JOHN WOODS JOHN WOODS / La Presse Canadienne

OTTAWA — Six mois après le feu vert donné par Ottawa aux ventes d’armes à l’Ukraine, il est impossible de savoir si des entreprises canadiennes ont profité de ce nouveau débouché commercial.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait annoncé en décembre que son gouvernement ajoutait l’Ukraine à la Liste des pays désignés (pour les armes automatiques) de la Loi canadienne sur les licences d’exportation et d’importation. Cette décision permet aux entreprises canadiennes de demander à la ministre l’autorisation d’exporter des armes et d’autre matériel militaire vers l’Ukraine, un pays aux prises avec des rebelles séparatistes prorusses.

Affaires mondiales Canada refuse toutefois, en invoquant le «secret des affaires», de préciser si des entreprises canadiennes ont effectivement demandé une telle autorisation d’exporter des armes vers l’Ukraine.

La décision de la ministre Freeland avait réjoui le gouvernement ukrainien, qui demandait un soutien militaire du Canada et des alliés occidentaux alors que les troupes russes sont aux portes du pays pour appuyer les séparatistes russophones dans l’est. Le geste d’Ottawa a bien sûr irrité Moscou, mais il a aussi préoccupé des organismes voués aux droits de la personne et au contrôle des armes, qui ont rappelé les violations commises dans les deux camps au cours de ce conflit.

Les affrontements dans la région du Donbass ont fait plus de 10 000 morts et 20 000 blessés, dont de nombreux civils, alors que des centaines de milliers de personnes ont dû quitter leur domicile. Les opposants au commerce d’armes canadiennes craignent que ces ventes ne fassent qu’empirer ce carnage.

L’Ukraine est devenue le 40e État sur la Liste des pays désignés pour la vente d’armes, rejoignant les alliés de l’OTAN, bien sûr, mais aussi notamment l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Botswana, le Chili, la Colombie, les pays scandinaves, Israël, le Koweït, la Turquie, la Corée du Sud et l’Arabie saoudite.

Dans un rapport interne obtenu grâce à la Loi sur l’accès à l’information, on apprend que le gouvernement canadien avait approuvé en 2016 l’exportation de matériel militaire valant plus de 717 millions $ vers des États de la Liste des pays désignés — et ce chiffre n’inclut pas les ventes aux États-Unis.

Ottawa est critiqué depuis quelques années pour avoir approuvé l’exportation de matériel militaire vers des pays qui affichent un bilan discutable en matière de droits de la personne. Ainsi, certains ont dénoncé le contrat de 15 milliards $ pour l’exportation de véhicules blindés à l’Arabie saoudite. Si l’on exclut les États-Unis, ce pays figure d’ailleurs en tête de liste des exportations de matériel militaire canadien en 2016, avec des ventes de 142 millions $.

Le gouvernement canadien a fait aussi l’objet cette année de critiques pour la vente annoncée d’hélicoptères aux Philippines, alors que le premier ministre Justin Trudeau critiquait quelques mois plus tôt le triste bilan de ce pays en matière de droits de la personne. Le contrat a finalement été déchiré par le président philippin, Rodrigo Duterte, lorsqu’Ottawa a commencé à hésiter face aux pressions intérieures.

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