à la Cour d’appel si la province avait le droit constitutionnel de protéger son environnement en réglementant le transport interprovincial de matières dangereuses.

Le chef des néo-démocrates fédéraux, Jagmeet Singh, qui n’a jamais caché l’opposition de son parti au projet Trans Mountain, a soutenu mercredi que les libéraux «donnent un chèque en blanc à une compagnie particulière du Texas».

«Ils font porter tous les risques à la population canadienne et à notre environnement. Il s’agit de profits privés et de risques publics, a-t-il dit à Toronto. Le ministre des Finances refuse de plafonner les versements aux actionnaires de Kinder Morgan. Il n’y a pas de limites […] Maintenant, tous les risques sont (pour) la population canadienne et notre environnement et les profits (sont pour) le privé. C’est clair maintenant qu’on ne devrait pas construire cet oléoduc.»

La porte-parole conservatrice en matière de ressources naturelles, Shannon Stubbs, a soutenu de son côté que «seul Justin Trudeau pouvait prendre un projet que les Canadiens soutiennent, qui crée des milliers d’emplois et qui aide notre économie, et le faire financer par les contribuables».

«Kinder Morgan n’a jamais demandé l’argent des contribuables ou un filet de sécurité fédéral, a-t-elle plaidé. L’entreprise veut seulement une certitude, une clarté et une solution aux défis et aux retards continus. Rien de ce qu’a dit le ministre des Finances aujourd’hui n’assurera que le projet Trans Mountain soit réalisé.»

Chez Greenpeace, on croit que «même Kinder Morgan ne veut pas aller de l’avant avec ce projet destructeur».

«La signature d’un chèque en blanc à Kinder Morgan aux frais des contribuables équivaut à jeter de l’argent par la fenêtre pour un très mauvais projet, et les Canadiens ne devraient pas assumer les lourdes pertes que ce dernier entraînera», a indiqué Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace. «Ce projet ne va nulle part. Le gouvernement fédéral devrait limiter ses pertes plutôt que de les doubler.»

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